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Textes écrits par des participants à mes ateliers et à mes stages d'écriture, manifestations littéraires, concours... 

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Solène J.
31 mai 2026
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1 À la gare, les choses lui semblèrent soudainement précipitées. Le cours des événements s'était-il accéléré par une raison juste ou s'était-il seulement laissé emporter par le fantasme d'une fuite ?L'idée serait dès à présent de s'offrir une anti-biographie. Se perdre le plus possible, s'offri...

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10 mai 2026
Quel voyage, tout en sensibilité ! L'impression d'y être, de ressentir les sensations ,les...
Invité - Jean-François D
17 mars 2026
subtilement glaçant!

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31 mai 2026
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Un scintillement d’oiseaux ouvre l’espace du matin profondeur sidérante du piaillement têtu des étoiles sonores cheminement sans fin riante aventure se frayant dans la masse des cris tourbillonnants promené par les pointes élancées des aigus  s'enfoncer et se perdre en galaxies fuyantes repérage d’un son aussitôt emmêlé dans la prolixité  d’une énergie joyeuse s’enfoncer jusqu'au cou dans un pétillement bouche bée, souriante se noyer, emporté dans la course vivante  des chants de la forêt.        
06 mars 2026
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Jacques Villon, Portrait de J.L.B. Temporalité et écriture La littérature, le roman en particulier, peuvent raconter des vies entières en quelques pages et, même si l’auteur se donne des centaines ou des milliers de pages, il lui  faudra choisir, sélectionner et se centrer sur certains moments qui lui semblent représentatifs ou nécessaires à son récit. Pour passer de l'un à l'autre  de ces temps "racontés", la narration effectue un « saut » et il existe plusieurs façons de le concevoir et de l'articuler au récit, ces différentes options narratives, ces diverses façons de passer d'un temps à l'autre se distinguent notamment par leur rapport au tout, à la totalité de l'histoire, à sa suite temporelle complète.     L’ellipse : maintien d’une chronologie lisible Ces sauts, quand ils sont faits en reliant entre eux les moments racontés, s'appellent des ellipses.     L'ellipse omet, "saute" une portion de temps, d’action, mais elle le fait dans un cadre temporel qui reste globalement ordonné et repérable. Le texte fournit pour cela des indices (adverbes, dates, saisons, âges des personnages,  données temporelles, un court résumé de ce qui s’est passé entretemps etc.) qui indiquent au lecteur la suppression d’un segment de l’histoire et lui permettent de situer mentalement l’ellipse dans une chronologie comme le « Quelques mois plus tard… » de Patrick Modiano dans  Rue des boutiques obscures.   Même quand l’ellipse est brutale  : « Seize ans plus tard. » écrit Victor Hugo, elle sous-entend une temporalité repérable.   Les différents moments du texte ainsi réunis par l’ellipse ne sont donc pas des fragments autonomes : ils restent des moments d’une même chaîne causale et chronologique séparés par un moment sous-entendu: le temps manquant existe dans l’histoire, il est évoqué, affirmé comme non raconté. Le lecteur perçoit une continuité partiellement énigmatique ou laissée dans l’ombre, mais encadrée et située clairement. L’ellipse ne fragmente donc pas le texte : elle est un outil qui permet de condenser le récit.   Les fragments, des segments autonomes L'ellipse situe l'extrait par rapport à la totalité, au minimum par rapport à l'extrait précédent, comme un morceau d'un puzzle se présente en tant que partie d'un tout.   Le fragment refuse cette référence, il se présente comme un tout séparé. Il laisse les moments absents totalement dans l’ombre, sans repère temporel pour les situer les uns par rapport aux autres, le récit n’est plus simplement discontinu, mais fragmenté. Le lien peut être fait, ou pas, par le lecteur, mais la totalité devient une référence floue, très allusive ou indirecte. Il n'y a plus de référence à une temporalité repérable que l'on pourrait reconstituer.     Exemple d'écriture fragmentaire hors fiction dans Les Ombres errantes de Pascal Quignard, ouvrage composé d’une succession de fragments méditatifs. « Lire, c’est quitter le monde visible.Celui qui ouvre un livre se retire.Il abandonne le bruit commun pour une voix silencieuse.La lecture est une solitude partagée avec un mort.  Dans les livres, les morts parlent aux vivants.La voix qui vient de la page n’appartient plus à personne.Elle a traversé le temps.C’est une parole sauvée de l’oubli. »   Exemple dans la fiction dans Les Vagues de Virginia Woolf, ce roman est composé de monologues successifs de différents personnages, sans transition narrative. Chaque prise de parole forme un fragment autonome. Fragment 1 : monologue de Bernard« Les feuilles tombent ; les feuilles tombent sans cesse.J’erre dans les rues de Londres, inventant des histoires.Chaque visage que je croise devient le début d’un récit.Pourtant, au moment où je veux saisir ces histoires, elles s’évanouissent. »Fragment 2 qui enchaine  : monologue de Susan« J’aime les champs humides et les odeurs de l’étable.Ici, la terre est solide sous mes pieds.Les villes me troublent ; leurs voix se croisent sans repos.Je préfère le rythme lent des saisons et