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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Delphine C.
06 mars 2026
Textes d'ateliers

La musique « ça s'écoute fort » voilà il l'a dit !Par réflexe, je lui masse la nuque lorsqu'il prononce ces mots secs, je tente de ramollir le cuir de sa peau puis j'ajuste mes lunettes en les descendant de mes cheveux à mon nez.Derrière mes verres teintés, je fonds dans le siège.Dans le rétrov...

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Invité - TORRES
13 février 2026
Merci Jean François, oui, je trouve même le termes d’IA déjà préoccupant même si ce sujet...
Invité - jean francois
13 février 2026
Belle idée ( si l'on peut dire!) que ces livres évolutifs... La remise en cause du droit d...

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06 mars 2026
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Jacques Villon, Portrait de J.L.B. Temporalité et écriture La littérature, le roman en particulier, peuvent raconter des vies entières en quelques pages et, même si l’auteur se donne des centaines ou des milliers de pages, il lui  faudra choisir, sélectionner et se centrer sur certains moments qui lui semblent représentatifs ou nécessaires à son récit. Pour passer de l'un à l'autre  de ces temps "racontés", la narration effectue un « saut » et il existe plusieurs façons de le concevoir et de l'articuler au récit, ces différentes options narratives, ces diverses façons de passer d'un temps à l'autre se distinguent notamment par leur rapport au tout, à la totalité de l'histoire, à sa suite temporelle complète.     L’ellipse : maintien d’une chronologie lisible Ces sauts, quand ils sont faits en reliant entre eux les moments racontés, s'appellent des ellipses.     L'ellipse omet, "saute" une portion de temps, d’action, mais elle le fait dans un cadre temporel qui reste globalement ordonné et repérable. Le texte fournit pour cela des indices (adverbes, dates, saisons, âges des personnages,  données temporelles, un court résumé de ce qui s’est passé entretemps etc.) qui indiquent au lecteur la suppression d’un segment de l’histoire et lui permettent de situer mentalement l’ellipse dans une chronologie comme le « Quelques mois plus tard… » de Patrick Modiano dans  Rue des boutiques obscures.   Même quand l’ellipse est brutale  : « Seize ans plus tard. » écrit Victor Hugo, elle sous-entend une temporalité repérable.   Les différents moments du texte ainsi réunis par l’ellipse ne sont donc pas des fragments autonomes : ils restent des moments d’une même chaîne causale et chronologique séparés par un moment sous-entendu: le temps manquant existe dans l’histoire, il est évoqué, affirmé comme non raconté. Le lecteur perçoit une continuité partiellement énigmatique ou laissée dans l’ombre, mais encadrée et située clairement. L’ellipse ne fragmente donc pas le texte : elle est un outil qui permet de condenser le récit.   Les fragments, des segments autonomes L'ellipse situe l'extrait par rapport à la totalité, au minimum par rapport à l'extrait précédent, comme un morceau d'un puzzle se présente en tant que partie d'un tout.   Le fragment refuse cette référence, il se présente comme un tout séparé. Il laisse les moments absents totalement dans l’ombre, sans repère temporel pour les situer les uns par rapport aux autres, le récit n’est plus simplement discontinu, mais fragmenté. Le lien peut être fait, ou pas, par le lecteur, mais la totalité devient une référence floue, très allusive ou indirecte. Il n'y a plus de référence à une temporalité repérable que l'on pourrait reconstituer.     Exemple d'écriture fragmentaire hors fiction dans Les Ombres errantes de Pascal Quignard, ouvrage composé d’une succession de fragments méditatifs. « Lire, c’est quitter le monde visible.Celui qui ouvre un livre se retire.Il abandonne le bruit commun pour une voix silencieuse.La lecture est une solitude partagée avec un mort.  