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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Solène J.
31 mai 2026
Textes d'ateliers

1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

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10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!

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31 mai 2026
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Un scintillement d’oiseaux ouvre l’espace du matin profondeur sidérante du piaillement têtu des étoiles sonores cheminement sans fin riante aventure se frayant dans la masse des cris tourbillonnants promené par les pointes élancées des aigus  s'enfoncer et se perdre en galaxies fuyantes repérage d’un son aussitôt emmêlé dans la prolixité  d’une énergie joyeuse s’enfoncer jusqu'au cou dans un pétillement bouche bée, souriante se noyer, emporté dans la course vivante  des chants de la forêt.        
06 mars 2026
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Jacques Villon, Portrait de J.L.B. Temporalité et écriture La littérature, le roman en particulier, peuvent raconter des vies entières en quelques pages et, même si l’auteur se donne des centaines ou des milliers de pages, il lui  faudra choisir, sélectionner et se centrer sur certains moments qui lui semblent représentatifs ou nécessaires à son récit. Pour passer de l'un à l'autre  de ces temps "racontés", la narration effectue un « saut » et il existe plusieurs façons de le concevoir et de l'articuler au récit, ces différentes options narratives, ces diverses façons de passer d'un temps à l'autre se distinguent notamment par leur rapport au tout, à la totalité de l'histoire, à sa suite temporelle complète.     L’ellipse : maintien d’une chronologie lisible Ces sauts, quand ils sont faits en reliant entre eux les moments racontés, s'appellent des ellipses.     L'ellipse omet, "saute" une portion de temps, d’action, mais elle le fait dans un cadre temporel qui reste globalement ordonné et repérable. Le texte fournit pour cela des indices (adverbes, dates, saisons, âges des personnages,  données temporelles, un court résumé de ce qui s’est passé entretemps etc.) qui indiquent au lecteur la suppression d’un segment de l’histoire et lui permettent de situer mentalement l’ellipse dans une chronologie comme le « Quelques mois plus tard… » de Patrick Modiano dans  Rue des boutiques obscures.   Même quand l’ellipse est brutale  : « Seize ans plus tard. » écrit Victor Hugo, elle sous-entend une temporalité repérable.   Les différents moments du texte ainsi réunis par l’ellipse ne sont donc pas des fragments autonomes : ils restent des moments d’une même chaîne causale et chronologique séparés par un moment sous-entendu: le temps manquant existe dans l’histoire, il est évoqué, affirmé comme non raconté. Le lecteur perçoit une continuité partiellement énigmatique ou laissée dans l’ombre, mais encadrée et située clairement. L’ellipse ne fragmente donc pas le texte : elle est un outil qui permet de condenser le récit.   Les fragments, des segments autonomes L'ellipse situe l'extrait par rapport à la totalité, au minimum par rapport à l'extrait précédent, comme un morceau d'un puzzle se présente en tant que partie d'un tout.   Le fragment refuse cette référence, il se présente comme un tout séparé. Il laisse les moments absents totalement dans l’ombre, sans repère temporel pour les situer les uns par rapport aux autres, le récit n’est plus simplement discontinu, mais fragmenté. Le lien peut être fait, ou pas, par le lecteur, mais la totalité devient une référence floue, très allusive ou indirecte. Il n'y a plus de référence à une temporalité repérable que l'on pourrait reconstituer.     Exemple d'écriture fragmentaire hors fiction dans Les Ombres errantes de Pascal Quignard, ouvrage composé d’une succession de fragments méditatifs. « Lire, c’est quitter le monde visible.Celui qui ouvre un livre se retire.Il abandonne le bruit commun pour une voix silencieuse.La lecture est une solitude partagée avec un mort.  Dans les livres, les morts parlent aux vivants.La voix qui vient de la page n’appartient plus à personne.Elle a traversé le temps.C’est une parole sauvée de l’oubli. »   Exemple dans la fiction dans Les Vagues de Virginia Woolf, ce roman est composé de monologues successifs de différents personnages, sans transition narrative. Chaque prise de parole forme un fragment autonome. Fragment 1 : monologue de Bernard« Les feuilles tombent ; les feuilles tombent sans cesse.J’erre dans les rues de Londres, inventant des histoires.Chaque visage que je croise devient le début d’un récit.Pourtant, au moment où je veux saisir ces histoires, elles s’évanouissent. »Fragment 2 qui enchaine  : monologue de Susan« J’aime les champs humides et les odeurs de l’étable.Ici, la terre est solide sous mes pieds.Les villes me troublent ; leurs voix se croisent sans repos.Je préfère le rythme lent des saisons et le pas régulier des bêtes. »   L'idée de fragment se retrouve à tous les niveaux du texte :  Au niveau d'éléments temporels séparés, non reliés par une ellipse, le fragment concerne la chronologie,  le temps est coupé. Il peut être  ponctuel, réversible, ou suspendu ; le temps fragmenté ne s’écoule pas vraiment. Au niveau stylistique, la fragmentation se fait essentiellement par des phrases sont juxtaposées. En ce qui concerne la construction globale, la fragmentation se fait au travers de matériaux hétérogènes sans marqueurs logiques ou causaux explicites. Les parties séparées se suivent avec une relation qui  peut rester flottante ou associative et qui relève davantage de la résonance, de l’écho, de la juxtaposition, de la variation ou de la contradiction que de la succession ordonnée. Contrairement au montage ou à la construction classique, les fragments ne sont pas nécessairement organisés en système. Le mot qui caractérise le mieux  le fragment, c'est l'autonomie. Le fragment est un texte bref mais complet. On parle alors de texte fragmentaire, de narration éclatée, d'écriture discontinue.   Dans sa forme la plus radicale (Blanchot, Cioran tardif, certaines proses de Jabès, Handke dans Le Malheur sans désirs, ou encore Pascal Quignard), le fragment ne se situe pas dans une hiérarchie et leur ordre peut être modifié sans détruire l'ensemble ou sans que l'on puisse y voir une faille par rapport à une hiérarchie narrative. Cette déconstruction de l'idée de totalité et d'ordre est parfois désignée comme  le « non-lien » ou le « rapport sans rapport » (Blanchot). Le fragment a été inauguré par Friedrich Schlegel et la tradition romantique. « La littérature est le fragment de tous les fragments » a pu écrire Goethe. Le fragment n’est pas un morceau d’un tout, mais une forme ouverte. On peut parler aussi d'une poétique différente de celle de l'ellipse : d'une tentation ou d'une recherche de l’inachèvement.   Fragmentation, concentration, condensation L'expression « écriture fragmentaire » peut recouvrir des formes différentes qu'on ne peut simplement assimiler et résumer par l'idée de discontinuité. La « fragmentation » n’est pas un procédé unique, mais une famille de formes de ruptures selon le niveau et le type d'autonomie recherchés.   Il faut rappeler que de nombreux textes, notamment contemporains, utilisent à la fois l'ellipse temporelle et une forme de fragmentation dans des orientations multiples. La frontière ellipse / fragment (et c'est le propre de toute notion littéraire, nous ne sommes pas en mathématique...) devient parfois poreuse.  On peut citer dans le domaine poétique René Char avec des fragments très autonomes, mais parfois une thématique de la Résistance ou une chronologie émotionnelle diffuse les relie subtilement. Et dans l'autofiction : Annie Ernaux, dans certains livres comme Les Années, mélange écriture fragmentaire et ellipses temporelles très marquées avec une chronologie historique quand même lisible.   