le pas régulier des bêtes. »   L'idée de fragment se retrouve à tous les niveaux du texte :  Au niveau d'éléments temporels séparés, non reliés par une ellipse, le fragment concerne la chronologie,  le temps est coupé. Il peut être  ponctuel, réversible, ou suspendu ; le temps fragmenté ne s’écoule pas vraiment. Au niveau stylistique, la fragmentation se fait essentiellement par des phrases sont juxtaposées. En ce qui concerne la construction globale, la fragmentation se fait au travers de matériaux hétérogènes sans marqueurs logiques ou causaux explicites. Les parties séparées se suivent avec une relation qui  peut rester flottante ou associative et qui relève davantage de la résonance, de l’écho, de la juxtaposition, de la variation ou de la contradiction que de la succession ordonnée. Contrairement au montage ou à la construction classique, les fragments ne sont pas nécessairement organisés en système. Le mot qui caractérise le mieux  le fragment, c'est l'autonomie. Le fragment est un texte bref mais complet. On parle alors de texte fragmentaire, de narration éclatée, d'écriture discontinue.   Dans sa forme la plus radicale (Blanchot, Cioran tardif, certaines proses de Jabès, Handke dans Le Malheur sans désirs, ou encore Pascal Quignard), le fragment ne se situe pas dans une hiérarchie et leur ordre peut être modifié sans détruire l'ensemble ou sans que l'on puisse y voir une faille par rapport à une hiérarchie narrative. Cette déconstruction de l'idée de totalité et d'ordre est parfois désignée comme  le « non-lien » ou le « rapport sans rapport » (Blanchot). Le fragment a été inauguré par Friedrich Schlegel et la tradition romantique. « La littérature est le fragment de tous les fragments » a pu écrire Goethe. Le fragment n’est pas un morceau d’un tout, mais une forme ouverte. On peut parler aussi d'une poétique différente de celle de l'ellipse : d'une tentation ou d'une recherche de l’inachèvement.   Fragmentation, concentration, condensation L'expression « écriture fragmentaire » peut recouvrir des formes différentes qu'on ne peut simplement assimiler et résumer par l'idée de discontinuité. La « fragmentation » n’est pas un procédé unique, mais une famille de formes de ruptures selon le niveau et le type d'autonomie recherchés.   Il faut rappeler que de nombreux textes, notamment contemporains, utilisent à la fois l'ellipse temporelle et une forme de fragmentation dans des orientations multiples. La frontière ellipse / fragment (et c'est le propre de toute notion littéraire, nous ne sommes pas en mathématique...) devient parfois poreuse.  On peut citer dans le domaine poétique René Char avec des fragments très autonomes, mais parfois une thématique de la Résistance ou une chronologie émotionnelle diffuse les relie subtilement. Et dans l'autofiction : Annie Ernaux, dans certains livres comme Les Années, mélange écriture fragmentaire et ellipses temporelles très marquées avec une chronologie historique quand même lisible.   Notons égalment que l'écriture fragmentaire peut aussi se marquer, non par l'absence de repère mais par une proportion texte/totalité. Raconter une existence humaine en quelques paragraphes séparés, même avec quelques indications, procède du fragment. Trop de choses manquent pour que la perception de la discontinuité, du vide, ne prime pas sur celle d'une totalité.  On peut placer dans cette catégorie le livre «Roland Barthes par Roland Barthes », une biographie que l'auteur veiut "éclatée" en chapitres comment autant de fragments de vie avec comme incipit, par exemple : Au moment du premier cri… Au tableau noir… La première fois qu…. A trente ans…  La dernière fois qu… A son dernier instant…   Les repères temporels sont là, mais la chronologie complète s'estompe au profit d'instantanés qui, certes renvoie à l'idée de biographie, mais celle-ci, largement absente, ne peut qu'être très partiellement reconstituée.   Beaucoup de textes ne sont pas fragmentés au sens de complètement décousus et composés de morceaux sans liens explicites, mais la façon de raconter par de menus éléments, des micro scènes pour évoquer un temps très long, laissant tout le reste dans l'ombre sont tellement concentrés, condensés qu'ils donnent une impression de fragmentation malgré les ellipses et repères. Exemple d' écriture ellpitique, concentrée jusqu'au fragmentaire et pourtant très évocatrice : "À dix-huit ans, Pierre quitta la maison campagnarde où il était né. Au moment précis où il s’en alla, sa vieille mère infirme était dans Ie lit de la chambre bleue dans laquelle il y avait le daguerréotype de son père, des plumes de paon dans un vase, et une pendule représentant Paul et Virginie, et qui indiquait trois heures. Dans la cour, sous le figuier, son grand-père se reposait. Dans le jardin, il y avait sa fiancée, des roses et des poiriers luisants. Pierre alla gagner sa vie, dans un pays où il y avait des nègres, des perroquets, des caoutchoucs, de la mélasse, des fièvres et des serpents. Il y demeura trente ans. Au moment précis où il revint dans la maison campagnarde où il était né, la chambre bleue était devenue blanche, sa mère reposait au sein de Dieu, Ie portrait de son père n’était plus là, et les plumes du paon et le vase avaient disparu. Un objet quelconque remplaçait la pendule. Dans la cour, sous le figuier où son défunt grand-père se reposa, il y avait des écuelles cassées et une pauvre poule malade. Dans le jardin de roses et de poiriers luisants où fut sa fiancée, iI y avait une vieille dame. L’histoire ne dit pas qui elle était." Francis Jammes, Le Roman du lièvre (1922)    Fragmentation, continuité... modernité ?  