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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Sylvie Roussel Méric
20 janvier 2026
Textes d'ateliers

Lucette met sa veste grise, ses bottes de caoutchouc et sort au jardin. Elle se baisse devant chaque plant de pommes de terre, chaque poireau, chaque céleri. Elle arrache des herbes, met un coup de bêche, se relève et fait de même jusqu'au bout de la rangée. Elle lève la tête et son regard fait des ...

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22 janvier 2026
Bravo, j'adore votre élégant chapelet de gris. Je ne rajoutte que deux perles; le gris 2CV et legris...
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21 janvier 2026
Salut J François. super ton voyage en autocar dans la campagne de la vie. Très crument imagé à la fa...
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12 novembre 2025
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23 janvier 2026
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À la veille de la publication de mon premier recueil de textes poétiques, j’ai ressenti le besoin de mettre des mots sur le travail sous-jacent à cette part de mon écriture. Travail poétique ? Cela sonne  comme une question, une affirmation, une légère inquiétude, parfois comme un soupir. Le mot "travail" ne me gêne pas, il me convient. Travailler, retravailler comme remettre la chose à l’ouvrage, mais selon quels critères? Dans quelles directions?   Il faut partir de l’écriture. Chaque jour ou presque se laisser porter par l'élan de la sensibilité, la sensation, l'instant, une rencontre de mots, une image, une phrase puis se retrouver face au texte. Poème ? Texte poétique ? L’intitulé n’est pas définitivement fixé. "Texte poétique" élude un peu l’enjeu. "Poème" prend le risque de l’imposture. Je les emploie tous deux.   D’abord s'interroger : est-ce que ça tient debout ? Et pour cela, lire, relire, se mettre à l’écoute, percevoir ce qui "va", ce qui "coince" comme un peu de gravier dans la roue du poème. Une sorte de conscience s’est installée ; ce que je pourrais appeler un  "baromètre esthétique" s’est développé au fil des années d'écriture, d'ateliers, de recherche. Il est là, permanent, agissant comme une injonction à rester fidéle à ce que je vais tenter d’expliciter ici.   Pas des règles définitives, pas de méthode point par point, un "travail", le mot s’impose de nouveau. Il commence par la traque de ce qui sonne faux. Le faux "ambiant" d'abord, celui qui m'environne, nous environne. Le "faux" du peu, du plat, du quotidien comme seul horizon. Et pour cela, résister à la simplification, cette tentante révérence à la facilité, celle qui veut plaire. Résister aux impératifs de vitesse qui tuent la complexité, aux pressions de la  standardisation et de l'accessibilité. Résister à l’appauvrissement, à l'envahissement par les éléments de langage faussement poétiques aussi bien qu'à la langue utilitaire. Résister à la dilution du sens et de la forme. A la tyrannie du "positif", du "Care", de la consolation et de la transparence. Résister aussi à mes enthousiasmes et, pour cela, trouver la juste ligne. Ne pas se contenter de traquer les répétitions qui alourdissent. Faire la part de l'intensité et de ses débordements, la part de l'intention nécessaire et de ses excès qui risquent d’asphyxier le texte. Je taille, beaucoup, c’est ce qui coûte le plus : couper ce qui hurle trop longtemps, ce qui veut trop en dire. Couper, mais sans perdre mon cap. Contenir le surplus d’émotions, d’intensité sensorielle et conceptuelle qui me portent, mais ne pas renoncer à la densité, à la concentration parfois oppressante – comme une respiration courte qu’on refuse d’élargir artificiellement. Laisser respirer par d'autres formes de silence et d'ouverture du texte, par la mise en page aérée et travaillée, j’y reviendrai. Garder mon cap, malgré une fragilité. Transformer la fragilité en précision, en exigence formelle, en nuances, en vigilance. En liberté ! La liberté de la forme, de la recherche musicale et de l'invention langagière.   Et accepter de payer le prix de cette voie étroite. Assumer le risque de l’incompréhension, du sentiment que beaucoup ne liront pas jusqu’au bout – ou du moins pas comme je l’espère. 
C’est le prix de la liberté et de la fidélité au mouvement intérieur qui m’anime. Je l’accepte, je choisis toujours, en dernier ressort, de ne pas le trahir. Ne pas trahir l’émotion, le plaisir, l’impression de quête de justesse qui guide mon travail, cette horlogerie minuscule, mes heures passées à engrener les sons, les rythmes et les blancs sur la page. Cette aventure dans la langue, ligne par ligne, indissociable de tout le temps consacré à écrire ce recueil.Chaque mot est pesé pour son potentiel de sens, de son et d'imaginaire, chaque passage à la ligne interrogé comme une ponctuation sonore et rythmique. Chaque ligne - ses mots, ses allitérations, ses assonances, ses reprises…- sculptée comme une miniature.La langue est ma matière première, une matière sensible à travailler comme un peintre travaille la couleur ou comme un musicien ses rythmes et ses timbres. J'aime faire cela, travailler les textes poétiques comme de la musique.   Et puis mon bonheur des images ! Même si je crois pouvoir affirmer qu’il y a beaucoup de passages sans images : mots seuls, évocation simples... j'utilise beaucoup d’images et de métaphores.Exploration des sensations, de leur rencontres, de leur mélanges, de la kinesthésie, références à d’autres domaines d’expérience… tout cela renforcé par le travail sur les sons, le vocabulaire, les rythmes… les images sont pour moi les meilleurs déclencheurs d’imaginaire. Ce ne sont pas des tableaux fermés, encore moins des miroirs, des copies. Finalement, le mot "image" me semble réducteur, je n'en vois pourtant pas de meilleur.   