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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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David T.
11 février 2026
Textes d'ateliers

Version JE Je n'ai pas fermé l'œil, il est 3h12 du matin.Le silence de la maison est si dense qu'il semble bourdonner à mes oreilles. Je suis enfoncé dans mon fauteuil de cuir usé, la seule source de lumière étant l'éclat bleuté de la liseuse posée sur mes genoux. Mes doigts, un peu raidis par le fr...

Derniers commentaires

Invité - David T
11 février 2026
Merci Claire, c’est très gentil. Il faut que j’envoie le texte à Sylvie car il n’est pas e...
Invité - Pasquié Claire
11 février 2026
Un grand bravo à toi, David ! Une très belle écriture et une excellente idée bien traitée....

Derniers articles de mon blog : conseils d'écriture, exemples, bibliographies, mes textes...

09 février 2026
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Revisiter une proposition classique : écrire à partir d’un incipit La proposition est classique, elle peut même paraitre un peu trop bateau dans sa forme basique : une phrase est donnée comme déclencheur d’écriture, une base, un tremplin pour une inspiration presque libre et spontanée.     Une proposition d'écriture ancienne et renouvelée Hérité de la rhétorique antique, notamment aristotélicienne, avec les progymnasmata qui avaient pour objectif l’enseignement de l’art oratoire et de la persuasion, ce type d’exercice s’est développé dans une forme écrite et plus littéraire à la Renaissance avant d’être transformé par le surréalisme en une possible voie d’accès à l’inconscient, l’incipit introduisant un élément de hasard que l’inconscient transformerait en texte. Contrainte oulipienne parmi les plus utilisées dans les ateliers d’écriture créatifs, on peut la pratiquer telle quelle, de façon ludique pour des ateliers débutants — même si je n’ai jamais conçu ainsi mes ateliers débutants — elle fonctionne alors sans autre nécessité et préparation que de choisir une phrase stimulante. La forme de base étant le fameux « Je me souviens » en anaphore. Rappelons que l'Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle)  est un groupe d'auteurs qui pratiquent - de façon très variée - l'écriture sous contrainte depuis 1960. Je souhaite insister sur le caractère multiple de l’Oulipo avec des auteurs comme Italo Calvino, Georges Perec ou Jacques Roubaud dont les pratiques sont irréductibles à une simple dimension ludique.   On retrouve cette dimension de « stimulation sans contenu » dans certains ateliers philo qui rebondissent sur un aphorisme donné comme point de départ. Il me semble que, si cela peut être convivial et stimulant et créer un sympathique moment de découverte, l'absence de références et de contenu autre que la pensée spontanée limite cette pratique à un "premier pas" qui reste au seuil de la philosophie.   Une proposition élaborée Cependant, il existe une technique plus élaborée de ce type de proposition et c’est celle qui m’intéresse : la phrase n’est plus un simple « bouton starter » mis à disposition, mais le lieu d’une exploration préalable qui dépasse le « Ça me fait penser à… » et c’est parti ! Il s’agit d’ouvrir la phrase, d’en découvrir les potentialités. La proposition se fait alors aventure langagière et littéraire autant que moyen de se mettre à écrire. Aventure langagière, car la proposition n’est pas un simple élan, elle s’inspire de la façon dont la phrase s’assemble, se construit, amène le sens, choisit ses mots, met en place un rythme, suggère une tonalité, une implication particulière et notamment instaure une temporalité. La phrase est une histoire en germe, un univers à découvrir avant de partir à la recherche de son propre imaginaire.   L’écriture est alors précédée d’une plongée dans la phrase, ses mécanismes et ses mystères, ses informations et ses potentialités : examen des mots, des constructions, des images, des temps, des sous-entendus, multiplicité des questionnements qu’elle rend possible… La phrase d’incipit est saisie comme une sorte de noyau de formes et de sens que l’on cherche à déployer.     