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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Delphine C.
06 mars 2026
Textes d'ateliers

La musique « ça s'écoute fort » voilà il l'a dit !Par réflexe, je lui masse la nuque lorsqu'il prononce ces mots secs, je tente de ramollir le cuir de sa peau puis j'ajuste mes lunettes en les descendant de mes cheveux à mon nez.Derrière mes verres teintés, je fonds dans le siège.Dans le rétrov...

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Invité - TORRES
13 février 2026
Merci Jean François, oui, je trouve même le termes d’IA déjà préoccupant même si ce sujet...
Invité - jean francois
13 février 2026
Belle idée ( si l'on peut dire!) que ces livres évolutifs... La remise en cause du droit d...

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06 mars 2026
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Jacques Villon, Portrait de J.L.B. Temporalité et écriture La littérature, le roman en particulier, peuvent raconter des vies entières en quelques pages et, même si l’auteur se donne des centaines ou des milliers de pages, il lui  faudra choisir, sélectionner et se centrer sur certains moments qui lui semblent représentatifs ou nécessaires à son récit. Pour passer de l'un à l'autre  de ces temps "racontés", la narration effectue un « saut » et il existe plusieurs façons de le concevoir et de l'articuler au récit, ces différentes options narratives, ces diverses façons de passer d'un temps à l'autre se distinguent notamment par leur rapport au tout, à la totalité de l'histoire, à sa suite temporelle complète.     L’ellipse : maintien d’une chronologie lisible Ces sauts, quand ils sont faits en reliant entre eux les moments racontés, s'appellent des ellipses.     L'ellipse omet, "saute" une portion de temps, d’action, mais elle le fait dans un cadre temporel qui reste globalement ordonné et repérable. Le texte fournit pour cela des indices (adverbes, dates, saisons, âges des personnages,  données temporelles, un court résumé de ce qui s’est passé entretemps etc.) qui indiquent au lecteur la suppression d’un segment de l’histoire et lui permettent de situer mentalement l’ellipse dans une chronologie comme le « Quelques mois plus tard… » de Patrick Modiano dans  Rue des boutiques obscures.   Même quand l’ellipse est brutale  : « Seize ans plus tard. » écrit Victor Hugo, elle sous-entend une temporalité repérable.   Les différents moments du texte ainsi réunis par l’ellipse ne sont donc pas des fragments autonomes : ils restent des moments d’une même chaîne causale et chronologique séparés par un moment sous-entendu: le temps manquant existe dans l’histoire, il est évoqué, affirmé comme non raconté. Le lecteur perçoit une continuité partiellement énigmatique ou laissée dans l’ombre, mais encadrée et située clairement. L’ellipse ne fragmente donc pas le texte : elle est un outil qui permet de condenser le récit.   Les fragments, des segments autonomes L'ellipse situe l'extrait par rapport à la totalité, au minimum par rapport à l'extrait précédent, comme un morceau d'un puzzle se présente en tant que partie d'un tout.   Le fragment refuse cette référence, il se présente comme un tout séparé. Il laisse les moments absents totalement dans l’ombre, sans repère temporel pour les situer les uns par rapport aux autres, le récit n’est plus simplement discontinu, mais fragmenté. Le lien peut être fait, ou pas, par le lecteur, mais la totalité devient une référence floue, très allusive ou indirecte. Il n'y a plus de référence à une temporalité repérable que l'on pourrait reconstituer.     Exemple d'écriture fragmentaire hors fiction dans Les Ombres errantes de Pascal Quignard, ouvrage composé d’une succession de fragments méditatifs. « Lire, c’est quitter le monde visible.Celui qui ouvre un livre se retire.Il abandonne le bruit commun pour une voix silencieuse.La lecture est une solitude partagée avec un mort.  Dans les livres, les morts parlent aux vivants.La voix qui vient de la page n’appartient plus à personne.Elle a traversé le temps.C’est une parole sauvée de l’oubli. »   Exemple dans la fiction dans Les Vagues de Virginia Woolf, ce roman est composé de monologues successifs de différents personnages, sans transition narrative. Chaque prise de parole forme un fragment autonome. Fragment 1 : monologue de Bernard« Les feuilles tombent ; les feuilles tombent sans cesse.J’erre dans les rues de Londres, inventant des histoires.Chaque visage que je croise devient le début d’un récit.Pourtant, au moment où je veux saisir ces histoires, elles s’évanouissent. »Fragment 2 qui enchaine  : monologue de Susan« J’aime les champs humides et les odeurs de l’étable.Ici, la terre est solide sous mes pieds.Les villes me troublent ; leurs voix se croisent sans repos.Je préfère le rythme lent des saisons et le pas régulier des bêtes. »   L'idée de fragment se retrouve à tous les niveaux du texte :  Au niveau d'éléments temporels séparés, non reliés par une ellipse, le fragment concerne la chronologie,  le temps est coupé. Il peut être  ponctuel, réversible, ou suspendu ; le temps fragmenté ne s’écoule pas vraiment. Au niveau stylistique, la fragmentation se fait essentiellement par des phrases sont juxtaposées. En ce qui concerne la construction globale, la fragmentation se fait au travers de matériaux hétérogènes sans marqueurs logiques ou causaux explicites. Les parties séparées se suivent avec une relation qui  peut rester flottante ou associative et qui relève davantage de la résonance, de l’écho, de la juxtaposition, de la variation ou de la contradiction que de la succession ordonnée. Contrairement au montage ou à la construction classique, les fragments ne sont pas nécessairement organisés en système. Le mot qui caractérise le mieux  le fragment, c'est l'autonomie. Le fragment est un texte bref mais complet. On parle alors de texte fragmentaire, de narration éclatée, d'écriture discontinue.   