Au-delà du constat et de la nécessaire définition des termes, le choix de la fragmentation, par opposition à la continuité et sa construction, est une manière de se positionner par rapport à des questionnements de notre époque. La pratique du fragment correspond à un désir de coller ou d'exprimer sa dimension nettement discontinue, fragmentée, mais aussi, plus largement, de se placer dans une posture réfractaire à toute tentative de donner un sens global et universel au monde. L'écriture fragmentaire refuse, de façon plus ou moins marquée et consciente, toute idée de "réalité" autre que dispersée, éclatée, réalité décousue, insaisissable dont le discours continu et logique ne serait plus apte à rendre compte.    Une sorte d’évidence entoure la notion de fragmentation dans l’art contemporain. En effet, dans une large part de la création contemporaine, règne le subjectif, le partiel, le relatif. En peinture, le glacis, le tableau construit ont laissé place, par exemple,  au collage, en art plastique, la sculpture a laissé place à l’installation.   Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette même tendance dans une partie de la littérature contemporaine. Il s’agit donc de renoncer à la continuité et, comme indiqué plus haut, renoncer à l’envie de tout expliquer, de tout articuler, de préciser les ellipses, d’assurer une continuité temporelle et une continuité des personnages au-delà des trous inévitables du récit.  Continuité temporelle et continuité spatiale sont remises en cause, mais aussi la continuité psychologique des personnages. Le personnage, et, par là, l’être humain, est-il unifié, existe-t-il comme continuité ? Le fragment est une façon de se placer du côté de la réponse négative.   Une partir de ce refus vient aussi de l’idée selon laquelle guider trop précisément le lecteur serait lui imposer une vision du monde dans lequel tout s’enchaîne et s’articule. La discontinuité, en laissant des vides, cherche à laisser plus de place au lecteur, l’auteur renonce à occuper le terrain, le texte s’ouvre, les possibles d'interprétation s’accroissent.   L’écriture fragmentaire correspond aussi à l’envie de ne pas expliquer et de ne pas juger : montrer, raconter et laisser des trous dans le récit, à la limite des incohérences, comme une façon d’écrire sans y toucher, sans s’engager.   La discontinuité se niche donc aussi et peut-être plus souvent encore - comme noté plus haut -  dans le style. Parfois, une histoire précise est racontée dans un style dit blanc, neutre, si minimaliste qu’elle peut être ressentie comme fragmentaire, mais le style n’est pas le sujet de cet article.    Ce qui est intéressant de noter ici, c’est que ce qui se joue au niveau du sens et ce qui se passe au niveau de la forme se rejoignent, s’il n’y a pas - pour l'auteur -  de possibilité de sens dans l'existence humaine, dans la suite des évènements, une discontinuité, une tendance au fragment apparait dans la forme du texte littéraire.    On peut évidemment relier ce retrait de la liaison et parfois même de toute construction à la disparition des grandes idéologies, des grands récits politiques ou religieux qui donnaient sens à l’histoire, remplacées par des objectifs plus modestes.    Dans beaucoup d’analyses du postmodernisme, la fragmentation est ainsi interprétée comme le signe d’un monde où les grands systèmes d’explication se sont effondrés, elle serait le symptôme d'une acceptation de la perte de tout sens global. Toute idée de totalité ou même de direction préférable serait ainsi devenue suspecte. Cette alternative entre, d'un côté, continuité -avec ses ellipses,  ses repères, sa construction, sa cohérence-  /  et, de l'autre, la fragmentation, a donc deux versants : Un versant positif, celui qui cherche à laisser plus de place au lecteur, limiter les explications. Et un second aspect plus contestable, l’absence de sens et, parfois, il faut bien le reconnaitre, le risque d'une facilité : le fragment, le  refus de donner un sens, de proposer une interprétation glisse et élude le travail de construction et de forme.  Et pour conclure, un autre enjeu important de l'écriture par fragments : L’écriture doit-elle être à l’image de la vision contemporaine du monde, se conformant au constat de la perte du sens ?   Ou doit-elle être chercher une voie nouvelle pour, au minimum, interroger cette perte de sens et de cohérence et peut-être, à sa façon, en proposant de nouvelles formes, dépasser l'impasse fragmentaire, et tenter d'y répondre ? C'est dans cette voie qui prend en compte les questionnements contemporains, mais ne se contente pas de les constater, que je place mon travail.      {loadmoduleid 197}  
06 mars 2026
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Pour provoquer et explorer le mouvement du monologue intérieur,  la thématique du mouvement continu est efficace. Ce thème permet d'expérimenter l'idée de flux de conscience. On ne "coupe pas le moteur" ni dans la tête du personnage ni dans le véhicule en mouvement. Le texte retranscrit directement le monologue intérieur comme un "micro branché dans le cerveau". Exemples de textes écrits avec cette proposition : -  Trop fort  -  Départ         {loadmoduleid 197}  
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Polyphonie