Soubassement théorique de cet exercice d'écriture Cette exploration s’est construite sur un soubassement théorique que l’on trouve chez des penseurs comme Roland Barthes (Le Degré zéro de l’écriture) ou Umberto Eco (Lector in Fabula). Chez ces auteurs, le texte est appréhendé comme un système de signes interconnectés. Cette approche dite structuraliste du texte le considère comme un réseau. Ainsi, l’incipit n’est plus un point de départ plus ou moins arbitraire et nous retrouvons l’idée de germe vue précédemment, un « germe » qui contient potentiellement l’ensemble du texte : ses thèmes, ses structures et ses enjeux. L’on peut aussi relier cette vision du texte à certaines théories sur la psychologie et de la créativité comme le flow créatif ou la gestalt théorie * dans laquelle la perception d’un tout émerge d’éléments initiaux. L’on peut aussi la rattacher à la vision d’une écriture qui ne serait pas linéaire, mais rhizomique, idée inspirée de Deleuze et Guattari notamment dans leur livre Mille plateaux (1980).   Dans cette perspective, la phrase initiale se ramifie en multiples directions, favorisant une génération organique plutôt qu’une construction mécanique. Contrairement à des méthodes d’écriture qui mettent en avant l’idée d’un synopsis global ou d’un plan, le fait de partir d’un noyau, d’une phrase, pour construire le texte encourage une conception de l’écriture comme exploration — mot inévitablement répété déjà plusieurs fois plus haut tant il est au fondement de cette technique d’écriture.     Une technique pour se mettre à écrire Voilà donc que trois façons de provoquer l’écriture se précisent.Deux sont envisageables avec cette proposition sur l’incipit :— l’élan et la plongée directe seuls (que je ne pratique pas : pas de contenu hors de l'expérience d’écriture elle-même). — l’exploration (ici d’une phrase) ailleurs d’un thème, d’une question stylistique, formelle, sensorielle, expérimentale… Elle peut se faire comme ici avant l'écriture, ou en un deuxième temps d’écriture ou de réécriture. Une troisième, étrangère à la proposition à partir de l’incipit : — le plan, le scénario, le synopsis.L’atelier, tel que je le conçois, doit, chaque fois, trouver son équilibre entre le spontané, la liberté d’écrire et le contenu fourni dans le cadre de la proposition. En effet, je ne conçois pas de propositions sans « contenu » - ce terme prenant un sens très large - et sans "exploration" qui ne se réduit pas à la seule écriture libre du participant.     Analyser sans figer Il s’agit, avec l’incipit, d’ancrer l’élan d’écriture dans une forme particulière d’éléments concrets, ceux issus de la plongée dans une phrase. L’atelier bénéficie donc d’éléments pour stimuler l’imaginaire et surmonter les blocages, mais sans se limiter à ces objectifs. Il existe une dimension grammaticale structurelle de cette déconstruction de la phrase : elle ne doit pas avoir un aspect mécanique et scolaire, elle est spécifique à chaque phrase — qui joue parfois sur le temps, les mots, un rythme particulier ou encore le point de vue.   Une « grille » applicable à toutes les phrases est ici complètement inadaptée, il s’agit de s’étonner, de se laisser dérouter, emporter par la phrase puis de noter ce qui la caractérise : de décortiquer son potentiel narratif unique.C’est la phrase, outil introspectif, qui fournit sa propre grille selon ce qu’elle a de remarquable, de troublant et de stimulant. Une partie de cette « plongée », concerne la dimension implicite de la phrase, là aussi, pas de grille, mais une attention, une disponibilité, un peu analogue à celle qu’exige la lecture d’un poème. La lecture de la phrase initiale est double : — interrogative, analytique, précise, concrète.— mais aussi méditative, intuitive, immersive et subjective. Ainsi, la naissance de personnages à partir de la phrase ne peut se faire que par imprégnation, mise en vibration et dépassement de la phrase par l’imaginaire qui se nourrit de la phrase pour inventer et construire les éléments du récit. La phrase s’ouvre, les possibilités sont multiples, il faut ensuite veiller à garder une cohérence avec ce point de départ. Cette double approche est indispensable pour que la déconstruction de la phrase ne limite pas l’incipit à une dimension « théorique » et que la liberté d’écrire n’en soit pas entravée, mais stimulée.    Une fois la totalité du texte écrit, il reste à vérifier, lors de sa lecture complète, que l’ensemble incipit+ texte est parfaitement cohérent. L’incipit « promet » l’intrigue sans la révéler, le texte respecte les promesses de l’incipit, mais de façon non prévisible.     Conclusion  Ce type de proposition permet donc de manipuler la phrase, de la percevoir, de « sentir » de l’intérieur ses mécanismes et ses possibilités, perception qui peut affiner et enrichir la perception et la construction de ses propres phrases.   