Notons égalment que l'écriture fragmentaire peut aussi se marquer, non par l'absence de repère mais par une proportion texte/totalité. Raconter une existence humaine en quelques paragraphes séparés, même avec quelques indications, procède du fragment. Trop de choses manquent pour que la perception de la discontinuité, du vide, ne prime pas sur celle d'une totalité.  On peut placer dans cette catégorie le livre «Roland Barthes par Roland Barthes », une biographie que l'auteur veiut "éclatée" en chapitres comment autant de fragments de vie avec comme incipit, par exemple : Au moment du premier cri… Au tableau noir… La première fois qu…. A trente ans…  La dernière fois qu… A son dernier instant…   Les repères temporels sont là, mais la chronologie complète s'estompe au profit d'instantanés qui, certes renvoie à l'idée de biographie, mais celle-ci, largement absente, ne peut qu'être très partiellement reconstituée.   Beaucoup de textes ne sont pas fragmentés au sens de complètement décousus et composés de morceaux sans liens explicites, mais la façon de raconter par de menus éléments, des micro scènes pour évoquer un temps très long, laissant tout le reste dans l'ombre sont tellement concentrés, condensés qu'ils donnent une impression de fragmentation malgré les ellipses et repères. Exemple d' écriture ellpitique, concentrée jusqu'au fragmentaire et pourtant très évocatrice : "À dix-huit ans, Pierre quitta la maison campagnarde où il était né. Au moment précis où il s’en alla, sa vieille mère infirme était dans Ie lit de la chambre bleue dans laquelle il y avait le daguerréotype de son père, des plumes de paon dans un vase, et une pendule représentant Paul et Virginie, et qui indiquait trois heures. Dans la cour, sous le figuier, son grand-père se reposait. Dans le jardin, il y avait sa fiancée, des roses et des poiriers luisants. Pierre alla gagner sa vie, dans un pays où il y avait des nègres, des perroquets, des caoutchoucs, de la mélasse, des fièvres et des serpents. Il y demeura trente ans. Au moment précis où il revint dans la maison campagnarde où il était né, la chambre bleue était devenue blanche, sa mère reposait au sein de Dieu, Ie portrait de son père n’était plus là, et les plumes du paon et le vase avaient disparu. Un objet quelconque remplaçait la pendule. Dans la cour, sous le figuier où son défunt grand-père se reposa, il y avait des écuelles cassées et une pauvre poule malade. Dans le jardin de roses et de poiriers luisants où fut sa fiancée, iI y avait une vieille dame. L’histoire ne dit pas qui elle était." Francis Jammes, Le Roman du lièvre (1922)    Fragmentation, continuité... modernité ?  Au-delà du constat et de la nécessaire définition des termes, le choix de la fragmentation, par opposition à la continuité et sa construction, est une manière de se positionner par rapport à des questionnements de notre époque. La pratique du fragment correspond à un désir de coller ou d'exprimer sa dimension nettement discontinue, fragmentée, mais aussi, plus largement, de se placer dans une posture réfractaire à toute tentative de donner un sens global et universel au monde. L'écriture fragmentaire refuse, de façon plus ou moins marquée et consciente, toute idée de "réalité" autre que dispersée, éclatée, réalité décousue, insaisissable dont le discours continu et logique ne serait plus apte à rendre compte.    Une sorte d’évidence entoure la notion de fragmentation dans l’art contemporain. En effet, dans une large part de la création contemporaine, règne le subjectif, le partiel, le relatif. En peinture, le glacis, le tableau construit ont laissé place, par exemple,  au collage, en art plastique, la sculpture a laissé place à l’installation.   Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette même tendance dans une partie de la littérature contemporaine. Il s’agit donc de renoncer à la continuité et, comme indiqué plus haut, renoncer à l’envie de tout expliquer, de tout articuler, de préciser les ellipses, d’assurer une continuité temporelle et une continuité des personnages au-delà des trous inévitables du récit.  Continuité temporelle et continuité spatiale sont remises en cause, mais aussi la continuité psychologique des personnages. Le personnage, et, par là, l’être humain, est-il unifié, existe-t-il comme continuité ? Le fragment est une façon de se placer du côté de la réponse négative.   Une partir de ce refus vient aussi de l’idée selon laquelle guider trop précisément le lecteur serait lui imposer une vision du monde dans lequel tout s’enchaîne et s’articule. La discontinuité, en laissant des vides, cherche à laisser plus de place au lecteur, l’auteur renonce à occuper le terrain, le texte s’ouvre, les possibles d'interprétation s’accroissent.   L’écriture fragmentaire correspond aussi à l’envie de ne pas expliquer et de ne pas juger : montrer, raconter et laisser des trous dans le récit, à la limite des incohérences, comme une façon d’écrire sans y toucher, sans s’engager.   La discontinuité se niche donc aussi et peut-être plus souvent encore - comme noté plus haut -  dans le style. Parfois, une histoire précise est racontée dans un style dit blanc, neutre, si minimaliste qu’elle peut être ressentie comme fragmentaire, mais le style n’est pas le sujet de cet article.    Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que ce qui se joue au niveau du sens et ce qui se passe au niveau de la forme se rejoignent, s’il n’y a pas - pour l'auteur -  de possibilité de sens dans l'existence humaine, dans la suite des évènements, une discontinuité, une tendance au fragment apparait dans la forme du texte littéraire.    On peut évidemment relier ce retrait de la liaison et parfois même de toute construction à la disparition des grandes idéologies, des grands récits politiques ou religieux qui donnaient sens à l’histoire, remplacées par des objectifs plus modestes.    Dans beaucoup d’analyses du postmodernisme, la fragmentation est ainsi interprétée comme le signe d’un monde où les grands systèmes d’explication se sont effondrés, elle serait le symptôme d'une acceptation de la perte de tout sens global. Toute idée de totalité ou même de direction préférable serait ainsi devenue suspecte. Cette alternative entre, d'un côté, continuité -avec ses ellipses,  ses repères, sa construction, sa cohérence-  /  et, de l'autre, la fragmentation, a donc deux versants : Un versant positif, celui qui cherche à laisser plus de place au lecteur, limiter les explications. Et un second aspect plus contestable, l’absence de sens et, parfois, il faut bien le reconnaitre, le risque d'une facilité : le fragment, le  refus de donner un sens, de proposer une interprétation glisse et élude le travail de construction et de forme.  Et pour conclure, un autre enjeu important de l'écriture par fragments : L’écriture doit-elle être à l’image de la vision contemporaine du monde, se conformant au constat de la perte du sens ?   Ou doit-elle être chercher une voie nouvelle pour, au minimum, interroger cette perte de sens et de cohérence et peut-être, à sa façon, en proposant de nouvelles formes, dépasser l'impasse fragmentaire, et tenter d'y répondre ? C'est dans cette voie qui prend en compte les questionnements contemporains, mais ne se contente pas de les constater, que je place mon travail.      {loadmoduleid 197}  
06 mars 2026
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Pour provoquer et explorer le mouvement du monologue intérieur,  la thématique du mouvement continu est efficace. Ce thème permet d'expérimenter l'idée de flux de conscience. On ne "coupe pas le moteur" ni dans la tête du personnage ni dans le véhicule en mouvement. Le texte retranscrit directement le monologue intérieur comme un "micro branché dans le cerveau". Exemples de textes écrits avec cette proposition : -  Trop fort  -  Départ         {loadmoduleid 197}  
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Goutte

