Bienvenue sur le blog de mes stages et ateliers  d'écriture !

Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Laurent E.
13 mars 2026
Textes d'ateliers

Au fond de nous-mêmes nous désirons tous qu'arrive vite le jour du drame. J'ai compris que j'allais l'épouser le jour où j'ai rencontré sa mère. Une femme veuve discrète et introvertie. Une première observation qui me laissait entrevoir ce que sa fille pourrait devenir. Elle m'a serré la main trop l...

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Invité - TORRES
13 février 2026
Merci Jean François, oui, je trouve même le termes d’IA déjà préoccupant même si ce sujet...
Invité - jean francois
13 février 2026
Belle idée ( si l'on peut dire!) que ces livres évolutifs... La remise en cause du droit d...

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06 mars 2026
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Jacques Villon, Portrait de J.L.B. Temporalité et écriture La littérature, le roman en particulier, peuvent raconter des vies entières en quelques pages et, même si l’auteur se donne des centaines ou des milliers de pages, il lui  faudra choisir, sélectionner et se centrer sur certains moments qui lui semblent représentatifs ou nécessaires à son récit. Pour passer de l'un à l'autre  de ces temps "racontés", la narration effectue un « saut » et il existe plusieurs façons de le concevoir et de l'articuler au récit, ces différentes options narratives, ces diverses façons de passer d'un temps à l'autre se distinguent notamment par leur rapport au tout, à la totalité de l'histoire, à sa suite temporelle complète.     L’ellipse : maintien d’une chronologie lisible Ces sauts, quand ils sont faits en reliant entre eux les moments racontés, s'appellent des ellipses.     L'ellipse omet, "saute" une portion de temps, d’action, mais elle le fait dans un cadre temporel qui reste globalement ordonné et repérable. Le texte fournit pour cela des indices (adverbes, dates, saisons, âges des personnages,  données temporelles, un court résumé de ce qui s’est passé entretemps etc.) qui indiquent au lecteur la suppression d’un segment de l’histoire et lui permettent de situer mentalement l’ellipse dans une chronologie comme le « Quelques mois plus tard… » de Patrick Modiano dans  Rue des boutiques obscures.   Même quand l’ellipse est brutale  : « Seize ans plus tard. » écrit Victor Hugo, elle sous-entend une temporalité repérable.   Les différents moments du texte ainsi réunis par l’ellipse ne sont donc pas des fragments autonomes : ils restent des moments d’une même chaîne causale et chronologique séparés par un moment sous-entendu: le temps manquant existe dans l’histoire, il est évoqué, affirmé comme non raconté. Le lecteur perçoit une continuité partiellement énigmatique ou laissée dans l’ombre, mais encadrée et située clairement. L’ellipse ne fragmente donc pas le texte : elle est un outil qui permet de condenser le récit.   Les fragments, des segments autonomes L'ellipse situe l'extrait par rapport à la totalité, au minimum par rapport à l'extrait précédent, comme un morceau d'un puzzle se présente en tant que partie d'un tout.   Le fragment refuse cette référence, il se présente comme un tout séparé. Il laisse les moments absents totalement dans l’ombre, sans repère temporel pour les situer les uns par rapport aux autres, le récit n’est plus simplement discontinu, mais fragmenté. Le lien peut être fait, ou pas, par le lecteur, mais la totalité devient une référence floue, très allusive ou indirecte. Il n'y a plus de référence à une temporalité repérable que l'on pourrait reconstituer.     Exemple d'écriture fragmentaire hors fiction dans Les Ombres errantes de Pascal Quignard, ouvrage composé d’une succession de fragments méditatifs. « Lire, c’est quitter le monde visible.Celui qui ouvre un livre se retire.Il abandonne le bruit commun pour une voix silencieuse.La lecture est une solitude partagée avec un mort.  