Elle fait pénétrer de manière à la fois technique et intuitive dans les questions de cohérence et de construction. L’incipit devient un pivot stratégique pour l’ensemble de la narration, un élément architectural, influençant non seulement le démarrage, mais aussi la structure, les thèmes, la temporalité, les personnages et les implications philosophiques ou stylistiques du texte.   Ainsi pensée, cette proposition intègre la double - et nécessaire -  dimension de contrainte commune et d’appropriation personnelle et différenciée qui sont au cœur de mon travail d'animatrice.   *Gestalt : théorie selon laquelle la perception d’un objet n’est pas objective. Elle dépend de l’environnement dans lequel est placé l’objet observé, mais aussi des attentes du sujet qui l’observe.      {loadmoduleid 197} 
05 février 2026
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Incipit, un mot suffisamment sonore et mystérieux pour endosser une nécessité, celle de… commencer. Un mot latin, technique, dont l’étymologie correspond au verbe commencer : la nécessité de commencer s’est matérialisée en un nom ; le verbe a « pris de la substance », une forme d’existence en dehors même de l’action de poser les premiers mots du texte. Ainsi, sous l’incipit, se glisse bien plus que l’action d’écrire un début, bien plus qu’une accroche, c’est une nécessité matérialisée, toute une tradition littéraire et rhétorique, un thème en soi, une aventure.   J’ai listé dans un article, les grandes alternatives fructueuses qui tentent de répondre à la question du « Comment commencer  un texte ? » : (voir https://sylviereymondbagur.atelierecriturestage.fr/component/content/article/incipit-comment-commencer?catid=50&Itemid=101), un article que je complète et module sans arrêt au fil de mes lectures tant l’inventivité littéraire en cette matière semble infinie.   Mes lectures confirment mon idée qu’un incipit réussi, quelle que soit sa forme, a le rôle d’un sas, d’une porte magique. Le moment de l’incipit a quelque chose de fascinant : tel le philtre qui permet à Alice de rétrécir pour passer par le trou de la serrure, un bon incipit nous transforme et nous fait pénétrer au pays des merveilles. Capable de faire basculer le lecteur de réalité à fiction, il lui permet d’entrer dans le domaine de l’imaginaire et du langage comme dans un univers tangible.   Premiers accents d’une voix que le lecteur perçoit, l'incipit introduit le chant de sirène du texte, celui qui le conduira à signer le pacte de lecture : à accepter de prendre l'imaginaire pour une autre réalité. Il y a quelque chose d’ontologique dans ce moment de l’incipit, il a le caractère essentiel de chacun des moments qui rompent le silence.       {loadmoduleid 197} 
02 février 2026
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La routine et la vie, deux ennemis, deux sœurs inconciliables ? Deux pans d’un même manteau. La routine ? Pas celle du peu, celle qui organise l’avancée artistique, culturelle, spirituelle, voilà ma belle tentation ! Écrire chaque matin, lire, diminuer méthodiquement l’immense pile de découvertes à venir, d’émotions ou de pensées stimulantes qui sont stockées sur mon bureau, mettre en ordre, enfin, l’infinie quantité de mes notes laissées à elles-mêmes sur l’un de mes carnets… Relire ce texte presque prêt à être publié, creuser cette idée de nouvelle sur… Et puis la vie est là, choses à faire, travail qui n’attend pas, flânerie ou envie de voir ailleurs, de respirer un autre air que celui du bureau et puis cette visite inattendue, merveilleuse ou un peu ennuyeuse… Les deux sœurs restent inséparables, l’une sans l’autre s’étiolerait. Alors je renonce à mes grands projets de perfection livresque comme à mes bonnes résolutions de marche et de disponibilité, je prends tout ce qui passe avec le sourire maternel devant l’imperfection de sa progéniture. La vie promet, ne peut pas tout tenir — et d'ailleurs moi non plus !— et me découvre tant d’autres charmes qui n’avaient pas encore leur place dans mes plans trop figés. Les bonheurs de l’imprévu côtoient et illuminent les moments consacrés à la littérature, à la pensée. Quelques pans de routine pour tenir une vie, ne pas la perdre, ne pas se perdre, ne pas passer complètement à côté. Espérer qu’à la fin, le partage soit — à peu près — le bon, équitable et sincère pour ne rien, vraiment regretter.    
Taille du texte: +