Dans les livres, les morts parlent aux vivants.La voix qui vient de la page n’appartient plus à personne.Elle a traversé le temps.C’est une parole sauvée de l’oubli. »   Exemple dans la fiction dans Les Vagues de Virginia Woolf, ce roman est composé de monologues successifs de différents personnages, sans transition narrative. Chaque prise de parole forme un fragment autonome. Fragment 1 : monologue de Bernard« Les feuilles tombent ; les feuilles tombent sans cesse.J’erre dans les rues de Londres, inventant des histoires.Chaque visage que je croise devient le début d’un récit.Pourtant, au moment où je veux saisir ces histoires, elles s’évanouissent. »Fragment 2 qui enchaine  : monologue de Susan« J’aime les champs humides et les odeurs de l’étable.Ici, la terre est solide sous mes pieds.Les villes me troublent ; leurs voix se croisent sans repos.Je préfère le rythme lent des saisons et le pas régulier des bêtes. »   L'idée de fragment se retrouve à tous les niveaux du texte :  Au niveau d'éléments temporels séparés, non reliés par une ellipse, le fragment concerne la chronologie,  le temps est coupé. Il peut être  ponctuel, réversible, ou suspendu ; le temps fragmenté ne s’écoule pas vraiment. Au niveau stylistique, la fragmentation se fait essentiellement par des phrases sont juxtaposées. En ce qui concerne la construction globale, la fragmentation se fait au travers de matériaux hétérogènes sans marqueurs logiques ou causaux explicites. Les parties séparées se suivent avec une relation qui  peut rester flottante ou associative et qui relève davantage de la résonance, de l’écho, de la juxtaposition, de la variation ou de la contradiction que de la succession ordonnée. Contrairement au montage ou à la construction classique, les fragments ne sont pas nécessairement organisés en système. Le mot qui caractérise le mieux  le fragment, c'est l'autonomie. Le fragment est un texte bref mais complet. On parle alors de texte fragmentaire, de narration éclatée, d'écriture discontinue.   Dans sa forme la plus radicale (Blanchot, Cioran tardif, certaines proses de Jabès, Handke dans Le Malheur sans désirs, ou encore Pascal Quignard), le fragment ne se situe pas dans une hiérarchie et leur ordre peut être modifié sans détruire l'ensemble ou sans que l'on puisse y voir une faille par rapport à une hiérarchie narrative. Cette déconstruction de l'idée de totalité et d'ordre est parfois désignée comme  le « non-lien » ou le « rapport sans rapport » (Blanchot). Le fragment a été inauguré par Friedrich Schlegel et la tradition romantique. « La littérature est le fragment de tous les fragments » a pu écrire Goethe. Le fragment n’est pas un morceau d’un tout, mais une forme ouverte. On peut parler aussi d'une poétique différente de celle de l'ellipse : d'une tentation ou d'une recherche de l’inachèvement.   Fragmentation, concentration, condensation L'expression « écriture fragmentaire » peut recouvrir des formes différentes qu'on ne peut simplement assimiler et résumer par l'idée de discontinuité. La « fragmentation » n’est pas un procédé unique, mais une famille de formes de ruptures selon le niveau et le type d'autonomie recherchés.   Il faut rappeler que de nombreux textes, notamment contemporains, utilisent à la fois l'ellipse temporelle et une forme de fragmentation dans des orientations multiples. La frontière ellipse / fragment (et c'est le propre de toute notion littéraire, nous ne sommes pas en mathématique...) devient parfois poreuse.  On peut citer dans le domaine poétique René Char avec des fragments très autonomes, mais parfois une thématique de la Résistance ou une chronologie émotionnelle diffuse les relie subtilement. Et dans l'autofiction : Annie Ernaux, dans certains livres comme Les Années, mélange écriture fragmentaire et ellipses temporelles très marquées avec une chronologie historique quand même lisible.   Notons égalment que l'écriture fragmentaire peut aussi se marquer, non par l'absence de repère mais par une proportion texte/totalité. Raconter une existence humaine en quelques paragraphes séparés, même avec quelques indications, procède du fragment. Trop de choses manquent pour que la perception de la discontinuité, du vide, ne prime pas sur celle d'une totalité.  On peut placer dans cette catégorie le livre «Roland Barthes par Roland Barthes », une biographie que l'auteur veiut "éclatée" en chapitres comment autant de fragments de vie avec comme incipit, par exemple : Au moment du premier cri… Au tableau noir… La première fois qu…. A trente ans…  La dernière fois qu… A son dernier instant…   Les repères temporels sont là, mais la chronologie complète s'estompe au profit d'instantanés qui, certes renvoie à l'idée de biographie, mais celle-ci, largement absente, ne peut qu'être très partiellement reconstituée.   