Dans les livres, les morts parlent aux vivants.La voix qui vient de la page n’appartient plus à personne.Elle a traversé le temps.C’est une parole sauvée de l’oubli. »   Exemple dans la fiction dans Les Vagues de Virginia Woolf, ce roman est composé de monologues successifs de différents personnages, sans transition narrative. Chaque prise de parole forme un fragment autonome. Fragment 1 : monologue de Bernard« Les feuilles tombent ; les feuilles tombent sans cesse.J’erre dans les rues de Londres, inventant des histoires.Chaque visage que je croise devient le début d’un récit.Pourtant, au moment où je veux saisir ces histoires, elles s’évanouissent. »Fragment 2 qui enchaine  : monologue de Susan« J’aime les champs humides et les odeurs de l’étable.Ici, la terre est solide sous mes pieds.Les villes me troublent ; leurs voix se croisent sans repos.Je préfère le rythme lent des saisons et le pas régulier des bêtes. »   L'idée de fragment se retrouve à tous les niveaux du texte :  Au niveau d'éléments temporels séparés, non reliés par une ellipse, le fragment concerne la chronologie,  le temps est coupé. Il peut être  ponctuel, réversible, ou suspendu ; le temps fragmenté ne s’écoule pas vraiment. Au niveau stylistique, la fragmentation se fait essentiellement par des phrases sont juxtaposées. En ce qui concerne la construction globale, la fragmentation se fait au travers de matériaux hétérogènes sans marqueurs logiques ou causaux explicites. Les parties séparées se suivent avec une relation qui  peut rester flottante ou associative et qui relève davantage de la résonance, de l’écho, de la juxtaposition, de la variation ou de la contradiction que de la succession ordonnée. Contrairement au montage ou à la construction classique, les fragments ne sont pas nécessairement organisés en système. Le mot qui caractérise le mieux  le fragment, c'est l'autonomie. Le fragment est un texte bref mais complet. On parle alors de texte fragmentaire, de narration éclatée, d'écriture discontinue.   Dans sa forme la plus radicale (Blanchot, Cioran tardif, certaines proses de Jabès, Handke dans Le Malheur sans désirs, ou encore Pascal Quignard), le fragment ne se situe pas dans une hiérarchie et leur ordre peut être modifié sans détruire l'ensemble ou sans que l'on puisse y voir une faille par rapport à une hiérarchie narrative. Cette déconstruction de l'idée de totalité et d'ordre est parfois désignée comme  le « non-lien » ou le « rapport sans rapport » (Blanchot). Le fragment a été inauguré par Friedrich Schlegel et la tradition romantique. « La littérature est le fragment de tous les fragments » a pu écrire Goethe. Le fragment n’est pas un morceau d’un tout, mais une forme ouverte. On peut parler aussi d'une poétique différente de celle de l'ellipse : d'une tentation ou d'une recherche de l’inachèvement.   Fragmentation, concentration, condensation L'expression « écriture fragmentaire » peut recouvrir des formes différentes qu'on ne peut simplement assimiler et résumer par l'idée de discontinuité. La « fragmentation » n’est pas un procédé unique, mais une famille de formes de ruptures selon le niveau et le type d'autonomie recherchés.   Il faut rappeler que de nombreux textes, notamment contemporains, utilisent à la fois l'ellipse temporelle et une forme de fragmentation dans des orientations multiples. La frontière ellipse / fragment (et c'est le propre de toute notion littéraire, nous ne sommes pas en mathématique...) devient parfois poreuse.  On peut citer dans le domaine poétique René Char avec des fragments très autonomes, mais parfois une thématique de la Résistance ou une chronologie émotionnelle diffuse les relie subtilement. Et dans l'autofiction : Annie Ernaux, dans certains livres comme Les Années, mélange écriture fragmentaire et ellipses temporelles très marquées avec une chronologie historique quand même lisible.   Notons égalment que l'écriture fragmentaire peut aussi se marquer, non par l'absence de repère mais par une proportion texte/totalité. Raconter une existence humaine en quelques paragraphes séparés, même avec quelques indications, procède du fragment. Trop de choses manquent pour que la perception de la discontinuité, du vide, ne prime pas sur celle d'une totalité.  On peut placer dans cette catégorie le livre «Roland Barthes par Roland Barthes », une biographie que l'auteur veiut "éclatée" en chapitres comment autant de fragments de vie avec comme incipit, par exemple : Au moment du premier cri… Au tableau noir… La première fois qu…. A trente ans…  La dernière fois qu… A son dernier instant…   Les repères temporels sont là, mais la chronologie complète s'estompe au profit d'instantanés qui, certes renvoie à l'idée de biographie, mais celle-ci, largement absente, ne peut qu'être très partiellement reconstituée.   