Pour qu’elles puissent pleinement remplir ce rôle, pour que les images fonctionnent comme des propulseurs d’imaginaires, il faut leur en laisser le temps. La lecture rapide, le survol leur couperaient les ailes. Cela dépend du lecteur, évidemment, et de sa lecture, mais pour l’inciter à prendre ce temps de l’imaginaire, je mise sur la mise en page. Elle fait partie du geste poétique. Textes courts, passages à la ligne, enjambement, changement et saut de page aèrent le texte, obligent le lecteur à s’arrêter. J’invite ainsi à une lecture fragmentée, discontinue. Tourner la page, c’est laisser reposer l’œil et l’esprit sur le blanc qui suit.  Les sauts de lignes, de pages, les blancs sont mes silences.Ces silences imposés entre les pages et les lignes sont presque aussi importants que les mots : ils en permettent "le bon usage", laissent l’espace nécessaire pour que le lecteur respire. Laisse l’image travailler, descendre en lui. Le saut de page joue le rôle du cadre ou de l’espace mural autour d’un tableau, un blanc "sémantique", poétique, un espace ouvert que le lecteur peut ressentir, combler, prolonger. Chaque fragment - paragraphe, page, double page isolée de blanc-  est travaillé comme une unité visuelle, sonore et émotionnelle autonome, un espace  à habiter, un tableau qu’on peut regarder longtemps, ou quitter, reprendre plus tard. Pas une explication à suivre, pas une péripétie.   Reste les interrogations sur le sens de ce travail. Ce qui est certain, c'est que mon positionnement esthétique, malgré son champ d'application un peu dérisoire, se manifeste avec la force d'une nécessité : comme une sorte de stratégie d'adaptation à la réalité. L’élaboration poétique, cet infime, presque inaudible, travail sur le monde, marque ma volonté de ne pas le laisser totalement tel qu'il est. La condition d'un monde où je peux vivre.   Pour cela, j’explore les thèmes qui reviennent, ceux de mes liens à ce monde. Les saisons, l’eau, le vent, le schiste cévenol. Les arbres. La douleur, la solitude, la perte. La beauté, la lumière. L'amour également. L'écriture poétique ne les “raconte” pas, elle les "transforme en forme" par une alchimie de musique et de mots. C'est une autre façon de témoigner, indirecte, éprise de langage. Ainsi, mon travail poétique, reprend ce qui est venu, l'intuition, la pulsion langagière pour les structurer, les préciser, les ciseler en fragments concentrés. Les penser aussi. Car ma poésie se  pense et se critique elle-même avec un seul précepte : garder mon cap et mon regard qui porte le sensible et ne s'y réduit pas, imprime la pensée dans la forme. Un travail poétique, formel.  Existentiel aussi.Une quête de spiritualité qui s'échappe toujours, incapable de se satisfaire des formes qui lui sont proposées, mais toujours en recherche. Ne pouvant renoncer à l'évidence d'une verticalité dans un monde qui trop souvent l'écrase ou la disqualifie. Une verticalité ? Quelque chose qui traverse, pas une promesse, une quête qui ne se contente pas de l’horizontalité du monde tel qu’il va. Refuse la dilution dans l’utile, dans l’efficacité.Le poème devient alors, par le travail, par ce qu’il cherche, dans cette tension maintenue, peut-être, moins un texte qu’une manière de tenir.
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09 janvier 2026
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 Pas trop de dialogues dans un roman !  Voici l'un de ces lieux communs de l'écriture littéraire qui ont la vie dure. Si la littérature est un art et non un produit standardisé ou un rituel, elle doit pouvoir utiliser dialogue, description ou récit à sa guise. Mais il s'agit ici du roman me direz-vous, c'est un genre avec ses codes dont il faut tenir compte. Jacques Le Fataliste, roman "hybride" selon l'expression de Marie-Hélène Boblet, nous prouve que le genre « roman » n'a jamais été une forme pure. Aujourd'hui plus encore, le mot roman et donc le genre  qui porte ce nom, n'est qu'un moyen de se repérer et non une série de règles et de recettes à respecter.   Un bon dialogue offre des possibilités spécifiques qui ne pourront pas être atteintes sans lui : impression d'immédiateté, reconnaissance des différences entre les personnages par leur façon de s'exprimer, saisie directe de leur "voix" et, ce qui me semble essentiel, une façon subtile de cerner les relations entre les personnages sans passer par la machine à expliquer que devient si vite le narrateur. Le dialogue allège le rythme et laisse la place au lecteur : sous-entendus, allusions … sont pris au vol et non révélés par une instance indépendante. La forme des répliques, leur alternance prennent ici une valeur spécifique.  Paresse de l'auteur? L'écriture serait-elle une épreuve de bonne conduite, un test à l'effort ? Une démonstration de force littéraire et de bonne volonté ? Etrange positionnement ! Doit-on en conclure que le théâtre est le domaine des fainéants ? Un dialogue vivant et réaliste n'est pas facile à écrire. Une question d'équilibre ? La recherche systématique de l'équilibre court le risque d'exclure l'originalité, la fulgurance, la forme inédite… Explorer le roman dialogué, se situer à la limite du roman et du théâtre ? Pourquoi pas, si cela apporte de nouvelles pistes, correspond au thème et se déploie avec talent ? Le dialogue n'est-il pas aussi une manière de faire confiance à la force du verbe ?  