Dans sa forme la plus radicale (Blanchot, Cioran tardif, certaines proses de Jabès, Handke dans Le Malheur sans désirs, ou encore Pascal Quignard), le fragment ne se situe pas dans une hiérarchie et leur ordre peut être modifié sans détruire l'ensemble ou sans que l'on puisse y voir une faille par rapport à une hiérarchie narrative. Cette déconstruction de l'idée de totalité et d'ordre est parfois désignée comme  le « non-lien » ou le « rapport sans rapport » (Blanchot). Le fragment a été inauguré par Friedrich Schlegel et la tradition romantique. « La littérature est le fragment de tous les fragments » a pu écrire Goethe. Le fragment n’est pas un morceau d’un tout, mais une forme ouverte. On peut parler aussi d'une poétique différente de celle de l'ellipse : d'une tentation ou d'une recherche de l’inachèvement.   Fragmentation, concentration, condensation L'expression « écriture fragmentaire » peut recouvrir des formes différentes qu'on ne peut simplement assimiler et résumer par l'idée de discontinuité. La « fragmentation » n’est pas un procédé unique, mais une famille de formes de ruptures selon le niveau et le type d'autonomie recherchés.   Il faut rappeler que de nombreux textes, notamment contemporains, utilisent à la fois l'ellipse temporelle et une forme de fragmentation dans des orientations multiples. La frontière ellipse / fragment (et c'est le propre de toute notion littéraire, nous ne sommes pas en mathématique...) devient parfois poreuse.  On peut citer dans le domaine poétique René Char avec des fragments très autonomes, mais parfois une thématique de la Résistance ou une chronologie émotionnelle diffuse les relie subtilement. Et dans l'autofiction : Annie Ernaux, dans certains livres comme Les Années, mélange écriture fragmentaire et ellipses temporelles très marquées avec une chronologie historique quand même lisible.   Notons égalment que l'écriture fragmentaire peut aussi se marquer, non par l'absence de repère mais par une proportion texte/totalité. Raconter une existence humaine en quelques paragraphes séparés, même avec quelques indications, procède du fragment. Trop de choses manquent pour que la perception de la discontinuité, du vide, ne prime pas sur celle d'une totalité.  On peut placer dans cette catégorie le livre «Roland Barthes par Roland Barthes », une biographie que l'auteur veiut "éclatée" en chapitres comment autant de fragments de vie avec comme incipit, par exemple : Au moment du premier cri… Au tableau noir… La première fois qu…. A trente ans…  La dernière fois qu… A son dernier instant…   Les repères temporels sont là, mais la chronologie complète s'estompe au profit d'instantanés qui, certes renvoie à l'idée de biographie, mais celle-ci, largement absente, ne peut qu'être très partiellement reconstituée.   Beaucoup de textes ne sont pas fragmentés au sens de complètement décousus et composés de morceaux sans liens explicites, mais la façon de raconter par de menus éléments, des micro scènes pour évoquer un temps très long, laissant tout le reste dans l'ombre sont tellement concentrés, condensés qu'ils donnent une impression de fragmentation malgré les ellipses et repères. Exemple d' écriture ellpitique, concentrée jusqu'au fragmentaire et pourtant très évocatrice : "À dix-huit ans, Pierre quitta la maison campagnarde où il était né. Au moment précis où il s’en alla, sa vieille mère infirme était dans Ie lit de la chambre bleue dans laquelle il y avait le daguerréotype de son père, des plumes de paon dans un vase, et une pendule représentant Paul et Virginie, et qui indiquait trois heures. Dans la cour, sous le figuier, son grand-père se reposait. Dans le jardin, il y avait sa fiancée, des roses et des poiriers luisants. Pierre alla gagner sa vie, dans un pays où il y avait des nègres, des perroquets, des caoutchoucs, de la mélasse, des fièvres et des serpents. Il y demeura trente ans. Au moment précis où il revint dans la maison campagnarde où il était né, la chambre bleue était devenue blanche, sa mère reposait au sein de Dieu, Ie portrait de son père n’était plus là, et les plumes du paon et le vase avaient disparu. Un objet quelconque remplaçait la pendule. Dans la cour, sous le figuier où son défunt grand-père se reposa, il y avait des écuelles cassées et une pauvre poule malade. Dans le jardin de roses et de poiriers luisants où fut sa fiancée, iI y avait une vieille dame. L’histoire ne dit pas qui elle était." Francis Jammes, Le Roman du lièvre (1922)    Fragmentation, continuité... modernité ?  Au-delà du constat et de la nécessaire définition des termes, le choix de la fragmentation, par opposition à la continuité et sa construction, est une manière de se positionner par rapport à des questionnements de notre époque. La pratique du fragment correspond à un désir de coller ou d'exprimer sa dimension nettement discontinue, fragmentée, mais aussi, plus largement, de se placer dans une posture réfractaire à toute tentative de donner un sens global et universel au monde. L'écriture fragmentaire refuse, de façon plus ou moins marquée et consciente, toute idée de "réalité" autre que dispersée, éclatée, réalité décousue, insaisissable dont le discours continu et logique ne serait plus apte à rendre compte.    