Beaucoup de textes ne sont pas fragmentés au sens de complètement décousus et composés de morceaux sans liens explicites, mais la façon de raconter par de menus éléments, des micro scènes pour évoquer un temps très long, laissant tout le reste dans l'ombre sont tellement concentrés, condensés qu'ils donnent une impression de fragmentation malgré les ellipses et repères. Exemple d' écriture ellpitique, concentrée jusqu'au fragmentaire et pourtant très évocatrice : "À dix-huit ans, Pierre quitta la maison campagnarde où il était né. Au moment précis où il s’en alla, sa vieille mère infirme était dans Ie lit de la chambre bleue dans laquelle il y avait le daguerréotype de son père, des plumes de paon dans un vase, et une pendule représentant Paul et Virginie, et qui indiquait trois heures. Dans la cour, sous le figuier, son grand-père se reposait. Dans le jardin, il y avait sa fiancée, des roses et des poiriers luisants. Pierre alla gagner sa vie, dans un pays où il y avait des nègres, des perroquets, des caoutchoucs, de la mélasse, des fièvres et des serpents. Il y demeura trente ans. Au moment précis où il revint dans la maison campagnarde où il était né, la chambre bleue était devenue blanche, sa mère reposait au sein de Dieu, Ie portrait de son père n’était plus là, et les plumes du paon et le vase avaient disparu. Un objet quelconque remplaçait la pendule. Dans la cour, sous le figuier où son défunt grand-père se reposa, il y avait des écuelles cassées et une pauvre poule malade. Dans le jardin de roses et de poiriers luisants où fut sa fiancée, iI y avait une vieille dame. L’histoire ne dit pas qui elle était." Francis Jammes, Le Roman du lièvre (1922)    Fragmentation, continuité... modernité ?  Au-delà du constat et de la nécessaire définition des termes, le choix de la fragmentation, par opposition à la continuité et sa construction, est une manière de se positionner par rapport à des questionnements de notre époque. La pratique du fragment correspond à un désir de coller ou d'exprimer sa dimension nettement discontinue, fragmentée, mais aussi, plus largement, de se placer dans une posture réfractaire à toute tentative de donner un sens global et universel au monde. L'écriture fragmentaire refuse, de façon plus ou moins marquée et consciente, toute idée de "réalité" autre que dispersée, éclatée, réalité décousue, insaisissable dont le discours continu et logique ne serait plus apte à rendre compte.    Une sorte d’évidence entoure la notion de fragmentation dans l’art contemporain. En effet, dans une large part de la création contemporaine, règne le subjectif, le partiel, le relatif. En peinture, le glacis, le tableau construit ont laissé place, par exemple,  au collage, en art plastique, la sculpture a laissé place à l’installation.   Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette même tendance dans une partie de la littérature contemporaine. Il s’agit donc de renoncer à la continuité et, comme indiqué plus haut, renoncer à l’envie de tout expliquer, de tout articuler, de préciser les ellipses, d’assurer une continuité temporelle et une continuité des personnages au-delà des trous inévitables du récit.  Continuité temporelle et continuité spatiale sont remises en cause, mais aussi la continuité psychologique des personnages. Le personnage, et, par là, l’être humain, est-il unifié, existe-t-il comme continuité ? Le fragment est une façon de se placer du côté de la réponse négative.   Une partir de ce refus vient aussi de l’idée selon laquelle guider trop précisément le lecteur serait lui imposer une vision du monde dans lequel tout s’enchaîne et s’articule. La discontinuité, en laissant des vides, cherche à laisser plus de place au lecteur, l’auteur renonce à occuper le terrain, le texte s’ouvre, les possibles d'interprétation s’accroissent.   L’écriture fragmentaire correspond aussi à l’envie de ne pas expliquer et de ne pas juger : montrer, raconter et laisser des trous dans le récit, à la limite des incohérences, comme une façon d’écrire sans y toucher, sans s’engager.   La discontinuité se niche donc aussi et peut-être plus souvent encore - comme noté plus haut -  dans le style. Parfois, une histoire précise est racontée dans un style dit blanc, neutre, si minimaliste qu’elle peut être ressentie comme fragmentaire, mais le style n’est pas le sujet de cet article.    Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que ce qui se joue au niveau du sens et ce qui se passe au niveau de la forme se rejoignent, s’il n’y a pas - pour l'auteur -  de possibilité de sens dans l'existence humaine, dans la suite des évènements, une discontinuité, une tendance au fragment apparait dans la forme du texte littéraire.    On peut évidemment relier ce retrait de la liaison et parfois même de toute construction à la disparition des grandes idéologies, des grands récits politiques ou religieux qui donnaient sens à l’histoire, remplacées par des objectifs plus modestes.    Dans beaucoup d’analyses du postmodernisme, la fragmentation est ainsi interprétée comme le signe d’un monde où les grands systèmes d’explication se sont effondrés, elle serait le symptôme d'une acceptation de la perte de tout sens global. Toute idée de totalité ou même de direction préférable serait ainsi devenue suspecte. Cette alternative entre, d'un côté, continuité -avec ses ellipses,  ses repères, sa construction, sa cohérence-  /  et, de l'autre, la fragmentation, a donc deux versants : Un versant positif, celui qui cherche à laisser plus de place au lecteur, limiter les explications. Et un second aspect plus contestable, l’absence de sens et, parfois, il faut bien le reconnaitre, le risque d'une facilité : le fragment, le  refus de donner un sens, de proposer une interprétation glisse et élude le travail de construction et de forme.  Et pour conclure, un autre enjeu important de l'écriture par fragments : L’écriture doit-elle être à l’image de la vision contemporaine du monde, se conformant au constat de la perte du sens ?   Ou doit-elle être chercher une voie nouvelle pour, au minimum, interroger cette perte de sens et de cohérence et peut-être, à sa façon, en proposant de nouvelles formes, dépasser l'impasse fragmentaire, et tenter d'y répondre ? C'est dans cette voie qui prend en compte les questionnements contemporains, mais ne se contente pas de les constater, que je place mon travail.      {loadmoduleid 197}  
06 mars 2026
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Pour provoquer et explorer le mouvement du monologue intérieur,  la thématique du mouvement continu est efficace. Ce thème permet d'expérimenter l'idée de flux de conscience. On ne "coupe pas le moteur" ni dans la tête du personnage ni dans le véhicule en mouvement. Le texte retranscrit directement le monologue intérieur comme un "micro branché dans le cerveau". Exemples de textes écrits avec cette proposition : -  Trop fort  -  Départ         {loadmoduleid 197}  
05 mars 2026
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La douleur réveille la nuit et l’esprit étonné s’aperçoit dans le noir. Fantôme, il court, de souvenirs en projets inaudibles. Il croit savoir, croit dire, il flotte. Une flèche le tient loin du repos, au-dessus du corps, il s’agite. Il espère que le temps va passer, qu’il va se délivrer de cette brume lancinante. Il erre, il radote, finit par se tourner, se retourner, cherche, sur le dos, sur le côté… une issue provisoire et déjà condamnée, car la douleur est là, tel un intrus qui frappe à la porte et jamais ne s’arrête, battement régulier, vainqueur et obstiné. Un instant, le sommeil parvient à effacer l’âcreté de ce bruit au creux de la vertèbre ou dans le pli de l’aine et puis le regard cherche, visite l’ombre derrière les rideaux. Un signe de l’aurore, une lueur infime ? Rien.Soudain tout bat plus fort, la nuit se transforme en désert, plus de ligne du temps pour orienter la course. Est-ce minuit, cinq heures ? Plus de frontière, un espace qui s’ouvre sans rien offrir qu’une errance pénible, à l’aveugle dans un océan exténuant. Il faudrait se soulever, saisir à tâtons la boite dans le tiroir et prendre la pilule grise, cette issue provisoire… Mais il faudrait un peu de force et d’oubli, car il n’est pas l’heure. Pas encore. Le long voyage se poursuit entre les eaux de la somnolence et les rochers de l’impatience, le drap est lourd, le matelas rigide, pas de posture pour accoster. L’eau est noire et profonde, pourtant l’on ne peut s’y noyer. On flotte à la recherche du repos. Et puis, venue de nulle part, une lumière glisse, doucement, le long du rideau, une coulée étrangement moite, visqueuse, s’émiette au fil de l’épais coton gris. Dans le lit, le corps, moite lui aussi, se tourne lentement, les yeux accrochés à la triste lumière. Le jour est là, enfin. C’est