Beaucoup de textes ne sont pas fragmentés au sens de complètement décousus et composés de morceaux sans liens explicites, mais la façon de raconter par de menus éléments, des micro scènes pour évoquer un temps très long, laissant tout le reste dans l'ombre sont tellement concentrés, condensés qu'ils donnent une impression de fragmentation malgré les ellipses et repères. Exemple d' écriture ellpitique, concentrée jusqu'au fragmentaire et pourtant très évocatrice : "À dix-huit ans, Pierre quitta la maison campagnarde où il était né. Au moment précis où il s’en alla, sa vieille mère infirme était dans Ie lit de la chambre bleue dans laquelle il y avait le daguerréotype de son père, des plumes de paon dans un vase, et une pendule représentant Paul et Virginie, et qui indiquait trois heures. Dans la cour, sous le figuier, son grand-père se reposait. Dans le jardin, il y avait sa fiancée, des roses et des poiriers luisants. Pierre alla gagner sa vie, dans un pays où il y avait des nègres, des perroquets, des caoutchoucs, de la mélasse, des fièvres et des serpents. Il y demeura trente ans. Au moment précis où il revint dans la maison campagnarde où il était né, la chambre bleue était devenue blanche, sa mère reposait au sein de Dieu, Ie portrait de son père n’était plus là, et les plumes du paon et le vase avaient disparu. Un objet quelconque remplaçait la pendule. Dans la cour, sous le figuier où son défunt grand-père se reposa, il y avait des écuelles cassées et une pauvre poule malade. Dans le jardin de roses et de poiriers luisants où fut sa fiancée, iI y avait une vieille dame. L’histoire ne dit pas qui elle était." Francis Jammes, Le Roman du lièvre (1922)    Fragmentation, continuité... modernité ?  Au-delà du constat et de la nécessaire définition des termes, le choix de la fragmentation, par opposition à la continuité et sa construction, est une manière de se positionner par rapport à des questionnements de notre époque. La pratique du fragment correspond à un désir de coller ou d'exprimer sa dimension nettement discontinue, fragmentée, mais aussi, plus largement, de se placer dans une posture réfractaire à toute tentative de donner un sens global et universel au monde. L'écriture fragmentaire refuse, de façon plus ou moins marquée et consciente, toute idée de "réalité" autre que dispersée, éclatée, réalité décousue, insaisissable dont le discours continu et logique ne serait plus apte à rendre compte.    Une sorte d’évidence entoure la notion de fragmentation dans l’art contemporain. En effet, dans une large part de la création contemporaine, règne le subjectif, le partiel, le relatif. En peinture, le glacis, le tableau construit ont laissé place, par exemple,  au collage, en art plastique, la sculpture a laissé place à l’installation.   Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette même tendance dans une partie de la littérature contemporaine. Il s’agit donc de renoncer à la continuité et, comme indiqué plus haut, renoncer à l’envie de tout expliquer, de tout articuler, de préciser les ellipses, d’assurer une continuité temporelle et une continuité des personnages au-delà des trous inévitables du récit.  Continuité temporelle et continuité spatiale sont remises en cause, mais aussi la continuité psychologique des personnages. Le personnage, et, par là, l’être humain, est-il unifié, existe-t-il comme continuité ? Le fragment est une façon de se placer du côté de la réponse négative.   Une partir de ce refus vient aussi de l’idée selon laquelle guider trop précisément le lecteur serait lui imposer une vision du monde dans lequel tout s’enchaîne et s’articule. La discontinuité, en laissant des vides, cherche à laisser plus de place au lecteur, l’auteur renonce à occuper le terrain, le texte s’ouvre, les possibles d'interprétation s’accroissent.   L’écriture fragmentaire correspond aussi à l’envie de ne pas expliquer et de ne pas juger : montrer, raconter et laisser des trous dans le récit, à la limite des incohérences, comme une façon d’écrire sans y toucher, sans s’engager.   La discontinuité se niche donc aussi et peut-être plus souvent encore - comme noté plus haut -  dans le style. Parfois, une histoire précise est racontée dans un style dit blanc, neutre, si minimaliste qu’elle peut être ressentie comme fragmentaire, mais le style n’est pas le sujet de cet article.    Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que ce qui se joue au niveau du sens et ce qui se passe au niveau de la forme se rejoignent, s’il n’y a pas - pour l'auteur -  de possibilité de sens dans l'existence humaine, dans la suite des évènements, une discontinuité, une tendance au fragment apparait dans la forme du texte littéraire.    On peut évidemment relier ce retrait de la liaison et parfois même de toute construction à la disparition des grandes idéologies, des grands récits politiques ou religieux qui donnaient sens à l’histoire, remplacées par des objectifs plus modestes.    Dans beaucoup d’analyses du postmodernisme, la fragmentation est ainsi interprétée comme le signe d’un monde où les grands systèmes d’explication se sont effondrés, elle serait le symptôme d'une acceptation de la perte de tout sens global. Toute idée de totalité ou même de direction préférable serait ainsi devenue suspecte. Cette alternative entre, d'un côté, continuité -avec ses ellipses,  ses repères, sa construction, sa cohérence-  /  et, de l'autre, la fragmentation, a donc deux versants : Un versant positif, celui qui cherche à laisser plus de place au lecteur, limiter les explications. Et un second aspect plus contestable, l’absence de sens et, parfois, il faut bien le reconnaitre, le risque d'une facilité : le fragment, le  refus de donner un sens, de proposer une interprétation glisse et élude le travail de construction et de forme.  Et pour conclure, un autre enjeu important de l'écriture par fragments : L’écriture doit-elle être à l’image de la vision contemporaine du monde, se conformant au constat de la perte du sens ?   Ou doit-elle être chercher une voie nouvelle pour, au minimum, interroger cette perte de sens et de cohérence et peut-être, à sa façon, en proposant de nouvelles formes, dépasser l'impasse fragmentaire, et tenter d'y répondre ? C'est dans cette voie qui prend en compte les questionnements contemporains, mais ne se contente pas de les constater, que je place mon travail.      {loadmoduleid 197}  
06 mars 2026
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Pour provoquer et explorer le mouvement du monologue intérieur,  la thématique du mouvement continu est efficace. Ce thème permet d'expérimenter l'idée de flux de conscience. On ne "coupe pas le moteur" ni dans la tête du personnage ni dans le véhicule en mouvement. Le texte retranscrit directement le monologue intérieur comme un "micro branché dans le cerveau". Exemples de textes écrits avec cette proposition : -  Trop fort  -  Départ         {loadmoduleid 197}  
05 mars 2026
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La douleur réveille la nuit et l’esprit étonné s’aperçoit dans le noir. Fantôme, il court, de souvenirs en projets inaudibles. Il croit savoir, croit dire, il flotte. Une flèche le tient loin du repos, au-dessus du corps, il s’agite. Il espère que le temps va passer, qu’il va se délivrer de cette brume lancinante. Il erre, il radote, finit par se tourner, se retourner, cherche, sur le dos, sur le côté… une issue provisoire et déjà condamnée, car la douleur est là, tel un intrus qui frappe à la porte et jamais ne s’arrête, battement régulier, vainqueur et obstiné. Un instant, le sommeil parvient à effacer l’âcreté de ce bruit au creux de la vertèbre ou dans le pli de l’aine et puis le regard cherche, visite l’ombre derrière les rideaux. Un signe de l’aurore, une lueur infime ? Rien.Soudain tout bat plus fort, la nuit se transforme en désert, plus de ligne du temps pour orienter la course. Est-ce minuit, cinq heures ? Plus de frontière, un espace qui s’ouvre sans rien offrir qu’une errance pénible, à l’aveugle dans un océan exténuant. Il faudrait se soulever, saisir à tâtons la boite dans le tiroir et prendre la pilule grise, cette issue provisoire… Mais il faudrait un peu de force et d’oubli, car il n’est pas l’heure. Pas encore. Le long voyage se poursuit entre les eaux de la somnolence et les rochers de l’impatience, le drap est lourd, le matelas rigide, pas de posture pour accoster. L’eau est noire et profonde, pourtant l’on ne peut s’y noyer. On flotte à la recherche du repos. Et puis, venue de nulle part, une lumière glisse, doucement, le long du rideau, une coulée étrangement moite, visqueuse, s’émiette au fil de l’épais coton gris. Dans le lit, le corps, moite lui aussi, se tourne lentement, les yeux accrochés à la triste lumière. Le jour est là, enfin. C’est