Une sorte d’évidence entoure la notion de fragmentation dans l’art contemporain. En effet, dans une large part de la création contemporaine, règne le subjectif, le partiel, le relatif. En peinture, le glacis, le tableau construit ont laissé place, par exemple,  au collage, en art plastique, la sculpture a laissé place à l’installation.   Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette même tendance dans une partie de la littérature contemporaine. Il s’agit donc de renoncer à la continuité et, comme indiqué plus haut, renoncer à l’envie de tout expliquer, de tout articuler, de préciser les ellipses, d’assurer une continuité temporelle et une continuité des personnages au-delà des trous inévitables du récit.  Continuité temporelle et continuité spatiale sont remises en cause, mais aussi la continuité psychologique des personnages. Le personnage, et, par là, l’être humain, est-il unifié, existe-t-il comme continuité ? Le fragment est une façon de se placer du côté de la réponse négative.   Une partir de ce refus vient aussi de l’idée selon laquelle guider trop précisément le lecteur serait lui imposer une vision du monde dans lequel tout s’enchaîne et s’articule. La discontinuité, en laissant des vides, cherche à laisser plus de place au lecteur, l’auteur renonce à occuper le terrain, le texte s’ouvre, les possibles d'interprétation s’accroissent.   L’écriture fragmentaire correspond aussi à l’envie de ne pas expliquer et de ne pas juger : montrer, raconter et laisser des trous dans le récit, à la limite des incohérences, comme une façon d’écrire sans y toucher, sans s’engager.   La discontinuité se niche donc aussi et peut-être plus souvent encore - comme noté plus haut -  dans le style. Parfois, une histoire précise est racontée dans un style dit blanc, neutre, si minimaliste qu’elle peut être ressentie comme fragmentaire, mais le style n’est pas le sujet de cet article.    Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que ce qui se joue au niveau du sens et ce qui se passe au niveau de la forme se rejoignent, s’il n’y a pas - pour l'auteur -  de possibilité de sens dans l'existence humaine, dans la suite des évènements, une discontinuité, une tendance au fragment apparait dans la forme du texte littéraire.    On peut évidemment relier ce retrait de la liaison et parfois même de toute construction à la disparition des grandes idéologies, des grands récits politiques ou religieux qui donnaient sens à l’histoire, remplacées par des objectifs plus modestes.    Dans beaucoup d’analyses du postmodernisme, la fragmentation est ainsi interprétée comme le signe d’un monde où les grands systèmes d’explication se sont effondrés, elle serait le symptôme d'une acceptation de la perte de tout sens global. Toute idée de totalité ou même de direction préférable serait ainsi devenue suspecte. Cette alternative entre, d'un côté, continuité -avec ses ellipses,  ses repères, sa construction, sa cohérence-  /  et, de l'autre, la fragmentation, a donc deux versants : Un versant positif, celui qui cherche à laisser plus de place au lecteur, limiter les explications. Et un second aspect plus contestable, l’absence de sens et, parfois, il faut bien le reconnaitre, le risque d'une facilité : le fragment, le  refus de donner un sens, de proposer une interprétation glisse et élude le travail de construction et de forme.  Et pour conclure, un autre enjeu important de l'écriture par fragments : L’écriture doit-elle être à l’image de la vision contemporaine du monde, se conformant au constat de la perte du sens ?   Ou doit-elle être chercher une voie nouvelle pour, au minimum, interroger cette perte de sens et de cohérence et peut-être, à sa façon, en proposant de nouvelles formes, dépasser l'impasse fragmentaire, et tenter d'y répondre ? C'est dans cette voie qui prend en compte les questionnements contemporains, mais ne se contente pas de les constater, que je place mon travail.      {loadmoduleid 197}  
06 mars 2026
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Pour provoquer et explorer le mouvement du monologue intérieur,  la thématique du mouvement continu est efficace. Ce thème permet d'expérimenter l'idée de flux de conscience. On ne "coupe pas le moteur" ni dans la tête du personnage ni dans le véhicule en mouvement. Le texte retranscrit directement le monologue intérieur comme un "micro branché dans le cerveau". Exemples de textes écrits avec cette proposition : -  Trop fort  -  Départ         {loadmoduleid 197}  
05 mars 2026