De se rapprocher de la vie ?   Rester ouvert au travail d'un auteur sans à-priori me semble indispensable pour échapper à la sclérose. Curieusement, ce sont souvent ceux qui dénoncent la standardisation de la littérature contemporaine qui, d'un autre côté, jugent une œuvre d'après de tels critères, étrangers à sa logique interne.    Quelques pistes de lecture : - Le Roman dialogué après 1950. Poétique de l'hybridité, Marie-Hélène Boblet (Honoré Champion ) - Diderot - Jacques le fataliste Parmi tant d'autres  que l'on pourrait cite :r de nombreux livres d'Amélie Nothomb, mais aussi de Marguerite Duras, de Nathalie Sarraute qui sont des romans dialogués. - Le Bruit et la fureur de William Faulkner est essentiellement un roman dialogué. Un exemple extrême, Le diner en ville de Claude Mauriac n'est constitué que par les échanges polyphoniques de huit convives autour d'une table dans un diner mondain.     {loadmoduleid 197} 
09 janvier 2026
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Écrire un dialogue Thème propice à un atelier d'écriture  sur ce sujet : "L'aveu". Le dialogue, une fausse facilité ?Avec le récit et la description, le dialogue fait partie des grandes alternatives de la narration. Réputé comme facteur de vivacité donnant l'impression d'assister en direct à la scène, le dialogue nécessite une mise en forme particulière pour développer ses qualités potentielles. Même si le dialogue en style direct imite une conversation, cette "transcription" demande une certaine maitrise pour donner l'impression au lecteur que ce dialogue imaginaire est un véritable dialogue. Ce sera l'objet de cet article : comment écrire un dialogue vivant qui ne semble pas artficiel ?    Rapidité et impression d’immédiateté du dialogue Construire un dialogue pour allèger le rythme du récit1. Incises  D'une manière générale, les incises sont des propositions indépendantes insérées dans une phrase, entre virgules ou tirets ou parenthèses, et qui forment un sens partiel différent du sens principal.  - Hors dialogue, les incises, dans une phrase , peuvent être comparées à des fenêtres qui s’ouvrent. - Dans un dialogue en style direct, on appelle incises, les propositions ajoutées ou rejetées à la fin des paroles transcrites pour indiquer qui parle (spécifier l’interlocuteur), pour préciser comment sont dites ces paroles (ton, évolution de celui-ci, intensité…) et parfois des renseignements sur le contexte. Les incises structurent le dialogue et matérialisent son style. Elles allègent en évitant les propositions relatives du discours indirect : Il a dit que…Concernant l’incise de dialogue, l'un des choix importants se fait entre : des verbes neutres (dire, ajouter…) :— Je vais me coucher, dit-il. ou, au contraire, des verbes chargés de préciser comment la parole est dite : répliquer, ajouter, crier, murmure, souffler, beugler… Certains auteurs en utilisent toute une panoplie. Le risque est de donner l’impression d’une expressivité surajoutée. — Je vais me coucher, murmura-t--il. 2. Didascalies En plus de la désignation de celui qui parle et de sa manière de le faire, on peut ajouter aux incises ce que l'on appelle au théâtre des didascalies : ce sont les informations données dans une pièce de théâtre par l’auteur à l’acteur et au metteur en scène, mais également au lecteur. — Je vais me coucher, dit-il en refermant lentement la fenêtre, sans même la regarder.Incises et didascalies doivent être bien choisies et bien pesées pour ne pas alourdir ou sembler maladroites ou artificielles. Elles peuvent donner l’impression de voix off ou de scène vécue.  Leur dosage, qui peut aller de l’absence totale à une utilisation développée et récurrente, est à moduler en fonction de l'effet recherché, du type de dialogue, du style...    3. Typographie et ponctuation Cette question, choisir une typographie, se servir ou pas de ponctuation spécifique pour un dialogue,  peut sembler scolaire et secondaire ou m^mee désuète, mais on ne peut l’éviter, car elle conditionne la lecture et la compréhension du dialogue. Elle se pose aussi au moment de l’impression et change l’aspect visuel du texte et donc sa perception. – Le guillemet français « » (pas de guillemets à l’anglaise "..." pour les dialogues ) ouvre -en principe- chaque dialogue, le séparant du reste du texte, puis il est remplacé par un tiret à chaque réplique c’est-à-dire à chaque changement d’interlocuteur. Un nouveau guillemet marque la fin du dialogue.Si les incises sont courtes et glissées dans la réplique, elles s’insèrent à l’intérieur des guillemets, si elles sont longues et séparées, il faut fermer les guillemets avant l’incise et les réouvrir ensuite. L’édition actuelle tend à se passer des guillemets : ne restent que les tirets. Il s’agit - non pas des tirets courts des mots composés - mais des tirets cadratin (tiret long). Vous devez chercher les touches correspondantes selon le système d’exploitation de votre ordinateur.Pas de majuscule au début des incises, même après une réplique qui se termine par un point, celui-ci est remplacé par une virgule.S’il y a peu de paroles rapportées (pas de bloc de dialogues, mais une réplique isolée), l’on met des guillemets fermés. « Je reviendrai demain », dit-il.Lorsque le dialogue en discours direct est introduit dans un paragraphe non dialogué, l’on met deux points qui marquent la parole rapportée qui se glisse dans un paragraphe. Exemple : Elle répéta qu’il devait partir, qu’elle en avait marre et termina par : « Tu as compris maintenant ?