l’heure autorisée, un peu d’eau, une fraicheur épaisse dans la gorge et la dose qui va tout libérer.Et l’esprit se met à l’écoute. Il sait. Sait qu’il faut patienter.Dans le silence de la grande chambre, une toile de fond adoucit les angles du mur. Le rai de lumière s’amarre tendrement aux draps, s’élève une petite musique, oui, la douleur chantonne, berce, lancine encore un peu son tout petit refrain qui laissera sa trace, après disparition.La longue nuit, traversée de douleur, plane encore comme une odeur de renfermé, le matin se révèle imbibé de combats. Un peu d’humanité se grave, s’enracine dans les spirales du cerveau. Un ensemencement de la douleur dans la chair, ou ensemencement de la chair par la douleur, n’est-ce pas cela que l’on appelle, l’incarnation ?Mais pour l’instant, c’est l’heure de la fuite.Les molécules circulent et l’esprit, aux aguets, reste curieux de voir comment, le serpent, la chose, la brûlure va se métamorphoser.Redeviendra bientôt le petit animal fidèle, le locataire du début, celui qui ne gênait pas trop. Celui à qui l’on n’a pas pu, pourtant, s’habituer. On l’a invité à sa table, pour tenter de l’apprivoiser, et c’est lui qui a choisi le menu, l’a imposé. Un envahisseur, qui tout de même, en guise de loyer, a enseigné, à sa façon, les lois de l’hospitalité. Accueillir avec grâce, les petits renoncements, les grands mouvements de recul vers la résignation joyeuse à la vie serrée entre ses murs. Professeur d’unité du corps et de l’esprit, non plus le roseau pensant, ou la tête régnante, mais la conscience de l’unité, il permet de savoir, à chaque seconde, que le corps tient l’esprit au bout de chaque nerf.Peu à peu, par le sang, la chimie fait son œuvre.Les muscles se détendent, les membres sont plus longs, le dos s’enfonce, le corps s’éloigne, se dégage de l’avalanche, de la longue coulée du chemin de douleur, éboulis d’éperons et de larmes qui glissent, s’étalent dans le lit moins brulant, moins acide, la tension se défait.L’esprit inspecte prudemment, se répand dans le corps, maintenant plus tranquille, dans les os et la chair, labyrinthe piégé. Quoi, plus rien, plus une goutte de souffrance ? Le cerveau étonné se glisse par la porte, il sourit, sans bouger, il jouit de ces riens, se repait de l’absence d’influx, il a bien retenu les leçons de sa fragilité.Sage, prudent, tel un homme averti qui sait qu’il ne faut pas hausser le ton au risque d’éveiller les monstres endormis, le calme est précieux, silence harmonieux qu’un seul mot maladroit pourrait bientôt casser. L’esprit, tout incrédule encore, méfiant, parcourt le corps en toute impunité.Les bras s’ouvrent et le regard s’échappe.Et le moi enfermé accepte la lumière, elle était étrangère, elle se fait gaieté.Le rayon se renforce, efface provisoirement l’usure intérieure et vient même l’envie de se lever, de tirer le rideau, de…Non, surtout ne pas briser d’un geste un peu trop net, le moment du répit !L’immobilité laisse le corps chanter, chanson douce de souffle qui parcourt librement, une chanson d’unité d’un corps silencieux que l’on n’ose pourtant pas appeler à bouger.Peu à peu, dans le jour, maintenant installé, le corps, de nouveau disponible, fidèle, semble soudain possible. Il est là, entier, signale sa présence, en toute innocence et l’évidence d’être là, libre comme là-haut, les nuages défilent, bleus, simples et blancs. Légers. Derrière le plafond, l’esprit flotte s’envole, il pourrait les compter !Il se souvient comme d’un fantôme de la légèreté et du corps silencieux qui répond, fidèle aux attentes, de cette possibilité d’être une tête libre et du corps disponible à toutes ses lubies. Il part au loin, joyeux, se pose sur le calme de la mer apaisée. Sérénité de la dernière vague qui file sur le sable, se défait, se pose sur l’absence de signe, le calme des influx du système nerveux en milliers de repos, en un souffle d’air frais ; la pensée disparaît dans la l’épaisseur du rien. Béatitude de la transparence et des sensations fines comme des chairs d’enfants qu’on ose à peine effleurer.Bonheur de quelques heures ou de quelques minutes.Totalité provisoire. Douce moisson d’éternitéQu’il est doux de s’abandonner !Et de ne pas savoir, encore, qu’à la fin, c’est la pilule grise, la dose de morphine qu’il faudra juguler.             {loadmoduleid 197}  
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Un train à prendre