Je lui avais répondu, à lui, comme aux trois autres messieurs qui semblaient me correspondre. Une photo très réussie contre quelques mots :" septuagénaire recherche pour très bons moments de vie une jolie relation avec monsieur correspondant, libre dans l'immédiat. Écrire…" Deux semaines et de nombreux échanges plus ou moins longs avec les sélectionnés. Je l'avais tout de suite préféré, et je l'attendais, sans me montrer, face au Bar du Céleste sur la Croisette, quelques instants avant l'heure prévue. Aux trois coups de l'église au Suquet, se présente, un grand monsieur bien alerte, très mince, vêtu de noir, tenant un mignon bouquet de roses-roses. Ses photos n'étaient pas mensongères. Bien décoratif !

Je me devais d'être ponctuelle, j'étais moi, vêtue de décolleté bien suggestif sur un bustier qui "m'offrait", tout de rouge vêtue, sur de hauts talons chantants, histoire de répondre à ma description : fan de couleurs vives, et d'élégance "parisienne" ! Je savais combien les injections Botox, acide hyaluronique et les diverses interventions de chirurgie plastique assumaient leur but : greffes de cheveux touffus, bien blonds, rides envolées, cou aux plis absents, toutes tâches de vieillesse brûlées, avec un superbe résultat, tant sur mon look que dans ma tête où –en conséquence- une certitude flottait, rien ne m'est impossible !!