— Oui, j’ai compris, ça va, arrête. »Si la phrase rapportée se termine par un point d’exclamation ou d’interrogation, il est conservé, mais l’incise n’est pas introduite par une virgule (et toujours sans majuscule).Parmi les divers usages que l’on rencontre du tiret, je prône  :    – Tiret classique court pour les mots composés, les listes et les incises à l’intérieur des phrases (on trouve aussi parfois les demi-cadratins ou cadratins dans ce cas).    — Tiret cadratin pour les dialogues. Je n’utilise pas le demi-cadratin.Espaces : là aussi plusieurs options, mais le plus souvent, on laisse un espace avant et après tirets et cadratins. 4. Esthétique de la page  Passage à la ligne ou pas, bloc de dialogue ou pas, ces choix changent l’aspect de la page.   Le mélange bloc dialogue + paragraphe classique avec paroles rapportées incluses, permet d’intégrer le dialogue dans le texte, le rend moins solennel, moins tendu, coupe l’aspect de joute oratoire et de ricochet de répliques. On s’éloigne visuellement du théâtre. Il s'agit typiquement d'un choix d'auteur. Quel que soit le choix de l’auteur : respect strict des règles ou prise de liberté, comme pour la ponctuation, l’usage maîtrisé et cohérent de ces marqueurs va contribuer à caractériser son style. Spécificités de l’écriture du dialogue La forme la plus usitée du dialogue est celle qui cherche à se rapprocher de l’oral. Il semble suffire d’imiter les paroles, de faire une sorte de sténographie d’une conversation imaginaire, une transcription exacte. Le dialogue s’inscrit alors dans une quête de réalisme pour obtenir l’effet de parole vive, authentique comme si le lecteur était tout proche et entend la conversation directement dans son oreille ! Le personnage est là, sans intermédiaires, avec ses mots et ses phrases, il semble parler naturellement. La dimension de fiction, de récit, s’efface.On retrouve là l’idée du plaisir de la conversation depuis le XVIIe et de l’importance des échanges ordinaires. L’effet de vie et de présence immédiate est un élément majeur de la fiction : le dialogue fait partie des effets de réel romanesques. Il y a aussi dans cette envie de faire vrai le fait que le roman reste hanté par la puissance du théâtre. En réalité, le dialogue n’est pas une transcription exacte du réel : c’est un travail de reconstitution.— Il doit supprimer (ou en tout cas maitriser) les bafouillages, les euh, les repentirs, les ratés, les petits bruits de gorges… Cependant, les lapsus, les balbutiements peuvent être utilisés, car ils sont parfois lourds de sens. – Des tournures qui « font oral » sont parfois ajoutées : phrases tronquées, français plus ou moins simplifié selon le milieu social des personnages, leur âge… Parmi les choix de l’auteur  de dialogue : imiter l’oralité ou pas, par exemple en mettant ou pas les « ne » de la négation.— On peut introduire des éléments de pensée comme si le dialogue surgissait de façon spontanéeJe devrais y aller… J’ai pensé que… Quand je vois… Tu sais je….– Cependant, à trop vouloir se faire « oral », le dialogue court le risque de la banalité : il ne faut pas avoir systématiquement peur de répliques « intelligentes » ou un peu développées, il faut surtout s’assurer qu’elles collent au personnage et semblent émaner de lui.— À l’inverse, des didascalies avec des mots bien choisis peuvent rendre intéressantes des répliques anodines. Comme dans notre exemple précédent :                                     — Je vais me coucher, dit-il en refermant lentement la fenêtre, sans même la regarder. Il est intéressant de distinguer et donc d'écrire différemment :— Le dialogue qui cherche à faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un échange. — Celui qui reste sur le plan de la conversation sociale, plus convenue qui explore les non-dits. L’écriture dépend du « jeu de rôles » qui opère : social, familial, amoureux…   Les choix d'auteur concernant la présence ou l'absence de contexte influence le  contenu des échanges et des didascalies.En plus des incises, plus ou moins longues, l’on peut ajouter du contexte avant le dialogue ou en conclusion et même pendant ( en coupant le dialogue par un court paragraphe séparé). Si l’on a choisi de mettre des guillemets, ils doivent être clos puis réouverts.  Ce contexte peut être : – 1 Un contexte au sens d’éléments de la situation dans laquelle le dialogue s’inscrit.Le risque étant ici que le dialogue apparaisse comme un prétexte pour donner des explications même s’il doit, en fait, assumer ce rôle. Le dialogue permet de faire circuler des informations, mais de façon naturelle. Il faut donc se projeter dans un dialogue réel, qui part des personnages eux-mêmes et non du désir d’expliquer. Le travail d'écriture consistera alors à chercher une forme spécifique pour les répliques, ce sera l’objet d’un paragraphe plus bas. — 2 Le contexte du dialogue lui-même en tant que scène.Dans un texte littéraire, il n’y aura pas, comme au théâtre, de jeu d’acteurs, de décor, de mise en scène pour compléter le dialogue. Les mots doivent les remplacer. Il est intéressant de rappeler que, même hors dialogue, l’écriture doit remplacer par les mots tous les autres moyens habituels de communication, ce que l'on appelle la comminication non verbale (visgae, gestes, postures...) Il faut donc choisir quelle place laisser à ce qui a lieu hors paroles échangées notamment : Intégrer ce qui se passe autour : mouvements, résonance des bruits, éléments extérieurs. Il s’agit de : - Créer une atmosphère autour de l’échange de paroles.