Amour et Figatelli

Texte démesure avec Léon Bloy Atelier Démesure avec Léon Bloy

Ils étaient deux, toujours ensemble, aussi unis que dissemblables ; voici leurs portraits et leurs caractères extraordinaires…

Elle, Colomba, veuve PRUNELLI, tenait une gargote dans les environs de Bastia.

Une Gitane maïs au coin du bec, avachie au bout du comptoir comme un crocodile faussement assoupi, elle surveillait le bistrot d'un œil vorace. Au moindre verre vide, crac ! Elle se précipitait sur sa proie. La bouteille de tord-boyaux à bout de bras, elle se penchait généreusement pour servir le client et même si son balcon bien garni donnait quelques signes de faiblesse, pour l'instant, la balustrade résistait mieux que celle du stade Furiani.

C'est qu'elle avait l'œil, la PRUNELLI ! Elle savait y faire ! Avant qu'il n'ait eu le temps de poser la main sur son godet pour dire stop, le consommateur ramolli était déjà resservi. Quand son expérience de la capacité d'entonnage de chacun lui disait : celui-là, il est mûr ! elle extirpait de ses lèvres son mégot racorni, crachait un panache de fumée âcre, envoyait valdinguer une huître verdâtre dans la sciure agglomérée par ses déjections volcaniques et sifflait le quidam en enfilant deux doigts jaunis dans son gosier. Avec la majesté d'une reine d'Egypte, elle étendait lentement le bras, décrochait le bout de crayon calé sur son oreille droite, en suçotait le graphite et faisait mine de calculer le nombre de barres tracées dans son calepin. Soudain, elle aboyait d'une voix de rogomme le montant de l'addition, arrondi d'avance d'un pourboire amplement mérité par son service haut de gamme.

Du matin au soir, elle besognait entre les tables exhibant à chaque pas les deux orbes de son postérieur dont les tremblotements laissaient imaginer la consistance gélatineuse. Bien moulés sous le jersey rouge de cette Vénus Callipyge, le Monte Cinto et le Rotondo s'embrassaient patriotiquement.

Parfois, un malfaisant, espérant se rincer l'œil autant que le gosier, l'obligeait à grimper sur l'escabeau pour attraper une bouteille haut perchée. La Gorgone en furie, chevelure hérissée par d'innombrables indéfrisables, blasphémait comme un charretier mais s'exécutait : les affaires sont les affaires. Il fallait la voir cette équilibriste à la Botero, bras en l'air, dépêtrer ses mèches grisâtres des rouleaux de papier tue-mouche noircis de cadavres ! Les glaçons s'entrechoquaient dans le pastis. Les pommes d'Adam jouaient au yoyo, à la vue - et au parfum - de ses aisselles pubescentes. Pourtant, le clou du spectacle se situait plus bas.

De l'ourlet décousu par endroits, dépassaient deux mollets en ventre de lapin, deux saucissons emprisonnés dans le filet de ses bas-résille. Les lippes s'avachissaient, les glandes salivaires sécrétaient d'abondance, les yeux s'exorbitaient, dans l'espoir que l'une de ses jarretelles ripe sur la peau d'orange de ses cuisses blafardes.

Elle, du haut de sa pyramide, ce n'étaient pas 40 siècles d'histoire qu'elle contemplait. Non… Elle n'avait sous les yeux qu'une sale engeance de vicieux minables, convulsés jusqu'à l'apoplexie.

Tout ça à cause de feu son mari, l'adultérissime Giuseppe PRUNELLI !

Car le défunt l'encornait en douce. Ça, passe encore : sa discrétion l'honore. Mais ce fumier avait voulu trop en faire pour son âge. Résultat : mort d'épectase ! D'un coup ! Dans les bras d'une garce qui aurait pu être sa fille.

Ce jour-là, sa vie avait chaviré… Bel héritage qu'il lui avait légué ! Un infâme troquet bourdonnant de mouches à vermine avec, en prime, une bande de soiffards loqueteux ! Elle avait bien songé à se débarrasser du lot pour filer à Bora-Bora. Hélas, elle n'avait pas trouvé un seul jobard pour se laisser tenter.

Rêvant d'occire de ses propres mains le fantôme de l'odieux époux fornicateur, elle se vengeait en garrottant entre ses doigts épais la lavette grisâtre et visqueuse qu'elle passait, à la vesprée, sur le comptoir poisseux.

Lorsqu'enfin venait l'heure de tirer le rideau de fer sur sa misère, elle s'asseyait sur le seuil pour masser ses pieds, harassés de soutenir son exubérance charnelle.

En réalité, l'âpre femelle guettait dans la nuit le retour de son voisin, dont elle avait fait la connaissance par accident. Un jour, suite à une défaillance de la tuyauterie, une grande tribulation s'était emparée de tout le bar… Un exode biblique de poivrots, morts de peur devant la montée des eaux, proférant, en corse, des imprécations contre le diable qui leur pourrissait l'heure de l'apéro. Ce cataclysme diluvien avait alerté l'homme providentiel, celui par qui le miracle s'était accompli, à l'aide d'une simple clé à molette et d'un chalumeau.

