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sylvieB
22 mai 2024
Textes d'ateliers

Elles se sont échappées une nouvelle fois. L'oreiller trempe ses joues de son humidité triste et elle s'essuie machinalement les yeux. Elle leur avait pourtant interdit de recommencer, de la tourmenter. Mais elle sont là, tapies. Elles reprennent. Ses épaules tressautent. C'est comme une pluie sur s...

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Et il y a l’Après. Le moment de clôture, le noir sous la membrane lourde, l’abandon à l’obscurité qui tout au tour, écrase et se vide, aspirée. Et le néant approche, il est là, patient, tel un un dernier témoin, un vertige et puis, même lui, s’évapore, quelque chose diffuse , une perception lumineuse, discrète, familière : le mystère, d’un rafraichissement...

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Au bord de mer

Style-Léon-Bloy Atelier Démesure avec Léon Bloy
Ils étaient posés tous les deux sur la plage, face à la mer, elle et lui.
Elle, faisait dans la superposition de couches adipeuses, le bourrelet surnuméraire, ballotant, flageolant, grasseyant, drapeaux de chair flottant au moindre bruissement ambulatoire. Ses rondeurs débordantes se balançaient quand elle se déplaçait dans un dandinement incongru de culbuto, trainant alternativement ses cuisses doriques, baroques, aux volutes épidermiques rococo, mille-feuilles de viande, traversés de variqueuses veinules bleuies, de trémail couperosé et de naevus velus.
La poitrine imposante pendait dangereusement dans l'inconfort du déséquilibre gravitationnel et de l'impudeur bovine, inspirant chez les jeunes pubères plus la frayeur de l'étouffement que l'imagination de dégustations aréolées.
Le cou, lui, s'enguirlandait d'un goitre de crapaude chthonienne et déglutissait ses orgiaques goinfreries passées et futures dans de salivaires impatiences.
Si toutes les formes corporelles s'imposaient en masse, la coiffure n'était pas en reste, vaste choucroute capillaire saucée de mousse expansive, de laques à chlorofluorocarbures pestilentiels et perturbateurs climatiques abondamment projetés lors de brushings hebdomadaires gauchis dans des officines où valsent les brosses, peignes, teintures, propos vernaculaires et radotages malveillants d'apprenties coiffeuses sous la férule d'une patronne dite de salon.
La sueur ne perlait pas, elle dégoulinait, ruisselait, cascadait sous les aisselles closes, entre les plis sinusoïdes et les circonvolutions massives aux odeurs aigres et doucereuses de choux puissamment macérés dans des marmites slaves antédiluviennes.
Les pieds aux dix petits boudins roses s'ornaient pompeusement de vernis aux couleurs tragiquement publicitaires, badigeonnés au pinceau parkinsonien, sur des ongles bombés de cuticules limoneux.
Lui, faisait dans le sec, le pointu, l'osseux, les côtes évidentes de celui qui ne connait ni le sport, ni l'effort, des biceps en cuisses de grenouilles écervelées par des collégiens acnéiques dans les cours lénifiants de sciences naturelles. Les épaules ne tombaient pas, elles s'écroulaient, s'enfonçaient, se défonçaient, se concassaient, gruau d'ostéoporose granuleuse et de paresseuse capsulite.
Le glabre et le durillon cartographiaient son torse nu, aride, sec comme les déserts orientaux et arabiques, sans autre volume que le replet d'un abdomen de sternite d'insecte et le tergite d'une scoliose de gratte-papier qui n'aurait l'heur de plaire qu'à un entomologiste amateur. Ses tentatives carolingiennes de porter la barbe, croyant patriotiquement acquérir ainsi par cette pilosité faciale, une virilité qui lui faisait défaut par ailleurs, échouèrent dans une débandade de couvrement erratique de poils, évoquant plus la pelouse desséchée par un accablement caniculaire que la mâle toison espérée. Cette jachère l'avait convaincu de sculpter ses rêves de testostérone ailleurs que sur ses joues et sans autres alternatives, il avait opté pour une masculine assurance de façade plaquée dans l'acrimonie de propos conventionnels et dilatoires ainsi que dans l'extrême de ses convictions politiques. Monsieur présentait des doigts fins, les ongles jaunes, l'œil identique, le sourcil bas, le menton fuyant comme son courage, les cuisses inexistantes et les pieds odorants. Itérativement, sa digestion difficile et son estomac délicat lui rythmaient des éructations régulières qu'il contenait d'un léger toussotement et des borborygmes qu'il masquait de sifflotements postillonnant.