Frida Kahlo Colonne brisée Atelier Autoportrait une appropriation en trois étapes
  • 1.Les larmes coulent sur son corps douloureux. Sa colonne de pierre est cassée à de multiples endroits. Le haut de son corps est maintenu par des lanières en cuir blanc. Un drap blanc couvre le bas, du sang est visible. De multiples clous de différentes tailles sont dispersés sur l'ensemble de son corps, exposant les douleurs quotidiennes de la peintre. Malgré tout, elle se tient droite et force le respect à se tenir ainsi, dépassant la douleur latente qui l'envahit. L'arrière-plan est crevassé, de nombreux trous sont visibles. Le paysage est accidenté.
  • 2.Je me dessinerai sur un fauteuil, entourée de blanc, un blanc pâle. Aucune couleur ne réchauffe cet ensemble. J'ai froid. Deux fauteuils vides attendent leurs clients. J'entends l'agitation calme derrière la porte. La trotteuse vient de faire son tour. Je suis seule. Le plafond n'est pas plaisant à regarder, ni les murs. Je tourne le dos à la fenêtre. La lumière tente de me réchauffer. Je la vois plus que je ne la ressens. J'attends que la jeune femme revienne, elle a oublié un flacon, je crois ou doit-elle demander un renseignement à la doctoresse. Je vois une blouse blanche qui s'agite au loin. Est-ce la personne que j'ai vue ? Ma mémoire me fait défaut. Je ne vois que du blanc sur du blanc.
  • 3.Mon corps ne m'appartient plus.