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La douleur réveille la nuit et l’esprit étonné s’aperçoit dans le noir. Fantôme, il court, de souvenirs en projets inaudibles. Il croit savoir, croit dire, il flotte. Une flèche le tient loin du repos, au-dessus du corps, il s’agite. Il espère que le temps va passer, qu’il va se délivrer de cette brume lancinante. Il erre, il radote, finit par se tourner, se retourner, cherche, sur le dos, sur le côté… une issue provisoire et déjà condamnée, car la douleur est là, tel un intrus qui frappe à la porte et jamais ne s’arrête, battement régulier, vainqueur et obstiné. Un instant, le sommeil parvient à effacer l’âcreté de ce bruit au creux de la vertèbre ou dans le pli de l’aine et puis le regard cherche, visite l’ombre derrière les rideaux. Un signe de l’aurore, une lueur infime ? Rien.Soudain tout bat plus fort, la nuit se transforme en désert, plus de ligne du temps pour orienter la course. Est-ce minuit, cinq heures ? Plus de frontière, un espace qui s’ouvre sans rien offrir qu’une errance pénible, à l’aveugle dans un océan exténuant. Il faudrait se soulever, saisir à tâtons la boite dans le tiroir et prendre la pilule grise, cette issue provisoire… Mais il faudrait un peu de force et d’oubli, car il n’est pas l’heure. Pas encore. Le long voyage se poursuit entre les eaux de la somnolence et les rochers de l’impatience, le drap est lourd, le matelas rigide, pas de posture pour accoster. L’eau est noire et profonde, pourtant l’on ne peut s’y noyer. On flotte à la recherche du repos. Et puis, venue de nulle part, une lumière glisse, doucement, le long du rideau, une coulée étrangement moite, visqueuse, s’émiette au fil de l’épais coton gris. Dans le lit, le corps, moite lui aussi, se tourne lentement, les yeux accrochés à la triste lumière. Le jour est là, enfin. C’est l’heure autorisée, un peu d’eau, une fraicheur épaisse dans la gorge et la dose qui va tout libérer.Et l’esprit se met à l’écoute. Il sait. Sait qu’il faut patienter.Dans le silence de la grande chambre, une toile de fond adoucit les angles du mur. Le rai de lumière s’amarre tendrement aux draps, s’élève une petite musique, oui, la douleur chantonne, berce, lancine encore un peu son tout petit refrain qui laissera sa trace, après disparition.La longue nuit, traversée de douleur, plane encore comme une odeur de renfermé, le matin se révèle imbibé de combats. Un peu d’humanité se grave, s’enracine dans les spirales du cerveau. Un ensemencement de la douleur dans la chair, ou ensemencement de la chair par la douleur, n’est-ce pas cela que l’on appelle, l’incarnation ?Mais pour l’instant, c’est l’heure de la fuite.Les molécules circulent et l’esprit, aux aguets, reste curieux de voir comment, le serpent, la chose, la brûlure va se métamorphoser.Redeviendra bientôt le petit animal fidèle, le locataire du début, celui qui ne gênait pas trop. Celui à qui l’on n’a pas pu, pourtant, s’habituer. On l’a invité à sa table, pour tenter de l’apprivoiser, et c’est lui qui a choisi le menu, l’a imposé. Un envahisseur, qui tout de même, en guise de loyer, a enseigné, à sa façon, les lois de l’hospitalité. Accueillir avec grâce, les petits renoncements, les grands mouvements de recul vers la résignation joyeuse à la vie serrée entre ses murs. Professeur d’unité du corps et de l’esprit, non plus le roseau pensant, ou la tête régnante, mais la conscience de l’unité, il permet de savoir, à chaque seconde, que le corps tient l’esprit au bout de chaque nerf.Peu à peu, par le sang, la chimie fait son œuvre.Les muscles se détendent, les membres sont plus longs, le dos s’enfonce, le corps s’éloigne, se dégage de l’avalanche, de la longue coulée du chemin de douleur, éboulis d’éperons et de larmes qui glissent, s’étalent dans le lit moins brulant, moins acide, la tension se défait.L’esprit inspecte prudemment, se répand dans le corps, maintenant plus tranquille, dans les os et la chair, labyrinthe piégé. Quoi, plus rien, plus une goutte de souffrance ? Le cerveau étonné se glisse par la porte, il sourit, sans bouger, il jouit de ces riens, se repait de l’absence d’influx, il a bien retenu les leçons de sa fragilité.Sage, prudent, tel un homme averti qui sait qu’il ne faut pas hausser le ton au risque d’éveiller les monstres endormis, le calme est précieux, silence harmonieux qu’un seul mot maladroit pourrait bientôt casser. L’esprit, tout incrédule encore, méfiant, parcourt le corps en toute impunité.Les bras s’ouvrent et le regard s’échappe.Et le moi enfermé accepte la lumière, elle était étrangère, elle se fait gaieté.Le rayon se renforce, efface provisoirement l’usure intérieure et vient même l’envie de se lever, de tirer le rideau, de…Non, surtout ne pas briser d’un geste un peu trop net, le moment du répit !L’immobilité laisse le corps chanter, chanson douce de souffle qui parcourt librement, une chanson d’unité d’un corps silencieux que l’on n’ose pourtant pas appeler à bouger.Peu à peu, dans le jour, maintenant installé, le corps, de nouveau disponible, fidèle, semble soudain possible. Il est là, entier, signale sa présence, en toute innocence et l’évidence d’être là, libre comme là-haut, les nuages défilent, bleus, simples et blancs. Légers. Derrière le plafond, l’esprit flotte s’envole, il pourrait les compter !Il se souvient comme d’un fantôme de la légèreté et du corps silencieux qui répond, fidèle aux attentes, de cette possibilité d’être une tête libre et du corps disponible à toutes ses lubies. Il part au loin, joyeux, se pose sur le calme de la mer apaisée. Sérénité de la dernière vague qui file sur le sable, se défait, se pose sur l’absence de signe, le calme des influx du système nerveux en milliers de repos, en un souffle d’air frais ; la pensée disparaît dans la l’épaisseur du rien. Béatitude de la transparence et des sensations fines comme des chairs d’enfants qu’on ose à peine effleurer.Bonheur de quelques heures ou de quelques minutes.Totalité provisoire. Douce moisson d’éternitéQu’il est doux de s’abandonner !Et de ne pas savoir, encore, qu’à la fin, c’est la pilule grise, la dose de morphine qu’il faudra juguler.             {loadmoduleid 197}  
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​Une foule de gestes.