Assise au bord du lit, j'hésite à déplier mon corps. Je sais qu'une nouvelle fois il sera douloureux. Tout vacille autour de moi. Le verre renversé et la bouteille presque vide me donnent la nausée.

- Lève-toi, ma vieille, bouge-toi car le temps presse !

Dans quelques heures elle sera là.
Elle, c'est Lylou, une petite fille étrange aux longs cheveux noirs, presque cachée derrière la jupe de la directrice.
C'était la rentrée, c'était le CP.
En rangs par deux, les fillettes étaient entrées silencieusement dans la classe, conscientes de leur importance. Fini la maternelle, maintenant on arrêtait de jouer, on allait travailler, commencer à entamer le savoir mystérieux des adultes. On avait alors entendu frapper à la porte. Tout le monde s'était levé. La directrice était entrée, tenant Lylou par la main. Elle n'était sur aucune liste, avait-elle expliqué sur un ton contrarié. On l'avait curieusement oubliée au milieu de la cour. Elle était restée là, avec son cartable à ses pieds, au milieu des feuilles de peuplier qui tournoyaient autour d'elle en ce début d'automne.
- Je me souviens, à la récré, elle était toute seule, je me suis approchée, je lui ai parlé. On s'est assises toutes les deux sur une marche du préau. On est devenues amies. Mais, j'y pense, il doit rester une photo... !
Je me lève, mais je titube, je dois me raccrocher au montant du lit. En faisant très attention, je marche jusqu'au salon.
- Deux bières avant le rosé ? Comment est-ce possible?Et la pizza ? Se peut-il que je l'ai mangée en entier ? Ce n'est pas étonnant que je me sente si mal...Et cette odeur, ces mégots ? Ce n'est pas moi, ça ne peut pas être moi, ça...
Et poussée par l'urgence, je retrouve très vite cette photo en noir et blanc que je croyais avoir pourtant égarée.
Deux petites filles avec des souliers vernis et des socquettes blanches qui se tiennent par la main. Deux petites filles qui malgré le soleil qui les fait grimacer, sourient à l'objectif, heureuses d'être ensemble.
- Qu'est-ce qu'on était jolies !
Mais mon regard se lève. Je rencontre cette femme dans le miroir. Cette femme hirsute accroupie au milieu du désordre, avec sa chemise froissée et salie par endroits. - Non, ce n'est pas moi, ça...
Mais cette femme à la silhouette floue se redresse et s'approche. Pour mieux voir. Pour bien se rendre compte. Elle soulève même sa chemise pour être bien sûre.
- Que c'est étrange, quarante ans ont passé depuis cette photo. Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pendant tout ce temps pour me transformer au point de ne plus me reconnaître.
- C'est pas juste...
Et je me mets à faire l'inventaire des affaissements, des sillons, des pendouillages, du flasque, du mou et du regard qui n'est pas là.