Les gouttes se ressemblent. Elles n'ont pas besoin d'accélérer. Elles connaissent le chemin. Inlassablement, elles glissent. Elles ne reviennent jamais en arrière. Devrais-je les remercier ? Je ne sais pas, je n'ai pas le cœur à leur souhaiter la bienvenue. Pourtant, je suis quelqu'un de sociable, toujours à discuter, à mettre à l'aise les gens, toujours l'envie de découvrir l'autre, d'apprendre de sa culture.

Je ne leur ferme pas la porte, je n'avais juste pas très envie de leur ouvrir, mais elles ont la clé. Elles ont un droit de passage, ne s'en privent pas d'ailleurs. Une goutte en appelle une autre. Elles sont nombreuses, ça n'en finit plus. Est-ce qu'elles font la fête ? Sont-elles besogneuses ? Est-ce qu'elles se mettent au travail tout de suite ? Ont-elles des chefs-gouttes ? Avancent-elles en escadron ? Ont-elles un plan d'attaque ? Ou est-ce qu'elles tirent dans le tas ? Je n'ai pas de préconisation à leur donner. Elles savent ce qu'elles ont à faire, bien mieux que moi. Je leur fais confiance, je sais qu'elles ont un plan de bataille. J'ai demandé à mes cellules de se mettre derrière les palissades pour les laisser effectuer leur travail. Une langueur tombe sur moi, ma gorge se réchauffe, j'ai comme une boule de feu. Est-ce que je vais cracher du feu ? Ces gouttes ont-elles le pouvoir de me transformer en dragon ? C'est peut-être ça alors leur pouvoir magique, brûler ce qui doit être. Ma vue se brouille. Le temps s'allonge. Quelle heure est-il ? Suis-je dedans ou dehors ? Dois-je vous répondre ? Je n'ai pas très envie, point. J'ai envie de dormir, mais la nausée commence son ascension. Lentement, elle avance. Les gouttes font-elles de la place dans mon corps ? Je ne sais plus. La torpeur s'agrandit, j'ai l'impression qu'elle m'enveloppe de ses bras cotonneux. Restez là, tenir, ne pas s'évanouir.