Elles se bousculent, piétinent, certaines essaient de passer devant, moulinent des bras, glissent leurs mains entre les épaules de celles de devant, elles se mettent de profil et se faufilent,rentrent le ventre, rentrent la poitrine, certaines disent pardon, d'autres ne disent rien, elles poussent un peu plus fort, quand elles ont passé une première barrière de corps, s'attaquent à la suivante, les mains en étrave de bateau, fendre la foule, être devant, voir ce qui se passe, savoir ce qui se passe, peut-être obtenir la bonne place, être volontaire, au cas où.

D'autres piétinent d'un pied sur l'autre, hésitent, le corps avance, le corps recule, elles croisent les mains, elles décroisent les mains, une relève son col de manteau, une dénoue un peu son écharpe, regarde derrière elle, essaie de croiser un regard, se dresse sur la pointe des pieds pour voir devant, voir quelque chose, essayer d'apercevoir, elle se hisse sur la pointe des orteils, dresse le cou, ouvre la bouche, comme si cela la faisait grandir un peu plus, elle penche la tête, toutes ces têtes devant elles la gênent, les tignasses, les chignons, les cheveux décoiffés, et surtout celle-là, devant, une qui porte un chapeau en feutre clair incongru ici, elle se hisse le plus possible, elle demanderait bien à celle d'à-côté si elle a vu quelque chose, elle s'appuierait bien sur son épaule pour se grandir encore et encore, elle dit juste, « je ne vois rien », repose ses talons, elle n'a rien vu. Elle ne dit rien de plus, elle piétine, essaie une fois encore la pointe des pieds, juste un instant, à peine. Elle redit « Je vois rien ».