l’heure autorisée, un peu d’eau, une fraicheur épaisse dans la gorge et la dose qui va tout libérer.Et l’esprit se met à l’écoute. Il sait. Sait qu’il faut patienter.Dans le silence de la grande chambre, une toile de fond adoucit les angles du mur. Le rai de lumière s’amarre tendrement aux draps, s’élève une petite musique, oui, la douleur chantonne, berce, lancine encore un peu son tout petit refrain qui laissera sa trace, après disparition.La longue nuit, traversée de douleur, plane encore comme une odeur de renfermé, le matin se révèle imbibé de combats. Un peu d’humanité se grave, s’enracine dans les spirales du cerveau. Un ensemencement de la douleur dans la chair, ou ensemencement de la chair par la douleur, n’est-ce pas cela que l’on appelle, l’incarnation ?Mais pour l’instant, c’est l’heure de la fuite.Les molécules circulent et l’esprit, aux aguets, reste curieux de voir comment, le serpent, la chose, la brûlure va se métamorphoser.Redeviendra bientôt le petit animal fidèle, le locataire du début, celui qui ne gênait pas trop. Celui à qui l’on n’a pas pu, pourtant, s’habituer. On l’a invité à sa table, pour tenter de l’apprivoiser, et c’est lui qui a choisi le menu, l’a imposé. Un envahisseur, qui tout de même, en guise de loyer, a enseigné, à sa façon, les lois de l’hospitalité. Accueillir avec grâce, les petits renoncements, les grands mouvements de recul vers la résignation joyeuse à la vie serrée entre ses murs. Professeur d’unité du corps et de l’esprit, non plus le roseau pensant, ou la tête régnante, mais la conscience de l’unité, il permet de savoir, à chaque seconde, que le corps tient l’esprit au bout de chaque nerf.Peu à peu, par le sang, la chimie fait son œuvre.Les muscles se détendent, les membres sont plus longs, le dos s’enfonce, le corps s’éloigne, se dégage de l’avalanche, de la longue coulée du chemin de douleur, éboulis d’éperons et de larmes qui glissent, s’étalent dans le lit moins brulant, moins acide, la tension se défait.L’esprit inspecte prudemment, se répand dans le corps, maintenant plus tranquille, dans les os et la chair, labyrinthe piégé. Quoi, plus rien, plus une goutte de souffrance ? Le cerveau étonné se glisse par la porte, il sourit, sans bouger, il jouit de ces riens, se repait de l’absence d’influx, il a bien retenu les leçons de sa fragilité.Sage, prudent, tel un homme averti qui sait qu’il ne faut pas hausser le ton au risque d’éveiller les monstres endormis, le calme est précieux, silence harmonieux qu’un seul mot maladroit pourrait bientôt casser. L’esprit, tout incrédule encore, méfiant, parcourt le corps en toute impunité.Les bras s’ouvrent et le regard s’échappe.Et le moi enfermé accepte la lumière, elle était étrangère, elle se fait gaieté.Le rayon se renforce, efface provisoirement l’usure intérieure et vient même l’envie de se lever, de tirer le rideau, de…Non, surtout ne pas briser d’un geste un peu trop net, le moment du répit !L’immobilité laisse le corps chanter, chanson douce de souffle qui parcourt librement, une chanson d’unité d’un corps silencieux que l’on n’ose pourtant pas appeler à bouger.Peu à peu, dans le jour, maintenant installé, le corps, de nouveau disponible, fidèle, semble soudain possible. Il est là, entier, signale sa présence, en toute innocence et l’évidence d’être là, libre comme là-haut, les nuages défilent, bleus, simples et blancs. Légers. Derrière le plafond, l’esprit flotte s’envole, il pourrait les compter !Il se souvient comme d’un fantôme de la légèreté et du corps silencieux qui répond, fidèle aux attentes, de cette possibilité d’être une tête libre et du corps disponible à toutes ses lubies. Il part au loin, joyeux, se pose sur le calme de la mer apaisée. Sérénité de la dernière vague qui file sur le sable, se défait, se pose sur l’absence de signe, le calme des influx du système nerveux en milliers de repos, en un souffle d’air frais ; la pensée disparaît dans la l’épaisseur du rien. Béatitude de la transparence et des sensations fines comme des chairs d’enfants qu’on ose à peine effleurer.Bonheur de quelques heures ou de quelques minutes.Totalité provisoire. Douce moisson d’éternitéQu’il est doux de s’abandonner !Et de ne pas savoir, encore, qu’à la fin, c’est la pilule grise, la dose de morphine qu’il faudra juguler.             {loadmoduleid 197}  
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La dame a ri