Mais le temps passe. Dans quelques heures Lylou arrive. Il faut aérer, nettoyer, construire cet intérieur dont je rêve en regardant les revues de déco mais que je ne parviens jamais à réaliser car il manque toujours quelque chose. Il faut se préparer, transformer et masquer cette pauvre chose dégoulinante. Il faut sauter ces quarante ans. Les souvenirs reviennent. Les rires, les discussions, les jeux aussi, une saine compétition dans les apprentissages. Cette fierté éprouvée lorsque cette année-là on a gravi ensemble le petit podium pour recevoir toutes les deux le prix d'excellence.

Et puis l'adolescence qui est arrivée sans prévenir...
Lylou ne faisait que grandir. Moi je me transformais, je prenais des rondeurs, je le voyais dans le regard des autres et surtout celui des garçons. Du coup nos bavardages m'intéressaient moins. Elle m'ennuyait un peu avec ses questions sur le monde et les nombreux bouquins qu'elle lisait.
Moi, j'avais des envies, de vrais projets. La pauvre elle restait sur le banc alors que les autres avaient pris le train.
Cette année là, on avait dix-sept ans, elle nous a préparé un voyage en Grèce, sac à dos pour découvrir l'antiquité. J'ai pas osé lui dire que de marcher dans les cailloux en croisant des groupes de vieux, moi ça ne me tentait pas.
Moi je rêvais d'Ibiza et des boîtes de nuit.
Ce matin là, c'est elle qui a pris le train, toute seule, et pendant longtemps j'ai imaginé son visage collé à la vitre, espérant, jusqu'au dernier moment, me voir courir sur le quai.
Le temps a passé...J'ai reçu quelques cartes qui se sont peu à peu espacées. Je les ai lues. J'ai oublié d'y répondre.

Elle arrive dans une heure. Est-ce que ça va ? Les coussins, c'est important les coussins, surtout éviter le désordre mais aussi une disposition trop symétrique. Fermer les rideaux, un peu, peut-être un peu plus, pour créer une ambiance et par la même occasion cacher la saleté des vitres. Enlever ce coeur à base de capsules de bouteilles et le remplacer par...par quoi ? Par ce tableau d'un peintre cubain qu'une copine m'a offert parce qu'il était son amant mais que j'ai envoyé sous le lit dès qu'elle a fermé la porte. Ah oui, sortir plusieurs livres, pour montrer que je lis, mais bien les choisir, il manquerait plus qu'elle me demande de quoi ça parle.

Et puis moi, il faut que je parle de moi...Le bonheur de mes années de mariage, la joie d'avoir eu un enfant, la satisfaction d'avoir restauré ma maison, mon boulot, plutôt alimentaire, mais qui devait être un passage vers un autre qui a tellement tardé à arriver que finalement j'ai carrément arrêté le travail. Au fond, c'était ça que je voulais : un mari, une maison, un enfant, un boulot et éventuellement un chien. Dans n'importe quel ordre. Et j'ai tout eu, donc je suis contente...Pourtant il n'y a que le chien qui me laisse un souvenir heureux.

Et elle, est-ce qu'elle a évolué ? Elle n'était pas laide, elle était même plutôt jolie, mais elle ne plaisait pas. Et ne faisait d'ailleurs aucun effort dans ce sens. La vie n'a sans doute pas été facile pour elle. Elle était trop différente, trop grande, trop maigre, trop blanche, trop sérieuse aussi. Dans les boums, on ne l'invitait jamais. Mais

justement elle s'en foutait. Même au milieu d'une fête délirante, elle restait assise dans un coin avec un livre ouvert.

- Je me sens heureuse...j'ai un peu peur mais tout va bien se passer, tout est en place, et même moi je suis comme il faut.

Et le moment est arrivé. J'ai failli courir pour aller ouvrir puis j'ai ralenti. Sait-on jamais ce qui se trouve derrière une porte fermée ?
Elle a levé les yeux, elle m'a souri.
- C'est toi, ai-je dit bêtement ?

- Oui, a-t-elle répondu doucement.
On n'a pas osé s'embrasser. Elle est entrée avec dans son sillage un parfum que j'ai adoré. Une démarche nonchalante que j'ai reconnue. Ouaouh ! Quelle classe ai-je pensé. Et une pointe, oh une très petite pointe de tristesse s'est enfoncée en moi. Nous nous sommes assises, séparées par la petite table basse du salon. Je la retrouve. J'ai fait un bond en arrière.

Elle est là, juste à l'extrémité d'un banc, à côté d'une plante verte qui a la même taille qu'elle. Elle attend patiemment que j'aie fini de flirter avec ce garçon. Et pendant que nous dansons, je la regarde par dessus son épaule. Ses yeux sont devenus plus foncés, signe d'une colère qui gronde...Elle a tort, c'est aussi pour elle que je l'embrasse, pour pouvoir lui montrer, et tout lui raconter.

On se regarde maintenant avec des sourires figés auxquels pour ma part je m'accroche. Mais des lèvres, justement, ça n'est pas fait pour rester immobile. Elle me posent alors cette question que je redoute d'entendre.
- Alors, et toi, qu'est-ce que tu es devenue ?
Alors moi, justement, c'est pas cette question qu'il fallait me poser. Parce qu'elle invite à parler du résultat, du bilan actuel de ma vie, et donc de ce désastre sans fin et d'un bateau qui a coulé.
Toujours accrochée à mon sourire, je cherche à me remémorer ces quinze ans de mariage et comment dire en une phrase simple les joies qu'on a pu éprouver si on fait abstraction des remarques acerbes, des disputes, des tromperies, de l'ennui, de la colère ou de la résignation.
- J'ai été mariée, une quinzaine d'années, ça a été une bonne expérience.