- Ajouter une dimension visuelle à la dimension sonore : influence du lieu, par exemple de la lumière… pour donner au lecteur la possibilité d’imaginer la scène.- Donner des indications sur le déroulement du temps (si on le souhaite) notamment par les incises : d’abord, puis, à la fin… lentement. soudain… pause : silence.   - Ajouter des éléments de la communication non verbale évoquée plus haut : expression des visages, mimiques, attitudes et mouvements des corps, intonations, inflexions de la voix, particularité de l’expression vocale… La conversation, ce qui est dit, peut être insignifiante, mais des détails, regards, gestes peuvent porter une signification essentielle. Cette multiplicité de tâches peut être un piège. Comme l’auteur de théâtre ne doit pas remplacer l’imagination du metteur en scène et doit se contenter d’une didascalie, celui qui écrit doit laisser place à la mise en scène imaginaire du lecteur.   L’auteur doit faire des choix en fonction de sa vision du dialogue : l’on retrouve la dimension essentielle de dosage personnel et adapté à chaque texte. Élaboration et différenciation des interventions des personnages dans le dialogue  « Moi, j’aime bien qu’il y ait de la conversation dans un livre, mais ce que je n’aime pas c’est qu’on me dise à quoi ressemble le gars qui parle. Je veux savoir comment il est d’après la façon dont il parle. Savoir ce que le gars pense d’après ce qu’il dit… J’aime aussi qu’il y ait des descriptions, mais pas trop quand même. » John Steinbeck, Tendre jeudi. Il est intéressant que l’on puisse reconnaître chacun des interlocuteurs par leur façon de s’exprimer, les tournures, expressions personnelles, tics de langage, formes verbales, type de phrase : créer une « parlure » propre à chacun.Il s’agit aussi de faire entendre leur voix, une sorte de « geste vocal » spécifique, une attention aux sons, aux pauses, aux élans de la parole - débit, accents, étirement, suspend…- une sorte de mélodie, qui permet de sentir une élocution particulière, une sorte de timbre.   Même si le dialogue laisse la place, dans des incises et les apartés, aux pensées des protagonistes, à des commentaires intérieurs, la mise en place ou l’approfondissement des personnages se fait surtout par les paroles échangées qui font sentir l’état d’esprit, mais aussi leurs changements, l’évolution des émotions et des sentiments. Il ne s’agit pas de se servir des répliques pour présenter les personnages. Il est préférable de penser que le dialogue donne une sorte d’accès direct au personnage comme une rencontre informelle avec tout ce qu’elle a d’intense, de superficiel, de faux même, parfois. La parole échangée permet de situer indirectement le personnage socialement, culturellement. Mentalement aussi : son imaginaire transparait au travers de ses mots. Il faut ainsi donner à chaque personnage son « ton » particulier (qui peut évoluer). Le dialogue est un moment de vie inséré directement dans le récit, il doit prendre le risque de l’incompréhension ou, plutôt, tenter de susciter l’intuition, la perception des personnages au travers de leurs mots, de leur ton, leurs attitudes, leurs réactions, et peu par le factuel. Il ne faut pas chercher à expliquer, plutôt à simuler une présence.   Le dialogue interroge la possibilité de la vérité de l’échange : les paroles expriment, mais aussi trahissent, dissimulent l’être du personnage.    Ainsi, en atelier d'écriture, une proposition d'écriture de dialogue autour du thème de l’aveu invite aux dévoilements, aux conflits, aux esquives aussi.  Il faut assumer que le dialogue n'est pas qu'un échange sincère, mais soit un jeu entre les personnages, l’aveu leur ouvrant, peut-être, la possibilité de les faire sortir de leurs rôles.   Rappelons que la conception classique du « personnage type » a laissé la place, notamment avec le Nouveau Roman, à une simple instance indéterminée, mouvante ou à la recherche d’elle-même. Le dialogue peut être l'une des étapes clés de cette exploration.   Rythme et dialogue Le dialogue s’insère dans le récit et, comme la description, il introduit une rupture dans la dynamique narrative. Il se déroule avec un rythme particulier : enchainement des répliques interrompues parfois par des didascalies, des apartés ou pas… Ces enchainements obéissent à des conventions, à des règles de la communication, de la rhétorique (art du langage), mais aussi aux codes sociaux et culturels, aux règles de coopération. La parole est flot, flux, débit : l’écriture risque de la figer, il s’agit donc de discipliner le foisonnement verbal sans étouffer la vie.Le rythme dépend de la situation et du tempérament ou de l’état affectif des personnages : changements de rythme, coupures, accalmies, emballements, silences, moments de cristallisation dramatique se distribuent en fonction des enjeux dramatiques et des attentes des personnages.Avec le thème de l’aveu, la relation est dissymétrique : attente, rapport de force, espoir, fuite… Il faut gérer la tension entre deux pôles : l’oralité et sa dynamique particulière / la formalisation et l’exploitation des ressources de l’écriture littéraire. Le travail rythmique du dialogue consiste à veiller à la vivacité, mais aussi à en soigner les articulations  : - articulation entre les répliques et avec les digressions - insertions des coupures, des ruptures qui sont de pauses chargées de sens.  {loadmoduleid 197}  
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ELLE S'APPELAIT ELISKA