D'autres se laissent glisser à l'arrière, elles sont immobiles, se laissent cogner, heurter, bouger d'un côté, de l'autre, se font petites, se font discrètes, elles attendent, elles ont l'habitude d'être à la queue, laissent filer, prudence, ont les gestes étriqués, les mouvements furtifs, elles ont les mains dans les poches ou croisées devant elles, ne parlent pas, murmurent à peine, regardent leurs pieds, ou juste à droite, à gauche, comme ça, rapidement, si elles croisent un regard, vite, détourner la tête.

Voici soudain qu'il faut avancer, la masse se met en mouvement, on perçoit la houle des chevelures défaites, le ressac des hanches heurtées, cela avance par vagues, cela reflue par déséquilibre, on les pousse, elles se bousculent, on les presse, celles de derrière mettent leurs mains en avant, appuient sur le dos de celles de devant et ainsi de suite, chacune pousse devant elle, lame de fond, les jambes s'agitent, essaient de marcher vite mais n'y parviennent pas, font de tous petits pas, faire croire qu'on se dépêche, l'illusion que l'on avance vite, montrer de la bonne volonté, les jambes tricotent, les bas sont filés, les bas sont craqués, il n'y a plus de bas, les chaussures claquent, les mains s'accrochent, on risque de tomber, on vacille, on chancelle, on se rattrape comme on peut, on avance, on va de l'avant. Il faut aller plus vite encore alors elles accélèrent, certaines perdent leurs chaussures, essaient de les ramasser mais la foule avance, une pourtant s'accroupit, tient sa chaussure envolée d'une main ferme, c'est un soulier vernis, la foule la transbahute, elle tombe à quatre pattes, essaie de se relever, des pieds écrasent ses doigts, elle tient sa chaussure fermement, c'est unsoulier vernis avec talon plat, voici qu'elle avance à quatre pattes, accélère, elle essaie de se relever en même temps, tient sa chaussure d'une main, ce sont des souliers de qualité, elle s'accroche à un manteau, essaie de s'accrocher à un bras, les bras s'échappent, s'envolent, repoussent, elle est à demi-courbée maintenant, presque debout, elle essaie de remettre sa chaussure, c'est une paire de souliers qui coûtait cher, elle va à cloche-pied, perd l'équilibre de nouveau et chute complètement, elle est allongée, on lui marche dessus, elle croise les bras sur son visage, se recroqueville, les genoux contre son ventre, la tête entre les coudes, on tape dans son corps, elle se cache le visage, crie, on ne l'entend pas, la foule avance. Quand toutes sont passées, elle se relève, elle a mal mais elle tient toujours sa chaussure à la main, elle a réussi. Elle n'attend pas, elle se colle à la foule, il ne faut pas trainer et pousse celles de devant.

