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Sanctuaire

Paysage sonore Atelier Paysage sonore

C'est le bruit des portes qui rompt le silence. La voix des ouvreuses, lointaine, comme une mélodie qu'on fredonne sans y penser. C'est le sol qui grince, quand les fauteuils soufflent.

C'est un bruissement de chuchotements, faible d'abord, il grossit, lentement devient un brouhaha. On devine dans cet écheveau de sons, le mouvement des corps, les bonjours, les bises qui claquent, les rires qui fusent.

Elle a quitté les coulisses pour coller l'oreille contre le rideau et tente de reconnaître des voix familières. Elle se rappelle la première fois. Ce n'était pas vraiment une scène au sens où on l'entend. Une salle plutôt petite, un rideau en fond, en guise de coulisses, bien plus léger que celui qu'elle n'ose frôler en ce moment, de peur qu'il bouge. quatre rangées de gradins et quelques chaises devant. La salle était bondée et elle les entendait tous si bien. « Oui, ma fille joue ce soir… Ah la vôtre aussi ? C'est incroyable, cette coïncidence…»

« Je crois que j'ai oublié mes gants dans la voiture. Enfin j'espère que je ne ne les ai pas perdus sur le trajet. »

« Tu lui as dit ça, tu lui as vraiment dit ça ? ».

Une conversation finissait l'autre, les fils s'entremêlaient, les mots et les rires s'entrechoquaient. Soudain, se produisait l'inconcevable : le quotidien faisait irruption dans le monde de l'illusion.

Et pourtant, elle avait chaque fois, depuis, à cet instant précis, le sentiment que la réalité était de son côté du rideau. C'est ici, dans son ombre, qu'elle se sentait vivante.

Elle progresse discrètement vers l'avant-scène, le long des pendrillons. Son corps respire à l'unisson de la salle, dont elle n'est maintenant séparée que de quelques mètres. Le battement de son cœur, vibrant, en couvre, par instant, le bourdonnement qui enfle.

Le trac s'est depuis longtemps tapi dans le creux de son ventre. Elle en a dompté la pulsation.

Derrière elle, les coulisses frémissent. Chuchotements. Bruits étouffés de porte.

Les personnages ont déjà pris corps et s'avancent entre deux mondes. Elle entend le bruit ténu de leurs pas suspendus, alors que la salle ronfle de plus en plus fort. Une voix sourde. Singulière. Identique pourtant, chaque soir.

C'est ce moment qu'elle aime le plus. Celui qui précède. Il n'y a rien, pour elle, de plus palpitant que ce moment. Suspendu. Fugace. Elle sait que dès la lumière de la salle éteinte, cette voix mourra immédiatement dans un chuchotement ravi et pressé. Les 3 coups résonnent dans sa tête. Il y a longtemps qu'on ne les frappe plus.

Les premiers personnages entrent sur scène. Elle ferme les yeux. Elle se concentre. Elle n'a pas besoin d'entendre ce qu'ils disent, elle connaît leurs textes par cœur. Chaque son est un geste, un pas, une pirouette. Chaque rire, une réplique. Chaque applaudissement lui rappelle qu'elle va bientôt faire son entrée. Elle a l'impression d'avoir passé toute sa vie à cette place exactement, attendant son heure. C'est là qu'elle se sent chez elle, quand elle entend son cœur au creux de ses oreilles.

Quelques pas en direction de la lumière, enfin. Elle écoute le bruit de la scène qui craque sous ses pieds. Face au public, son monde ne se déploie plus qu'entre cour et jardin. Plus tout à fait elle-même mais plus présente que jamais. Elle entend le texte pour la première fois. Les mots martelés si souvent, vidés de leur sens, réduits à leur essence, neufs soudainement. Les tressaillements du public, ses élans, ses frissons, ses sourires. Un homme tousse discrètement au fond de la salle. Quelqu'un, en retard, cherche sa place. Puis les applaudissements résonnent, grondent, s'étirent et clôturent l'instant.

Seule dans sa loge, elle se démaquille lentement. Elle n'entend plus que les voix des techniciens sur la scène. Quelques bruits de poulis. Des rideaux qui coulissent. Ça chuinte. Ça siffle. Ça craque.

Elle allume une cigarette et regarde l'effet de la fumée dans le miroir. Sans maquillage, elle se sent nue. Étrangère à elle-même. Tant de vies ont habité son visage.

La sirène d'une ambulance, loin dehors, la ramène à elle, soudain. Il est l'heure de quitter le sanctuaire. 

Quatre à deux
Amour et Figatelli

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lundi 22 juillet 2024

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" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

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