Tous deux étaient face à la mer, assis sur des petits pliants de plage à tiges métalliques repliables que, Monsieur avait maintes fois réparés tant par relative habileté satisfaite de bricoleur dominical que par pingre radinerie et que, Madame enrichissait chichement chaque été d'une nouvelle toile tramée de liserés striant une polyphonie chromatique de jaune digne des déjections gallinacées, de vert chimiquement acidulé et d'orange hurlant l'onomatopée, feu d'artifice de couleurs qui s'accordait à l'idée qu'elle se faisait d'une période estivale nonchalante et festive.
Les brises marines et océaniques se fracassaient héroïquement sur les fleurs de la robe viscose-nylon de Madame, large bouquet textile de supposés magnolias distendus et bleuâtres pâlissant de leur inepte découpe d'une mode exhumée d'un catalogue spécial grande taille.
Pour Monsieur, dont la fragilité épidermique gâchait le plaisir des expositions apolloniques, les attaques siliceuses des grains de sable et autres agents irritants et allergènes se heurtaient à l'armure habilement conçue d'un maillot cotonneux côtelé blanc, aux emmanchures râpées, raidies et auréolées de saintes sueurs laborieuses, plastron efficacement inséré dans un short large que Madame avait taillé dans un vieux pantalon dont elle avait savamment décoré les jambes raccourcies d'un ourlet retroussé, petite fantaisie selon elle de l'élégance printemps/été. La tenue défensive était complétée par des sandalettes plastifiées translucides à l'allure de méduses thermoformées enserrant des chaussettes de tennis à fines bandes patriotiques bleu blanc rouge.
Le dôme bienveillant d'un parasol protecteur comme une sécurité sociale avec tiers payant doublée de mutuelle patronale complétait le bien-être de cette ménagère dyade vacancière s'adonnant aux plaisirs reposants d'une activité relative.

Elle, feuilletait un magazine qui se prétend féminin comme le priape se prétend amateur d'art, alignant les articles faisant l'éloge de la liberté d'être soi avec le plus exigent conformisme anthropomorphique qui veut que le 90-60-90 soit le canon de la beauté comme le canon de Beaujolais serait celui de la convivialité bistrotière. Les tests psychocharlatanesques lui révélaient si elle était plutôt du genre aventureuse ou réservée, libertine ou fidèle amoureuse, enrichissant ainsi sa connaissance de l'âme humaine et des attachements érotico-empathiques qu'elle entretenait par la lecture assidue et quotidienne des œuvres de la collection Harlequin et de Nous-deux Magazine. On la voyait s'agiter tout à coup, frissonner du double menton, relever le regard vers les enfants de la plage en train d'empâter allègrement du sable mouillé dans des seaux informes, elle pensait que les parents manquaient de vigilance et qu'elle n'aurait jamais laissé, elle, la prunelle de ses yeux, la chair de sa chair, ainsi livrée aux dangers potentiels de la mer.
C'est un bonheur qui leur avait pernicieusement échappé avec Monsieur son mari que de pouvoir engendrer une descendance issue de leur génie conjugué, mêlant les velléités ADNiques de l'un avec les histones épigénétiques de l'autre. Ce malheur les autorisait de soupirer de désespoir dans les après-midi morbides et dominicales face aux rares visiteurs, lointaines cousineries, échouées dans leur salon, qui se sentaient alors dans l'obligation de soupirer de concert dans un silence confraternellement recueilli.
Lui, levait les bras métronomiquement, d'abord à hauteur des épaules puis des yeux, en exerçant une légère rotation de l'atlas et de l'axis, portait ainsi à son regard une paire de jumelles plus lourdes que sa cérébrale matière grise, jumelles qui lui permettaient de surveiller le passage d'un cargo ou d'un voilier, essayant d'en estimer la vitesse en nœud, mille marin et kilomètre/heure et par la même occasion, de contempler les baigneuses de bord de plage qui promenaient leur bronzage et leurs minimales pudeurs textiles avec des allures de Naïades de supérettes, livrant aux larvaires étalons affalés sur le sable leurs étalages de séduction bon marché.
Son activité périscopique devenant trop pesante, il baissait les bras, se reposait un peu avant que de relancer méthodiquement le mouvement observatoire.
L'après-midi passait ainsi, lui et elle se livrant à une estivale occupation de leurs habituelles et annuelles activités professionnelles, lui étant contrôleur-chronométreur, elle gardienne, au sein d'une même entreprise de construction mécanique et outillage, à la productivité déclinante de fin de siècle dernier, en banlieue amère d'une urbanité moyenne et provinciale.