Nouvelle écrite dans le cadre de l'atelier en  2018.

Lorsqu'Evzen lui avait proposé de venir diriger "La Moldau", Zoltan n'avait pas hésité une seconde. Il aurait traversé la terre entière pour jouer la musique de son compositeur favori. Il était l'invité d'honneur de l'orchestre symphonique du théâtre national de Prague, sur les lieux même où Smetana avait composé cette partition. C'est là que tout est arrivé et qu'elle est entrée dans les pages de sa vie.

Par un matin d'automne, un matin de "presqu'hiver", Zoltan arriva à la gare de Prague. Dans le jour naissant, la brume enveloppait le paysage, une brume dense, ocrée, presque palpable où flottait une odeur de lignite qui recouvrait d'une peau à la fois âcre et suavele corps de la ville.

Ilmarcha lentement vers Staré Mestro, une chambre l'attendait chez son ami Evzen, le pianiste spécialiste de Smetana. L'écho de ses pas résonnait sur le pavé, il lui semblait y entendre une sorte de prélude sans qu'il sache encore où cette partition allait le conduire. Lorsqu'il s'engagea dans le quartier de la vieille cité, un léger brouillard s'élevait et semblait caresser les toits des maisons estompant le jour. Sur la place Malé Namesti la grille en fer forgé qui entoure la margelle du puits se voyait à peine, une atmosphère laiteuse rendait les silhouettes des passants évanescentes. Tandis qu'il admirait l'immense beffroi, les tours jumelles de Notre Dame de Tyn et la coupole de l'église Saint Nicolas se fondaient dans le cotonneux de l'air, il lui sembla apercevoir une ombre féminine qui traversait la place, telle une naufragée, laissant flotter derrière elle son étole rouge. Il s'engouffra dans la rue Jilska et pénétra dans la porte cochère au numéro 6, dissimulé dans l'ombre, il se retourna, une présence semblait le suivre, la rue était déserte... le monde lui avait toujours semblé rempli de signes imperceptibles, de notes, de souffles alternés de silence qui volètent au gré du vent et s'immiscent dans l'air tout près de nous. Signes qui nous entourent, nous envahissent, et que nous percevons à la faveur d'un frêle moment de silence.