La masse avance, la masse s'entasse, les corps sont collés, fondus, les corps sont droits, les bras le long du corps, ou croisés sur les poitrines, les bouches ouvertes pour chercher de l'air, les bouches ouvertes ne parlent pas, les silhouettes sont toutes semblables aux autres, elles vont. Elles avancent et ne voient rien, elles s'entassent et ne savent rien, elles se ruent et ne vont nulle part. L'onde se noie.

La vague enfin se brise, heurtée sur un barrage de brique et de ciment, un bâtiment aux portes closes. La houle s'immobilise, la foule s'affaisse. Il faut attendre de nouveau.

Les vieilles femmes vont se reposer leur dit-on. On se regarde, les doigts frôlent les rides, mesurent les profondeurs du temps, on épie les cheveux blancs, les chevelures grises, on évalue les seins fermes ou fatigués, faut-il être âgées ou pas, faut-il se reposer ou pas, on juge, on jauge, on hésite, des mains se nouent, on se prend dans les bras, des femmes se tiennent serrées l'une l'autre, bras dessus, bras dessous, certaines s'embrassent, une femme jeune prend le visage ridé d'une autre entre ses mains, elle parle, elle embrasse le visage, elle pleure, elle passe sa main dans les cheveux blancs de l'autre, elle chuchote, elle colle son visage dans le cou de l'autre, elle se redresse, elle murmure, elle prend les mains de l'autre dans ses mains, elle les lève à hauteur de son visage, comme une prière, comme une offrande, les embrasse. Les femmes âgées se détachent des autres, les femmes âgées se rident un peu plus, les femmes âgées vont se reposer, les femmes âgées s'en vont, elles s'éloignent, elles partent, elles font de petits pas, elles serrent leurs manteau, certaines réajustent un foulard, une mèche, une se retourne, elle sourit, elle fait un petit signe de la main, la main horizontale, comme on fait à des enfants pour qu'ils fassent moins de bruit, un petit geste de rien du tout, elle tourne le dos finalement et rejoint les autres rides, les autres chevelures blanches et grises, elle va se reposer.

Bientôt les femmes âgées reposeront.

Les autres silhouettes aux cheveux noirs, aux cheveux roux ou blonds demeurent ici, debout, elles attendent. Elles patientent encore.

Une se met les mains sur le ventre, serre les jambes, va d'un pied sur l'autre, aspire de l'air par petits coups, serre les lèvres, regarde à droite, à gauche, plie un peu les genoux, se redresse, plie de nouveau, elle se tord les doigts, puis tout son corps se relâche, infiniment lentement, elle garde le cou penché, elle regarde le sol, elle voit une petite flaque entre ses jambes, elles sent l'humidité le long de ses mollets, de ses cuisses, la petite fille qu'elle est redevenue se tait.

Il faut maintenant pénétrer dans le bâtiment de briques et de ciment. Il faut entrer dans le sombre, les yeux s'écarquillent, les narines hument l'odeur rance, certaines tournent sur elles-mêmes, une fois, deux fois, elles cherchent quelque chose, un signe, un espoir, il faut se mettre à l'abri leur dit-on. Deux se tiennent par la main, comme des sœurs qui vont à l'école, des amies qui vont au bal, deux se tiennent par la main comme les enfants perdus dans les contes, dans les forêts profondes, échapper à l'ogre. Deux se tiennent par la main.

Il faut se déshabiller. On ne comprend pas. On se scrute, on s'interroge du regard, les paupières se relèvent, des sourires inquiets, on a mal compris, la main sur le cou, comme pour réfléchir, s'empêcher de parler, de protester, la main sur le cou pour sentir le sang battre encore dans la veine, pour ne pas étouffer, la main sur le cou.

Une femme rit, on ne sait pourquoi, elle a la voix qui porte, elle a le rire métallique, elle a un rire qui ne fait pas rire.