Aquarelle de Renée-Lise Jonin

Elle a ri, à l'abri bus de la place Jeanne d'Arc. Elle a dit Vous n'allez tout de même pas essayer de les vendre ? Elle a ri. Elle a dit... C'est à ça que je pense, étendu sur mon lit, dans ma chambre, c'est à ça que je pense. Je viens de me réveiller. J'ai vu par la fenêtre le ciel un peu rose sur le jardin communal et c'était très joli. C'était joli comme un tableau mais j'avais à peine été saisi par la beauté que j'ai entendu, dans mon âme et dans ma bouche, son rire et sa phrase : Vous n'allez tout de même pas essayer de les vendre !

Je lui avais montré mes peintures. Il y avait le vieillard cassé qui avançait sur un chemin caillouteux, il y avait le jeune homme au canotier qui était à la fois à la montagne et à la mer et lui-même était un peu la mer, il y avait le lac qui prenait feu, il y avait celui qui était poursuivi dans la forêt sans savoir par qui, il y avait un homme qui courait après un autre homme et cet autre homme c'était lui-même, il y avait ...

Je peignais déjà depuis des années quand je l'ai rencontrée pour la première fois, comme ça, par hasard, au marché.

–Madame, lui ai-je dit, vous avez perdu une feuille d'oseille.

Je la lui ai tendue. Une feuille d'oseille, en effet, avait glissé par une des mailles de son filet. Elle avait un joli filet genre traditionnel, écologique aussi. Autour de moi, poissons,commerçants, poireaux, courgettes, acheteurs, fruits d'été prégnants de jus, œufs, fromages... puis cette feuille d'oseille par terre aux pieds de cette dame. Et juste avant, cette feuille d'oseille qui se glissait au travers de la maille, qui voletait et qui tombait. Elle me ressemble un peu, cette feuille, je crois. Une feuille d'oseille, c'est fait pour ajouter de la saveur et moi j'aimerais ajouter de la saveur à la vie d'une dame.

Ensuite j'avais re-rencontrée la dame au marché, à la bibliothèque, au parc Victor Hugo...et quand elle n'y était pas, elle y était quand même. Jusqu'au jour où, à l'abri bus de la place Jeanne d'Arc où je m'étais trouvé en même temps qu'elle,j'avais tiré mes peintures de mon chariot et les lui avais montrées.

Aujourd'hui, c'est fini. Elle a ri, à l'abri bus de la place Jeanne d'Arc. Elle m'a dit Vous n'allez tout de même pas essayer de les vendre ? C'est à ça que je pense, étendu sur mon lit. C'est à ça que je pense. À mes yeux j'étais un artiste, un vrai, je le savais. Je n'arrive plus à le savoir. Elle a ri !

Je regarde par la fenêtre, le ciel n'est plus rose. Un ciel rose, c'était ma vie avant. Ma vie en train de se peindre. Ma vie avant ce rire et cette phrase. Hier je suis allé confier mon histoire à l'aumônier des artistes. Il m'a demandé :

– Il n'y a eu que ça dans votre vie, peindre, ramasser une feuille d'oseille,et puis un rire et une phrase ?

– Non, il n'y a pas eu que ça. Mais c'est par ça que je suis habité.

– Avez-vous déjà cherché un sens profond à votre vie ? Êtes-vous en quête de quelque chose ?

– Je suis comme le garçon à l'ombrelle sur un de mes tableaux, qui part à la recherche d'il ne sait pas vraiment qui, avec, pour flairer la piste, une très jolie meute de chiens de toutes les couleurs. Je ne connais pas les gens que je cherche mais une chose est sûre, c'est que je veux mettre de la couleur dans leur vie, grâce à mes peintures

.

Je laisse l'aumônier des artistes dans un coin de ma tête, je m'assieds dans mon lit et je me souviens... je me souviens de comment ça a commencé, les couleurs, dans ma vie. Quand j'avais neuf ans, j'avais peint un petit garçon qui grimpait sur une girafe en prenant appui sur ses taches. Le prof avait écrit : dessin sans lien avec le réel, Note : 2.Et quand mon père avait vu le 2, sa mains droite s'était mise à frémir d'une façon qui évoque la gifle sur le point de partir. J'avais détalé. En même temps je m'étais dit : Ah oui, vous croyez que ça vaut 2 ? Eh bien, je serai peintre moi ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! C'est ainsi qu'est née ma vocation. J'ai grandi en peignant.

