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Blog des ateliers d'écriture de Sylvie Reymond Bagur

Nouveau départ

Alors que beaucoup pensent que tu es une femme infréquentable, à garder loin de soi, une étrangère à enfermer derrière des murs, pour s'en protéger, en fait, tu cours en liberté, tu es parmi nous. Sans qu'on ne s'en rende compte, tu es même parfois en nous.

Tu es une femme, que tout le monde a, à un moment ou l'autre de sa vie, rencontré. Dans la rue, au travail, de près ou de loin. Peut-être dans sa famille, voire dans son entourage proche. Tu as même pu fondre sur nous, telle une étrange occupante, en t'installant légèrement ou intensément. Brièvement ou pour un certain temps.

Tu es une femme sans âge puisque tu te développes pendant l'enfance, continues ou te tais à l'adolescence et t'effaces, te prolonges ou surgis à l'âge adulte.

Je t'ai accueillie, à tout âge.

J'ai tenté de t'approcher, de t'apprivoiser, de te contenir, de t'aider, de t'écouter, de te soigner, de t'apaiser.

Te cerner ? Parfois bien difficile.

Te mater ? Non, certainement pas.

Tu es une femme sensible, au cœur et à l'âme à vif.

Une femme fantasque, impulsive, plurielle.

Une femme tellement imprévisible que je ne savais jamais comment j'allais te retrouver. Un jour, tu avais les pieds sur terre, un autre, tu restais tapie, discrète ou encore tu surgissais brutalement, envahissant l'espace et t'imposant sans crier gare.

Tu arrivais, te montrant habitée par de telles fulgurances créatives que tu pouvais me fasciner, me séduire, me toucher, m'émouvoir mais aussi m'irriter, m'énerver, m'ennuyer. Bref, tu ne pouvais me laisser indifférente.

Tes inventions fantaisistes pouvaient se transformer en un foisonnement imaginaire auquel tu te mettais à croire. Que tu prenais pour réel.

Quand tu me disais avec conviction ta passion pour Jésus, que tu racontais qu'un médecin qui te soignait était amoureux de toi, que tu croyais dur comme fer que tu étais Jeanne d'Arc, voire même que tu parlais de ton voisin qui cherchait à t'empoisonner et que tu aimerais, pour ça, le tuer,

quand tu arrivais avec un panier, un chapeau à grelots ou un entonnoir planté sur la tête en guise de couvre-chef, sans crainte des regards intrigués des passants, disant combien après avoir essayé ces accessoires devant un miroir, tu avais trouvé cela fort seyant,

quand tu arrivais avec une valise pleine des fringues, achetées la veille, disant que tu n'avais pu résister, tes impulsions te menant par le bout du nez et que tu faisais un magnifique défilé, tournoyante, resplendissante, sous mes yeux ahuris ou amusés,

quand tu ….,

je t'accueille et tente de t'approcher, de t'apprivoiser, de t'aider, de t'écouter, de te soigner, de t'apaiser.

Oui, je sais bien, tout cela, ailleurs, dérange…

Mais qui donc est le plus sot ?

On ne le dit pas assez mais tu es un être extra-ordinaire, une femme hors du commun, qui existe depuis toujours.

Jean-Martin Charcot a ouvert un labo photos, rien que pour toi, à La Salpêtrière et t'a photographiée dans tous les sens. Il t'a décrite, nommée, classée. Reconnue et identifiée. Les bruits courent que cet homme était très timide avec les femmes, c'est peut-être pour ça qu'il s'est intéressé à toi comme l'aurait fait un entomologiste. Tes attitudes passionnelles telles que la mélancolie, l'extase ou l'érotisme : des photos de tout ça. Les différentes phases de l'hystérie, des photos aussi. Il a observé tous ces clichés photographiques pour découvrir le sens latent qui se cachait derrière tes apparences. L'œil inquisiteur de l'objectif a livré les replis intimes de ton corps.

Il a montré que celui-ci reflétait les symptômes de ton âme.

Après cet homme-là, tu en as rencontré un autre, devenu célèbre et que tu as fortement inspiré. Son prénom : Sigmund. Il t'a rencontrée, tu l'as rencontré. Bref, vous vous êtes rencontrés. Et là, il s'est passé quelque chose de fort. Il était marié donc vous avez sublimé cette rencontre faite d'une énergie partagée et commune et vous avez écrit pleins de livres ensemble. Comme une création conjointe de tant de bébés symboliques. Vous en avez publié beaucoup.

Vous pouvez lire leurs livres. Ils parlent d'eux-mêmes et racontent des histoires intéressantes.