A cette heure et par cet été très chaud, il était seul sur la banquette tout au fond. Il s'est carrément illuminé en me découvrant ! Mon ressenti gazouillait. En politesse simple, il s'est levé, venu au devant de moi… vous êtes Queeny06, aucun doute, je vous espérais telle que vous êtes… Son regard plongeait dans le mien, il ne lâchait pas ma main pour me faire asseoir au tout confortable du siège. Deux cafés, deux bières plus tard, nous avions abandonné le vouvoiement, nous riions beaucoup, lui avec des notes puériles fort plaisantes. On s'était immédiatement raconté combien on avait hésité avant de s'inscrire sur le site de DISONS DEMAIN, puis, le pas sauté, combien les déceptions s'étaient succédées.

Benoît me plaisait et je savais comment le lui faire savoir… J'étais une dame étonnante que son éducation ancienne mode n'empêchait pas d'avoir des envies écarlates, toujours présentes et qui savait "comment s'y prendre" avec le monsieur qui, logiquement, fait les premiers pas, la démarche… et que, moi, j'adore bousculer, provoquer, pour en arriver… au même but : se retrouver, dénudés, dans l'extase.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

Bien dissimulé, un peu plus loin, je l'avais repérée depuis le début de l'après-midi où nous allions nous rencontrer. Notre connivence prévoyait que nous devions être "complémentaires" : elle en rouge, tout en rouge et moi en noir, complètement !! Stendhal que nous avions évoqué avait fait son effet. Deux grosses semaines d'échanges bien drus, où j'étais particulièrement content en la constatant diserte, amateur de lecture, d'écriture, bavarde, badine, fort légère, on dit "décomplexée" ; elle écrivait en ancienne secrétaire qu'elle était… vite, et nos allers-retours de langage survolaient le présent. Ces derniers jours, une complicité bien partagée nous avait amené à aborder le sujet généralement peu évoqué : le sexe, surtout à nos âges où dans nos entourages, nous étions vite catégoriés comme des forcenés dégoûtants ! Là, encore, totalement raccords.

J'ai entendu sonner les trois coups à l'église du Suquet… Émergeant des piétons de tous ordres, je me suis montré sans la regarder pour entrer chez Monsieur Céleste avec mon bouquet bien en vue…

Le temps de reprendre mon équilibre… Queeny06 l'écarlate était en face de moi. Totalement identique à sa photo sur le site !! Ses 70 ans n'existaient pas, des rides ? Uniquement à son sourire éclatant ! Des dents d'enfants, un peu chahutées, et un parfum de plaisir vital ! Un joli regard que le maquillage léger mais bien là, révélait bavard… Des lèvres aussi écarlates que la jupette moulante à la fente entre les genoux, bien évocatrice…