Ce matin là, Zoltan vivait le présent dans l'évidence de la joie. Il monta les escaliers en colimaçon au rythme des notes de la Moldau, ouvrit avec délicatesse la porte d'entrée et pénétra dans l'appartement d'Evzen. Dans le hall, sur un guéridon s'épanouissait un bouquet de colchiques, et un tapis rouge aux formes géométriques donnait une touche de couleur à un intérieur dont l'atmosphère de paix, de clarté contrastait avec la brume de l'extérieur. Il déposa ses bagages dans la petite chambre et s'assit sur le lit. Par la fenêtre qui donnait sur le boulevard les bruits de la rue montaient crescendo. Il resta à écouter la cité s'éveiller, les klaxons et les cris des passants se mêlaient aux aboiements des chiens. Peu à peu une sensation douce et chaude sembla remonter du passé, une caresse dans la bouche qu'il avait déjà ressentie lui fit tourner la tête, il aperçut sur la table un plat bleu ourlé d'un filet d'or avec des gâteaux "Trdelniks". Il se souvint alors de sa tournée en Bohème avec son ami. Dans cette odeur de cannelle qui enveloppait ses sens il revoyait tout, les concerts, les spectateurs debout, les longs séjours en bus... il lui fut reconnaissant d'avoir eu cette délicate attention. Sur labibliothèque en noyer une photo de Smetana vieillissant, l'œil vif derrière ses lunettes rondes, veillait sur la pièce. Il s'approcha, tira quelques partitions et les parcourut, les notes chantaient dans sa tête. Quelle intensité ! Une photo tomba sur le sol. Il se pencha et la ramassa. Un portrait en noir et blanc, une jeune femme qui regardait au loin, une inconnue qui pourtant lui semblait familière, un regard si triste et si tendre qu'il ne pouvait s'en détacher: il tenait entre ses mains toute la beauté du monde. Une étrange sensation envahit Zoltan. La photo était devenue une nouvelle partition à déchiffrer. Il sortit aussitôt, descendit jusqu'au fleuve avec une joie fébrile. Il courait presque, il fallait qu'il rejoigne le théâtre, il fallait qu'il joue. La présence et le regard de cette femme flottaient sur les berges, l'allegro vivace du fleuve se mêlait au flot de sa pensée.

Dans le ruissellement de l'eau tout se mêlait, les notes de la Moldau, les vieilles complaintes des bateliers et des flotteurs de bois de jadis. Qui était-elle ? D'où venait-elle ? Un ostinato de questions l'envahissait. A l'écoute du chant cristallin de l'eau sur les pierres et dans la contemplation de la lumière du ciel projetée sur l'onde, il tentait de saisir l'imperceptible présence qui le précédait au cœur de la ville, présence unique, mais tellement évidente. La mémoire de l'eau dans ses reflets lui donnerait-elle une réponse ?

Au fil de l'onde, il entrevit les trois îlots, écrins de verdure reliés par le pont Legii ; au-dessus, dans le ciel se détachait la coupole aérienne ceinte de sa couronne d'or, tirée par quatre chevaux de bronze, enfin le théâtre lui apparut dans toute sa splendeur imposant sa silhouette au fleuve qui coulait à ses pieds. Lorsqu'il arriva dans un état second pour la répétition avec l'orchestre, Evzen était là, qui l'attendait dans l'immense hall. Après les accolades d'usage, il se mit au travail. Emporté par le mystère de la présence, les notes s'envolaient sous sa baguette dans un voluptueux crescendo et les méandres de sa mélodie suivaient d'imperceptibles lignes qui se mêlaient à son souffle et aux battements de son cœur. Tantôt l'ovale d'un visage se dessinait dans le pizzicato du premier tableau, la source, tantôt la légèreté d'une silhouette dans la brume se devinait dans les legati du deuxième tableau. Il était alors porté par le rythme de ses sensations et celui de la musique. Désormais, elle était présente dans les notes comme un imperceptible ostinato. Evzen l'interrogea sur la couleur de son jeu qui avait changé, Zoltan se contenta de sourire.

Le soir tombait quand ils se séparèrent. Songeur, il remonta lentement le fleuve. Tandis que la lumière du crépuscule dorait le paysage, la Vitava offrait un allegro d'étincelles qui éclaboussaient les berges. Au léger clapotis de l'eau se mêlaient les chansons des buveurs de bière attablés dans la taverne au coin de la rue tandis que le tintinnabulement des tramways faisait sonner les quais de leur andante joyeux. Zoltan se perdit dans la lumière finissante et le violet de l'ombre. Peu à peu l'odeur des premiers feux de poêle le ramenèrent à la réalité. C'était décidé, demain il irait consulter les archives de Smetana au musée de la musique à Mala Strana, peut-être apprendrait-il quelque chose. Il voulait vraiment savoir qui était la jeune femme au portrait.

Dans le matin frais, il traversa le pont Karl, les eaux du fleuve gardaient encore le noir de la nuit, les pierres des quais étaient humides, couleur d'ébène, quelques branches charriées là jonchaient le sol et les foulques y cherchaient leur nourriture. Des mouettes planaient, lançant des cris stridents, qui couvraient les bavardages cliquetants des colverts qui volaient au ras de l'eau en martelant celle-ci à coup d'ailes. Était-elle passée ici? Avait-elle aussi entendu cette musique? Au passage Zoltan caressa la statue de Jan Népomucène de ce même geste calme avec lequel il savait mener l'orchestre vers l'andante. Il sentait la rugosité du bronze travaillé par les pluies sous ses doigts, sensualité du temps. Il se pencha sur les eaux du fleuve et entendit la complainte des larmes silencieuses de Jan mêlée au ruissellement du cours d'eau.