Les gouttes continuent leur lente ascension. Elles ne se fatiguent pas, elles avancent plus ou moins lentement. Il y a des bouchons dans leur circuit. Elles s'agglutinent pour former un petit lac. Doivent-elles apprendre à plonger pour percer la barrière ? Est-ce qu'il existe des apprenties-gouttes qui vont passer leur baptême de plongée ? Si elles réussissent, elles passent le clapet. Est-ce qu'elles savent qu'elles ne reviendront jamais ? Ont-elles conscience qu'aucun retour n'est possible ? Que si l'envie leur venait, elles ne pourraient faire machine arrière ? Qu'elles avancent vers un but plus grand qu'elles. GUÉRIR. J'aime à croire qu'elles endossent leur mission par choix. Qu'elles avancent toutes dans un même but précis.

Une goutte tombe dans le lac, elle s'aplatit, ne pose aucune résistance. A-t-elle survécu ? Les gouttes me paraissent faibles. Nous pouvons voir ce qu'elles ont dans le ventre, c'est-à-dire pas grand-chose. Ça n'augure rien de bon. Quelle personne sensée peut faire confiance à la mollesse ? J'ai besoin de résistance, de rigueur, qu'elles rentrent dans le lard. J'ai besoin d'une armée, pas d'un escadron flaque. Certaines ont traversé, elles sont passées de l'autre côté. Elles ont l'air de ne pas avoir perdu de leur mouvement. Elles avancent, elles remontent jusqu'à moi. Elles ne sont plus seulement des gouttes, elles forment un ensemble lumineux. Est-ce qu'une commandante-goutte leur a ordonné de prendre cette forme ? Ce groupement remonte, il gravit le dénivelé qui nous sépare. Est-ce qu'il hésite ? Non. Il passe la porte sans frapper. Heureusement. Finalement, je ne pourrai pas les accueillir. La transparence de ces gouttes pourrait faire croire, aux non-initiés, à une fragilité. Détrompez-vous.

Une chape de plomb commence à me tomber dessus. Je lutte pour tenir la tête droite. Je m'accroche au mur blanc, j'essaie de respirer, mais mon corps ne m'appartient plus. Je sens qu'elles agissent. La bataille fait rage. Mon énergie se dissout. J'ai l'impression qu'elle est aspirée par mon corps pour tenir le siège. La bataille n'est pas à l'extérieur, mais à l'intérieur. Mes forces m'abandonnent pour se rediriger vers l'intérieur. Tout se concentre au même endroit. Mes doigts s'engourdissent, ma tête devient brumeuse, mes yeux ne visualisent plus la pièce dans son ensemble, ma bouche devient pâteuse. Boire, il est important de boire m'a-t-on dit. Je vois ma gourde près de moi et tente de la saisir. Mon Dieu, qu'elle est lourde. La porter à ma bouche me demande une concentration importante. Tout me devient difficile. Mon estomac se rebelle, refuse-t-il le passage aux gouttes ou les laisse-t-il passer ? La bataille fait rage, les ennemis sont attaqués. Ils ripostent, mais les escadrons sont bien formés. Mon corps est secoué de spasmes. Respirer, me calmer. La douleur m'envahit. Gardez la tête hors de l'eau. Reste là, reste là. Ne pas m'effondrer, tenir, ne rien lâcher.

Une petite forme translucide pointe le bout de son nez. Les rayons du soleil la traversent, l'illuminent. Cette petite création devient lumineuse, elle grossit tout doucement. D'un petit point, elle devient de plus en plus grande et de plus en plus imposante. Elle est bien accrochée. Elle remonte, elle redescend. Elle devient lourde, si lourde qu'elle se décroche, et roule tout doucement sur la colline, et atterrit sur le vallon. Sa lente progression la fait buter sur les commissures de mes lèvres. Cette petite goutte, c'est ma petite goutte. 

La maison vide
Course

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lundi 15 juin 2026
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"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

"Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre. " Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux 

 

 

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