J'ai su. Oui, immédiatement, que j'avais devant moi, mon double, mon complément, à ne pas laisser filer. J'ai ri comme jamais depuis bien longtemps. Nous étions des opposés, complémentaires : par exemple, mon hobby, le sport, avec une préférence pour la bicyclette de concours, à grimper le Mont Ventoux, pendant qu'elle, des heures sur son bureau, écrit des nouvelles, de la poésie, des romans… à illustrer, à calligraphier (ses explications m'ont passionné, donné envie…). Ou moi, lors des courses dans mon bateau, en solitaire… Elle, toute mignonnette inscrite dans des écoles de danses de salon, je me la représentais "tangotant" joliment alors que j'affrontais les vagues d'un quelconque océan ! Moi, amoureux fou de Minnie, ma chienne, elle raide dingue de sa chatte, Perlette. Par contre de larges similitudes quant aux voyages, sans préférence pour destinations, cultures… Encore des échanges qui n'en finissaient pas…

Il était tard, elle "devait" rentrer. Je lui ai proposé de la raccompagner… Non, elle avait sa voiture, au parking en face…

Rendez-vous ? Je me suis entendu lui proposer catégoriquement : demain même heure, ici !?

Elle, de répondre, non ! (j'ai eu un frisson de panique)… demain même heure, chez moi

Elle s'est éloignée, le nez recueilli dans l'arôme des roses de mon bouquet.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

Ah, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été témoin de cette scène si convenue : les deux personnages, le premier rendez-vous, les boissons de bonne éducation, cafés malgré les degrés de température, une bière pour lui, un panaché pour elle. L'étonnant, c'était leur âge, un vrai "vieux" et une disparate d'à peine cinquante ans, d'évidence pour la première fois ensemble. Il était trop tôt pour que je sois débordé, ma clientèle est semi nocturne, face au Casino, au Palais des Festivals. Mon chiffre d'affaires se faisait soit avant les dîners et les restaurants voisins qui débordent, soit après, avec whiskies et gin-rummys qui se succèdent.

Ils parlaient doucement mais je devinais l'avancement de leur découverte. Ils étaient attendrissants, complices, s'exclamaient souvent… oh, moi aussi !! ah bon, vous aussi !

Tout a passé vite, on était en fin d'après-midi, ils sont partis, bien élevés, au revoir, à bientôt, il lui tenait le coude pour traverser la Croisette, elle reniflait puérilement le délicieux bouquet de roses offert à leur découverte...

J'y ai pensé, repensé. Plus jamais revus. Normalité bien normale. Une première rencontre est souvent nullissime ou au contraire, bien logique et poursuivie de manière largement plus amicale, intime ! Et le grand bel homme aux cheveux gris cendré, bouclés, avec un rire aussi enfantin me disait que… Il savait y faire, autant qu'elle…

Je ne sais exactement pourquoi mais il me semblait la connaître, elle. D'où ? De quand ? Cette mignonne et très élégante femme… C'est sa démarche ondulante, dansante qui me l'a resituée

: vue plusieurs fois lors des nuits que j'ai passé au club de rencontres, l'Oasis. Pas farouche et provocante… Comme les autres clients, toujours seule à l'arrivée, plus du tout en bout de nuit !!! Alors, une légère, une indépendante, en demande, en recherche, depuis un bon bout de temps…

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

Bien qu'ayant épousé, puis divorcé à trois reprises, m'étant bien promis de mourir "libre", j'ai prononcé le traditionnel… veux-tu m'épouser ? Alors que nous avions tous les avantages de nos deux libertés conjuguées ! Un OUI éclatant que nous avons consacré en faisant l'amour toute la matinée… Un autre, bien officiel, elle est devenue mon épouse, ma madame ! Plus de secret l'un pour l'autre, nous ne faisons plus qu'UN. Allez, amour à moi, boom, badaboom, on fête ça ! Trois jours et trois nuits… Le bonheur plaisir nous avait envahi… Je ne me suis rendu compte de rien !...