Les derniers réverbères de Mala Strana s'éteignirent et la colline de Pétrin dessina sa silhouette mordorée dans le ciel. Soudain les cloches de l'église St Nicolas se mirent à sonner et les cents clochers de Prague lui firent écho en une symphonie cristalline qui portait les pas de Zoltan descendant la rue Karmelistka. Dans les vergers et les vignobles de Pétrin qui surplombaientle musée de la musique le rose du ciel s'éteignait et laissait place à un bleu délavé, les feuilles rougeoyantes des arbres tombaient en murmurant sous les caresses du vent. A l'hôtesse qui l'accueillit, il demanda à consulter les archives de Smetana ; il s'installa confortablement dans un fauteuil en cuir et fit défiler les pages jaunies par le temps. Il passa là de longues heures jusqu'au moment où, au milieu de copies dépareillées de la Moldau, un titre attira son attention. En lettres manuscrites, à demi effacées, il lut "Viola", la partition paraissait inachevée... ses yeux glissèrent au bas de la page où une adresse était notée, il s'empressa de la recopier avant de remettre le tout à la responsable.

"3 Bis rue Valentinska". Ces quelques mots restèrent gravés dans sa mémoire toute la journée et il lui tarda d'être libre après la répétition pour arpenter le quartier juif avant de rejoindre cette adresse. Lorsqu'il arriva devant la synagogue Pinkasova, elle était là. Il se sentit à nouveau happé par sa présence, traversa le porche, flottant dans un largo lumineux. Les pas de Zoltan sur les pavés de granit gris résonnaient au rythme de son cœur. Longeant le cimetière, il vit la brume bleutée du soir se poser sur les tombes en un léger voile mauve qui recouvrait l'enclos. Les stèles parsemant l'herbe vert tendre lui rappelèrent que la vie était là, par delà la mort, le visible s'y transcendait tout imprégné de l'invisible car nous sommes faits de la chair des autres, de cescorps qui nous ont précédés et nous ont engendrés. Dans le bruit des graviers qui crissaient sous ses pieds Zoltansembla frôler le sens premier et toucher la beauté du monde.

Fugacité d'une présence. Fulgurance de la vie.

Lorsqu'il arriva au 3 bis, les battements de son cœur s'accélérèrent en un vivace qu'il ne maîtrisait plus. Il allait au devant de quelque chose d'essentiel, qui précède l'instant d'éternité touchant au sacré de la vie. Il sonna et un vieil homme apparut. Zoltan lui expliqua sa requête. Il ne parut pas surpris, et le conduisit dans un petit bureau où des documents étaient méticuleusement rangés sur des étagères en noyer. Il sortit d'une bibliothèque un coffret noir où était inscrit le nom de Smetana, il le tendit à Zoltan et se retira pour le laisser seul. Ce dernier l'ouvrit avec recueillement et se plongea dans la lecture des opéras commentés par le compositeur.

Au fond du coffret, au milieu d'ébauches de partitions, se trouvait un petit paquet ceint d'un ruban rouge qu'il dénoua. Et là, une lettre jaunie couverte d'une encre violette :

Mon Amour

Il me tarde de terminer la dernière partition. Elle s'appellera "Viola", elle t'est dédicacée et tu pourras bientôt travailler dessus. Je te confie "Le baiser" et "Le secret" que tu connais déjà, tu sais combien ces pages nous sont précieuses.

Je me sens bien fatigué et tu me manques tant. Je te serre contre mon cœur.

Ton aimé et dévoué

Smetana

Un léger froissement de tissu se fit entendre, un bruissement ténu, là, juste derrière lui. Zoltan se retourna.Surgie d'ailleurs, une silhouette se détachait dans l'embrasure de la porte, presque transparente mais si intensément présente.... Ses yeux regardaient Zoltan, des yeux dont le regard vous saisit et ne vous lâche plus, des yeux qui vous enlacent avec une douceur infinie. Zoltan la fixait, comme envoûté.

C'était la photo devenue réalité. Le passé et le présent unis en un même lieu et une même personne. Sa voix chaude comme un écho se détacha dans l'air:

"C'était mon arrière grand mère...elle était la librettiste de Smetana. Eliska. Elle s'appelait Eliska."

Désormais tout restait à dire, tout restait à écrire ...

Ou plutôt, tout restait à vivre. Ad libitum.

L'Épiphanie de Mai
Oxy, more et plus

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Commentaires 1

Bernard N le samedi 18 janvier 2020 10:49

Belle histoire, belle écriture, belle atmosphère.

Belle histoire, belle écriture, belle atmosphère.
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