Heureusement, à ce moment précis, une verre est tombé, il s'est cassé en plein de petits morceaux et j'ai fui vers la cuisine à la recherche d'une éponge.
Elle me regarde. Elle est embêtée bien sûr de ce verre cassé. Alors elle devine que ce serait sans doute bien qu'elle me parle d'elle. Et délicatement, en choisissant des mots tout simples, avec la modestie que je lui connais, elle évoque ses voyages, ses rencontres qui l'espace d'un instant lui éclairent le visage, son métier de journaliste qu'elle semble adorer. Je suis fière d'elle. Ca m'étonne pas qu'elle ait fait tout ça. Mais je suis fine psychologue. Ceux qui ne parlent que de leur métier ont en général une vie sentimentale de merde.

- Et...tu vis seule ?
Alors non, ma fille, pour la psychologie, tu repasseras. Il y a dans sa vie Hanna, sa compagne depuis presque trente ans, dit-elle en baissant les yeux pour éviter de me montrer ne serait-ce qu'un instant de ces années de bonheur.
Alors c'est elle, cette Hanna, qui m'a pris ma copine pendant tout ce temps...

Immédiatement je sens des griffes imaginaires au bout de mes doigts, mon poil qui se redresse et mes sens en alerte. Dans la vie dès qu'on tourne le dos...
Mais passons, elle ne semble pas vouloir s'étendre sur le sujet. Et moi non plus d'ailleurs.

Et les enfants ? La pauvre n'a sans doute pas eu d'enfant. - Je n'ai pas eu d'enfant. L'envie ne m'est jamais venue. Allons bon, je reprends l'avantage.
- Moi, j'en ai eu un.

Et dans mon sourire qui se fige à nouveau, j'espère suggérer les joies béates de la maternité.
Pourtant, pourtant...juste derrière mon sourire des images sont apparues, des cris qui n'en finissent pas, une incompréhension totale de cet être braillard, une suite sans fin de rendez-vous manqués qui s'est heureusement finie quand à ses dix-sept ans il a enfin claqué la porte pour ne plus revenir.

Le silence s'installe alors je lui ressers à boire. Et en me levant j'aperçois dans son sac un appareil photo.
- Tu fais de la photo ?
- Oui, tu sais dans mon métier...

- J'adore !
- Ah ? Tu fais de la photo toi aussi ?
- Non, mais j'ai toujours voulu en faire. Je n'ai pas le temps...

Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai, je passe quand même un certain nombre d'heures à me demander quoi faire. Mais je n'y ai jamais pensé. Pourtant là, ça me semble évident.

- Tu me montreras...ce sera génial ! Elle a souri, un peu gênée.

Et nous avons ainsi continué notre bavardage, comme avant, ou presque comme avant. Je me sentais légère, bien sûr que la photo pouvait nous réunir. Avant, il y avait bien eu les images des livres, avant même que nous ne sachions lire.

Puis est venu le moment de son départ. Je sentais presque une excuse dans le ton de sa voix.
Nous ne nous sommes toujours pas embrassées.
- Je te donne mon numéro de portable, et même mon fixe. Je t'écris aussi mon adresse mail, pour le cas où...

Je l'ai regardée qui descendait l'escalier, elle s'est retournée plusieurs fois. J'ai écouté son pas jusqu'à ce que la porte d'en bas se referme sur elle.

Une fois dans la rue, Lylou a ralenti le pas. Elle a regardé longuement le petit papier blanc. Puis elle s'est dirigée tristement vers une poubelle et a déchiré le papier en plein de petits morceaux. Elle les a regardé tournoyer jusqu'au fond.
Elle s'est remise à marcher en accélérant le pas.

Elle a tourné au coin de la rue.

Je me glisse délicieusement tout au fond de mon lit. Je ramène doucement le drap léger sur mon visage.

- Je te promets, ma Lylou, ce train je vais enfin le prendre avec toi... 

Le roman de Jean-Max !
L'outre-moi.

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"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

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