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

Enfin ! Enfin ! Il y a mis un brave moment à prononcer cette demande que j'attendais ! Benoît n'était que tendre amour, éclatant de mots qui traduisaient tout ce grand sentiment qui faisait reflet au mien ! Mais j'en voulais plus ! Nos désabonnements des sites de rencontre avaient été symboliques : nous reconnaissions ainsi être avec l'âme sœur. Ouf, enfin !

D'autant que notre intimité m'avait amenée à lire les chiffres de ses divers comptes en banque, de gros gâteaux qui renforçaient mon attachement !

Je l'avais découvert cœur fragile avec deux crises cardiaques hospitalisées, invalidantes dans le passé, je le savais bien suivi, régulièrement surveillé… Il devait "faire attention", ne "pas trop en faire" ! Mais, rien n'est sûr, j'en ai eu la preuve malheureuse…

J'explique : six jours que j'étais son épouse officielle, nous étions au Paradis, zénith où nous fêtions nos alliances qui brillaient… Je gémissais l'acmé, ses coups de reins me faisaient chanter… Tout le jour, nos regards se croisaient, il me lisait des brides du livre du moment, proposait des destinations de voyage, se mettait à cuisiner…

J'avais les yeux fermés, recueillie sur le plaisir qui montait en vagues, il s'est affalé sur moi… Un gros bang qui m'a fait très mal… Que faire d'autre que hurler ma panique tout en m'extirpant de ce duo brûlant ? Pas facile, croyez-moi de reprendre vie après tout l'imposé par la catastrophe.

Septuagénaire, veuve. Je pleure, il faudra que je me reprenne. Comment ? L'Oasis, peut-être ? Pas tout de suite, il m'a bien marquée ! Les sites ? Non, mauvais souvenir. Je verrai…

-:-:-:-:-:-:-:-::-:-

Des fois, j'y pense à ces deux êtres dont j'ai partagé en curieux la découverte, la reconnaissance. Qu'ont-ils pu devenir ? Toujours sur Cannes ? Ensemble ou pas ? Enfin heureux, complets ? Aucune femme habillée de rouge passe ou consomme sans m'alerter ! Aucun longiligne bien mince, aux cheveux gris qui volètent… non plus. Mais la Vie reprend sa route : bonjour, Messieurs Dames, que puis-je vous servir ?

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

J'ai su. Oui, immédiatement, que j'avais devant moi, mon double, mon complément, à ne pas laisser filer. J'ai ri comme jamais depuis bien longtemps. Nous étions des opposés, complémentaires : par exemple, mon hobby, le sport, avec une préférence pour la bicyclette de concours, à grimper le Mont Ventoux, pendant qu'elle, des heures sur son bureau, écrit des nouvelles, de la poésie, des romans… à illustrer, à calligraphier (ses explications m'ont passionné, donné envie…). Ou moi, lors des courses dans mon bateau, en solitaire… Elle, toute mignonnette inscrite dans des écoles de danses de salon, je me la représentais "tangotant" joliment alors que j'affrontais les vagues d'un quelconque océan ! Moi, amoureux fou de Minnie, ma chienne, elle raide dingue de sa chatte, Perlette. Par contre de larges similitudes quant aux voyages, sans préférence pour destinations, cultures… Encore des échanges qui n'en finissaient pas…


Joséphine
"Sève d'automne" dans la vitrine de la librairie T...

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Phrases d'auteurs...

"Si vous avez quelque chose à dire, tout ce que vous pensez que personne n'a dit avant, vous devez le ressentir si désespérément que vous trouverez un moyen de le dire que personne n'a jamais trouvé avant, de sorte que la chose que vous avez à dire et la façon de le dire se mélangent comme une seule matière - aussi indissolublement que si elles ont été conçus ensemble."  F. Scott Fitzgerald

"Le romancier habite les seuils, sa tâche est de faire circuler librement le dedans et le dehors, l'éternité et l'instant, le désespoir et l'allégresse."  Yvon Rivard

" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

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"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

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