Quand la fraicheur des brises prévespérales arrivait, ils repliaient sièges, parasol, magazines, étuis d'optique. Vaillamment Monsieur prenait sous le bras le parasol, semblable à un arthurien chevalier avec sa lance, elle refermait consciencieusement les cliquets de la glacière, dont ils se répartissaient démocratiquement la charge en empoignant chacun une anse, ils traçaient alors dignement dans le sable les sillons parallèles d'un destin fidèlement partagé et regagnaient la pension locative méritoirement louée grâce à leur labeur zélé de travailleurs consciencieux et ils pensaient avec satisfaction que chacun sur cette terre reçoit selon son mérite. 

Le faisan
Trip

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Commentaires 5

Invité - Bernard le dimanche 28 mai 2023 15:48

Salut Jean-François, tu t'es bien éclaté. On se croirait dans un reportage de David Attenborough, toujours à la recherche d'espèces animaliaires in congrument rares.
Bernard

Salut Jean-François, tu t'es bien éclaté. On se croirait dans un reportage de David Attenborough, toujours à la recherche d'espèces animaliaires in congrument rares. Bernard
Invité - Françoise Million le lundi 15 mai 2023 09:32

J'ai adoré ces deux personnages à la Dubout, éclaté de rire à plusieurs reprises. Texte très visuel qui m'a fort réjouie !

J'ai adoré ces deux personnages à la Dubout, éclaté de rire à plusieurs reprises. Texte très visuel qui m'a fort réjouie !
Invité - helene le samedi 13 mai 2023 21:32

j'aime beaucoup ce texte! le dernier paragraphe est génial!
j'aurais enlevé qq adjectifs surtout au début !
Quel était le thème ???

j'aime beaucoup ce texte! le dernier paragraphe est génial! j'aurais enlevé qq adjectifs surtout au début ! Quel était le thème ???
Sylvie Reymond Bagur le dimanche 14 mai 2023 06:13

Le thème était de décrire un duo, un couple "horrible" de façon surchargée à la façon de Léon Bloy, auteur méconnu qui a vécu de 1846 à 1917. L'inflation du nombre des adjectifs faisait partie de la proposition: un style démesuré, excessif et inventif, beaucoup d'images et de mots pour que la forme du texte soit hors du commun comme le sont les personnages décrits. Le texte Les Cutadors répondait à la même proposition.

Le thème était de décrire un duo, un couple "horrible" de façon surchargée à la façon de Léon Bloy, auteur méconnu qui a vécu de 1846 à 1917. L'inflation du nombre des adjectifs faisait partie de la proposition: un style démesuré, excessif et inventif, beaucoup d'images et de mots pour que la forme du texte soit hors du commun comme le sont les personnages décrits. Le texte [url=https://atelierecriturestage.fr/fr/blog-atelier-stage-ecriture/les-cutador]Les Cutadors[/url] répondait à la même proposition.
Sylvie Reymond Bagur le samedi 13 mai 2023 16:09

Démesure, formules détonnantes, adjectifs improbables et délicieux, adverbes malicieux, tout y est ! De l’humour par le style, au vitriol et en finesse, car, avec, ou malgré tout cela, une sorte de délicatesse dans l’excès, une tendresse que l’on finit par partager pour ces deux personnages merveilleux de médiocrité. Et c’est le fin du fin d’avoir réussi sans rien lâcher de la concentration ni de l’intensité du style à mettre de l’humanité dans ce double portrait.

Démesure, formules détonnantes, adjectifs improbables et délicieux, adverbes malicieux, tout y est ! De l’humour par le style, au vitriol et en finesse, car, avec, ou malgré tout cela, une sorte de délicatesse dans l’excès, une tendresse que l’on finit par partager pour ces deux personnages merveilleux de médiocrité. Et c’est le fin du fin d’avoir réussi sans rien lâcher de la concentration ni de l’intensité du style à mettre de l’humanité dans ce double portrait.
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" La vie procède toujours par couples d’oppositions. C’est seulement de la place du romancier, centre de la construction, que tout cesse d’être perçu contradictoirement et prend ainsi son sens."  Raymond Abellio

"Certains artistes sont les témoins de leur époque, d’autres en sont les symptômes."  Michel Castanier, Être

"Les grandes routes sont stériles." Lamennais 

"Un livre doit remuer les plaies. En provoquer, même. Un livre doit être un danger." Cioran

"En art, il n’y a pas de règles, il n’y a que des exemples." Julien Gracq, Lettrines 

"J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie."Henri Michaux

"La littérature n’est ni un passe-temps ni une évasion, mais une façon–peut-être la plus complète et la plus profonde–d’examiner la condition humaine." Ernesto Sábato, L’Ecrivain et la catastrophe

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