Mais tout cela étant dit, l'essentiel ne l'est pas encore. En fait, ce qu'on a tendance à oublier, c'est que, outre le fait que tu sois une femme hors du commun, tu es aussi une femme célèbre. Et ce, depuis longtemps.

Célèbre au point que tu as approché les rois. Tu les faisais rire, tu les amusais. Authentique, franche, vraie et directe, tu pouvais leur dire leurs quatre vérités alors que les sages, à dire la même chose, se seraient bien vite retrouvés aux fers, au cachot voire morts.

Célèbre parce qu'en une époque, tu étais le centre du village. Tout le monde riait de toi. Tu avais un mandat central, autant que celui du curé, à remplir au sein de la communauté. Celui de savoir que c'était toi qui étais folle et pas eux.

Mais tu étais aussi la mascotte du régiment. Lorsque des inconnus se moquaient de toi, c'est comme s'ils se moquaient de tout leur village. L'étranger se faisait alors lyncher !

Célèbre aussi parce que muse inspirante pour les artistes. Jérôme Bosch t'a peinte dans son tableau « l'extraction de la pierre de folie » mais aussi Egon Schiele, qui te cherchait, allait t'observer quand tu étais hospitalisée pour faire un tableau intitulé « Autoportrait du coude droit », te symbolisant avec un corps désarticulé et tordu, avec un regard chargé d'un grave strabisme. Edward Munch et son tableau « Le cri », et j'en passe, la liste serait trop longue.

Muse inspirante aussi pour Hitchcock quand, flamboyante, tu apparais dans « Psychose », pour Milos Forman quand, terrifiante tu surgis dans « Vol au-dessus d'un nid de coucou », et puis aussi, troublante dans des livres, comme ceux d'Artaud, de Stefan Zweig, et bien d'autres encore….

Mais malheureusement tu es parfois bien terrorisante et tristement célèbre. Ce n'est alors plus ton voisin que tu imagines vouloir chercher à t'empoisonner mais tout un peuple, derrière tes frontières, qui devient un mauvais objet que tu dois mater pour le purifier ou le dénazifier. Tu te mets alors à vouloir diriger le monde, agrandir ton territoire, faire la guerre, justifiant ainsi de tuer des gens innocents, de les arrêter, de les priver de liberté. De les torturer, de les exterminer.

Et même si tu es une enfant qui a souffert, qui a été maltraitée, qui ne sait pas ce que c'est qu'aimer, là, tu y vas vraiment trop fort ! Dans ces circonstances, il vaudrait mieux te juger, te condamner, t'enfermer.

Heureusement, celle-là je ne l'ai pas encore rencontrée ou de loin. De très loin. Mais toi, que j'ai tenté d'approcher, d'apprivoiser, de contenir, d'aider, d'écouter, de soigner, d'apaiser, tu m'as chamboulée m'entrainant dans des rencontres improbables et aussi tant appris, en m'invitant à voyager dans les tours et détours de l'âme humaine.

Tu m'as emmenée dans de froides et sombres cryptes, dans de longs couloirs sans fin, dans des gouffres sans fond, dans de violentes tempêtes, dans d'interminables calmes plats, mais aussi, dans des clairières ensoleillées, dans des plaines lumineuses, dans des passages fleuris.

Tu m'as mise à l'épreuve parce que, dans cette aventure, tu m'as fait croiser la haine, l'envie, la souffrance, la douleur, la tristesse, la colère, le dégoût et aussi la joie, le désir, la tendresse, l'humour et tant d'autres émotions encore.

Je te connais un peu après toutes ces années, toutes ces heures passées avec toi ! Et je suis très contente d'avoir fait ta rencontre.

Depuis toujours, j'aime l'aventure, le voyage. Et c'est ce que tu m'as fait faire.

Aujourd'hui, j'ai envie de le continuer. Mais en le transformant.

Ni en un voyage au bout de la nuit ou autour de ma chambre, ni, bien sûr, en un voyage au bout de l'enfer, mais bien en un périple joyeux dans ma nouvelle maison de fou sur roues, toujours et encore en allant vers l'autre, la nouveauté, les découvertes, la différence, la beauté, l'imprévu, l'inattendu. Le non advenu.

De vagabonder comme l'air, de sortir du sillon, de courir après les feux follets et de me rouler dans les herbes folles.

De continuer à vivre, autrement ma vie que je veux remplie de folie douce !

Anouk.

Les grues cendrées
Le Patio au printemps
 

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Une allégorie puissante, Anouk nous emmène de son univers professionnel à un projet de vie. Bravo !

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