Après, il y a eu quelques personnes pour vouloir m'encourager :

– Oh, les jolies petites images, disaient-elles Je vais vous en prendre une pour ma petite fille.... Oh, les jolies petites images...

Après, j'ai exposé et j'ai pas mal vendu. J'étais content de voir les amateurs repartir avec un bout de ma vie que je leur avais confié. Et ils étaient contents aussi. C'est là que dans ma vie les couleurs se sont multipliées, avec une dominante ciel d'aurore.

Après il y a eu la dame à la feuille d'oseille. Elle ne se doute pas que j'ai déjà vendu. Elle me ferait presque croire que ça n'est jamais arrivé, que c'est impensable. J'en suis là de ma vocation. Je veux réagir comme je l'ai fait pour mon prof et mon père. Elle a ri, la dame de la feuille d'oseille. Elle a osé rire ! Eh bien, elle sera étonnée ! Ma prochaine expo va faire un tabac ! Sous l'effet de la vexation et de la colère, je sens monter en moi une inspiration tumultueuse, irrésistible.

Je quitte mon lit , rassemble mon matériel et saisis mes pinceaux. Je me mets à peindre à grands coups. Impatients, les tubes de couleurs éclatent. Ça fuse sur le papier comme le bouquet d'un feu d'artifice. Ce que je peins ? Le rire de la dame à la feuille d'oseille. Elle n'a pas ri fort mais je peins la puissance de son rire. Un rire qui déchire le ciel et le papier, qui gicle sur les murs. Un rire qui se fait musique en même temps que tableau. Mais pas une musique de chambre. Une musique déchaînée qui pousse des cris chantés comme un prisonnier qui s'échappe. Le prisonnier, c'est moi. Je veux m'échapper du rire de la dame. Les voisins du jardin communal frappent à la porte.

– Arrêtez votre boucan ! crient-ils

J'essaie de protester :

– Mais quel boucan ? Vous voyez bien que mon art est visuel. Vous voyez bien que je peins.

Pourtant moi aussi j'ai les oreilles qui vibrent. Puis je sens dans les narines un picotement qui s'intensifie, c'est l'odeur de mon tableau qui se manifeste. Une odeur superbe mais tellement violente que les voisins se plaignent encore plus fort. Et, ne pouvant plus supporter, ils s'enfuient en courant.

Me voilà enfin seul. Il faut que je me repose. Je m'allonge sur le lit. Un instant, le ciel redevient rose. Je regarde la pièce. Les choses ont changé. Les tubes de couleur ne sont plus frénétiques. Ils me regardent comme si rien ne s'était passé. Les traces de giclures se sont effacées. Mais non, pas tout à fait, elles laissent derrière elles quelques teintes pastel. Il n'y a plus de musique. Mais si, un menuet.Il n'y a plus d'odeur. Mais si, de lilas. Et le ciel reste rose. Je regarde la peinture de plus près. Et je vois que sur le rire, une muselière s'est dessinée. Elle est efficace mais jolie. Faite d'une dentelle très solide. J'admire l'habileté de l'artiste invisible.

Je réfléchis... J'avais fait de ce rire quelque chose de beau mais de trop véhément, je n'avais rien maîtrisé de l'étrange élan qui m'entraînait impitoyablement. Je ne comprends pas pourquoi tout s'est arrangé. Une autre force, bienveillante celle-là, serait-elle intervenue ? Étrangère à moi ou bien ou au dedans de moi ? Une force de paix.

Et si je faisais la paix avec la dame ? Mais comment faire la paix avec quelqu'un qui ne sait pas qu'on est en guerre ? Elle ignore tout du bouleversement qu'elle a provoqué en moi. Quand elle a laissé échapper son rire, et qu'elle a dit sa phrase, moi je n'ai rien dit. En silence j'ai remballé mes tableaux. Et je suis parti en poussant mon chariot. Elle a dit au revoir et j'ai répondu au revoir. Sur le coup j'ai pensé Cet au revoir est un adieu.