Se mettre nue, totalement nue. Vite, on défait les boutons, les doigts tremblent, ce n'est pas facile, les boutonnières résistent, on doit retirer les manches de chemises, les bras se tordent, les coudes ne sont pas de bonne volonté, ils se bloquent, se cognent, ils craquent, les chemises glissent, enlever les combinaisons, il faut enlever les soutien-gorge, les agrafes ne veulent pas se défaire, elles ricanent, elle se vengent, on tremble, être nue, rougir, les seins se dressent, les seins tombent, les seins se comparent, les seins se disent encore femmes, les seins racontent que certaines sont des mères, les seins racontent les solitudes, racontent les nuits d'amour, les passions, les nuits douces, les nuits perdues. Se dévêtir, se défaire de tout, se défaire de soi, l'élégance, le charme, se défaire vite, des gestes précipités, certaines pourtant prennent le temps de plier précautionneusement les chemises, les robes, essaient de suivre les plis, les coutures, d'autres piétinent, lancent du bout du pied les bas, les chaussettes, les chaussures, les culottes, la pudeur et le reste.

La femme qui riait rit encore un instant puis se tait, on ne sait pourquoi.

Les corps nus, les épaules rentrées, une main pour cacher la poitrine, une main pour cacher le sexe, les toisons, les jambes croisées, un pied posé sur l'autre pour cacher les orteils irréguliers, cacher les jambes lourdes, cacher les hanches pleines, ou le torse trop maigre, les côtes saillantes, cacher ce qui ne se montre que dans l'amour, cacher ce que Dieu fait, cacher ce qui est simple, cacher que l'on est vivant.

Il faut avancer encore, juste un peu, juste de l'autre côté d'une porte, il faut avancer et elles semblent pourtant toutes immobiles, elles semblent fugitives, elles semblent brouillard, elles avancent et demeurent des ombres, et pourtant des peaux claires, un drap blanc de chair, à peine frémissant, à peine respirant.

Le cliquetis des tondeuses grincent, griffent les cous, raclent les crânes, il faut baisser la tête, il faut sentir la lame froide, regarder les chevelures tomber au sol, ne pas mettre les mains sur les mèches qui restent un instant, il faut laisser les mains le long du corps, du corps nu, il faut laisser la tondeuse enlever ce que l'on n'ose pas imaginer être enlevé, cette douce intimité, il faut laisser la nudité emplir le corps entier, l'immobile silence dans le cliquetis frénétique, il n'y a plus de main pour cacher, plus d'yeux pour regarder, il n'y a plus de narines pour respirer, plus aucun geste désormais, juste l'immobilité de l'âme.

Les cheveux se balaient, se ramassent, s'emportent, disparaissent. Les immobiles ne bougent plus.

Une femme lève la tête, lentement, comme si elle voulait regarder Dieu dans les yeux. Elle ouvre la bouche, et attend. Le silence.

De l'eau soudain, une eau tombe, une eau glacée, l'eau tranche les chairs, découpe les âmes, les corps se tordent, les corps tremblent, les corps frémissent, les corps s'agitent, ultimes gestes mais les corps sont vivants.

Encore.

Il faut ensuite se vêtir de ciel gris, il faut se vêtir de ciel noir, sortir.

Plus tard, sans doute, elles reposeront.


Jean-François Dietrich

Pour en savoir plus sur cet auteur

L'attente
Une rencontre manquée

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Commentaires 3

Stéphanie R. le jeudi 30 décembre 2021 09:11

Très beau texte Jean-François, j'en ai encore des frissons, merci !

Très beau texte Jean-François, j'en ai encore des frissons, merci !
Bernard N le samedi 18 décembre 2021 11:01

Un texte bouleversant, incantatoire qui rend la dignité à des millions de corps

Un texte bouleversant, incantatoire qui rend la dignité à des millions de corps
Sylvie Reymond Bagur le jeudi 16 décembre 2021 08:16

Un texte puissant. Le geste humain dans toute sa force d'émotion. Jean-François a porté très loin notre travail d'atelier sur ce thème. Il s'est emparé avec talent de notre travail stylistique sur le rythme, l'accumulation et celui sur la recherche de l'universalité à travers notamment l'effacement du contexte. Bravo !
C'est un auteur qui a déjà été édité plusieurs fois, je vous reparlerai rapidement de ses ouvrages. Si vous avez encore des cadeaux à faire...
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ou sur Amazon et toutes les bonnes librairies.

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