Lucette met sa veste grise, ses bottes de caoutchouc et sort au jardin. Elle se baisse devant chaque plant de pommes de terre, chaque poireau, chaque céleri. Elle arrache des herbes, met un coup de bêche, se relève et fait de même jusqu'au bout de la rangée. Elle lève la tête et son regard fait des ...
Rides creusées. Béance du regard. Ta silhouette arrondie trahit le modelage du temps. Ton dos ploie. Démarche chaotique, lancinante, lente qui laisse ta trace sur le tapis usé. Pour horizon définitif la porte de notre chambre devenue tienne et dont tu m'interdis le seuil. Drame intime aujourd'hui dépassé. Ta voix lointaine, impérieuse, tranchante souvent, touchante parfois. Tu as perdu toutes ces nuances qui peignaient chaque instant d'un éclat différent. Jusqu'à ta mise qui s'est ternie. A quoi songes-tu le regard vide, au bord du tapis ? Ta souffrance au bord des lèvres. Toi si gazelle, si biche dans la forêt de ton quotidien, tu as vieilli sans désemparer. De tes pas il ne reste plus rien qu'une empreinte de silence, de tes caresses une austère volupté.
Une vitre s'interpose à présent entre toi et moi. Un vilain reflet ampute en partie ton corps déjà si déformé, trace comme un grand vide impossible à combler. Tu retranches à dessein ce que je peux encore percevoir. Tu m'ôtes toute prise pour me punir de t'avoir laissé t'éloigner. Tu t'effaces, éperdument indifférente.