Lui, le héros, c'était Hyacinthe CECCIULI, un demi-colosse à l'allure de tonneau monté sur deux jambes courtes, arquées comme des scampi et moulées dans des pantalons aussi collants que des boyaux de figatelli.

De sa chemise blanche, tendue à se déchirer, débordaient deux biceps tatoués approximativement d'une tête de maure, vestiges indélébiles d'un artiste de la Légion Etrangère. Des espaces béants entre les boutons s'échappaient des touffes de poils noirs, sauf dans l'interstice situé au-dessus de la ceinture, où se nichait le mystérieux vortex d'un nombril en tourbillon d'escargot.

Malgré d'inhumains efforts de contraction, ses abdominaux le trahissaient et son ventre en surplomb occultait ses génitoires, d'où, sans doute, ce geste compulsif consistant à vérifier, la main en coque, qu'elles étaient toujours là.

Affligé de deux gros orteils aussi proéminents que le Cap Corse, il était sobrement chaussé, été comme hiver, de confortables sandales en cuir tressé à la manière des anciens romains, si avachies qu'elles avaient dû appartenir à Jules César en personne. L'air y circulait librement, aussi ne risquait-il pas d'importuner autrui par ses odeurs d'escafignon.

Depuis l'histoire de la catastrophe hydraulique, Hyacinthe était toujours fourré chez Colomba car son élevage de porcs noirs lui laissait du temps libre. Une affaire de bon rapport, d'autant qu'il gérait toute la filière, de la naissance jusqu'aux figatelli. Il veillait lui-même à l'engraissement, rapportant de temps à autre, la nuit, encagoulé dans son 4x4, de longues housses étanches et bosselées dont les omnivores peu regardants dévoraient avec enthousiasme le contenu, jusqu'à la dernière phalange.

Tous les matins, il débarquait avec une saucisse noire et recourbée en guise d'offrande et venait prendre un café au bar, sous l'œil reconnaissant et enamouré de sa déesse potelée. Face au miroir constellé de chiures de mouches, son premier geste était d'arracher le poil coriace et récidivant qui poussait sur la monstrueuse boulette enchâssée à la base de son nez. Laquelle lui avait d'ailleurs valu le diminutif, en même temps que le surnom, de « Cecciu », autrement dit pois chiche en dialecte insulaire.

Afin de compenser cette disgrâce, Cecciu - Cècè pour les intimes - apportait un soin particulier à sa coiffure et à sa denture.

A l'aide d'élastiques récupérés sur des bottes de radis, il attachait sur la nuque une partie de la couronne de cheveux qu'il lui restait et collait le reste en travers de son crâne pour faire illusion.

Ce qu'il économisait chez le coiffeur, il l'investissait chez le dentiste.

Contre l'avis de Colomba qui trouvait cela de mauvais goût, il s'était fait aurifier, à la façon des tziganes, plusieurs vénérables chicots. Lorsque, dans la moiteur des siestes estivales, un rayon de soleil subreptice se glissait par la fente des volets mis en espagnolette, il arrivait que Colomba fût aveuglée par les dents anacamptiques de son amant. Elle posait alors, à l'instant suprême, le revers de la main sur ses paupières en capote de fiacre et lui bourdonnait à l'oreille : « Ta bouche, Cècè ! »*. Il avait ainsi pris l'habitude de terminer son œuvre en expirant bouche fermée, comme les chœurs dans « Madame Butterfly » à la fin de l'acte II.

Par quel mystère les flèches de l'Amour avaient-elles percé le cœur d'une matrone mafflue et d'un Cicéron calamistré, nul ne le sait. Les voies de Cupidon sont aussi impénétrables que celles du Seigneur…

Hélène J. mai 2024

Atelier - A la manière de Léon Bloy

* ta mouche Tsé-Tsé 

Sanctuaire
Vie

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Commentaires 2

Invité - Martine le dimanche 14 juillet 2024 08:20

LÉON Bloy aurait-il fait aussi caustique ? Bravo madame.

LÉON Bloy aurait-il fait aussi caustique ? Bravo madame.
Invité - Jean le lundi 1 juillet 2024 15:44

Quelle fluidité ! Quel humour ! Une nouvelle Colomba dans la littérature française :

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jeudi 12 février 2026
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Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

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