Mais maintenant qu'est intervenue cette mystérieuse force bienveillante, j'ai envie de rétablir une communication avec la dame. Lui faire comprendre que mes tableaux sont bons ? Ou peut-être m'intéresser à elle, tout simplement. Je ne sais pas ce qu'elle fait dans la vie. Je la vois toujours seule, en ça on est semblables. Peut-être a -t-elle une passion, comme moi la peinture. Serait-elle musicienne ? Romancière ? Serait-elle savante ? Exploratrice ? Pas tellement de chances qu'elle soit exploratrice, je la vois toujours aux alentours. Serait-elle peintre elle aussi ? Je ne crois pas. Je crois que si elle était peintre, elle aurai su apprécier mes tableaux. C'est peut-être une grande linguiste ou une inventrice. Ou alors une actrice. Pourquoi pas une acrobate ?

Je sors. C'est jour de marché, j'y vais. Avec un peu de chance, je vais rencontrer la dame. Je prends mon caddie, pour me donner une contenance. En fait je ne suis pas centré sur les achats mais sur la dame. J'envisage de lui offrir un modeste cadeau. Des fleurs, en témoignage de ma bonne volonté ? Plutôt une de mes peintures, ce serait bien plus personnel. Mais voilà, elle les trouve ridicules !

Je suis au marché maintenant. La première personne que je rencontre, c'est la dame. Pas étonnant. Je crois à la puissance du désir. Je désire voir la dame et je vois la dame, de même que j'ai désiré être un peintre et que je suis un peintre.

Je pourrais lui dire Madame, ce jour-là, à l'abri bus, vous avez ri, retirez votre rire. Ou Madame, savez-vous que votre rire a été muselé ? Voici ce que je lui dis :

–Madame, un rire, c'est un rire. Je ne vous demande pas de l'effacer. Mais vous pourriez le refaire et le transformer.

La dame me regarde avec des yeux très étonnés.

– Madame, lui dis-je, il faut que vous sachiez que j'ai déjà beaucoup vendu.

–Cela m'étonne. J'aurais cru vos œuvres trop poétiques et trop subtiles pour le grand public.

Une chaleur réconfortante m'envahit tout le corps. Le voile est tombé. Je comprends que je n'avais rien compris. Je n'avais fait qu'interpréter.

–Madame, ce serait ça que vous avez voulu dire avec votre rire et votre Vous n'allez tout de même pas essayer de les vendre ? Que mes peintures ne s'adressaient pas aux masses mais sans doute à une élite ?

– C'est à peu près ça que j'ai voulu dire. La poésie de vos tableaux ne me semble pas pouvoir toucher tout le monde. Voyez-vous, moi je suis poète et je constate que mes recueils n'intéressent que très peu de gens.

Ainsi j'ai désiré voir la dame et je l'ai vu. J'ai désiré en savoir plus long sur elle, et ça y est, je sais ce qu'elle fait dans la vie, elle est poète.

– Voyez-vous, dit la dame, dont le teint rosit, je vais vous confier quelque chose. Je suis heureuse de la chute de ma feuille d'oseille. Ce fut là un jour mémorable.

–Vraiment ? Pour vous aussi ?

– Vraiment. Parmi les tableaux que vous m'avez montrés plus tard, celui que je préfère c'est celui où on voit un homme courir après lui-même. Je m'y reconnais voyez-vous. Je cours après un autre moi-même. Un moi-même accompli. Extérieurement, il est toujours le même mais intérieurement, il est plus riche et plus profond. La personne sur qui je compte pour réaliser la métamorphose, c'est Dame Poésie.

– Madame, je me suis mis dans un état terrible à cause de votre rire et de votre phrase : Vous comptez vraiment essayer de les vendre ? Je le regrette fort. Que de souffrance inutile ! Je me suis déchaîné à peindre votre rire et je me demande si je ne suis pas, pour un moment, devenu fou. Et si la force de paix qui m'a ensuite envahi, ce n'était pas vous, Madame. Le quiproquo est levé, la situation s'est éclairée, je suis dans l'espérance. Madame, Poésie et Peinture commencent par la même lettre. Continuons ensemble notre marche vers l'Art.

Alors, la dame ouvre la bouche avec un sourire qui ressemble à une barque pour un voyage à deux :

– Hip hip hip pour la couleur

hip hip hip pour vos peintures !

Vous étiez dans la douleur

vous étiez dans la torture.

La vie cette poétesse

a stoppé votre détresse.

Une fois tombés les murs

que notre intimité dure

tout autant que la vie même !

Point ne dirai je vous aime

ce n'est pas original.

Notre cas est moins fatal,

Nous aimons l'Art, l'Art nous aime ! 

J'habite seul au quinzième étage
l'homme du rond-point

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"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

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