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Blog des ateliers d'écriture de Sylvie Reymond Bagur

BEAUCOUP DE POUSSIERE

Quand je me suis réveillée ce matin là, deux cochons grognaient au loin et les fleurs sauvages près de l'étable semblaient revigorées. Il avait plu toute la nuit.Flottait dans l'air une odeur particulière. Ce n'était pas celle des feuilles d'arthagus écrasées par l'eau heure après heure. Ce n'était pas non plus l'odeur du printemps, du ciel qui se dégage et des glatas qui se ressèment aux quatre vents, s'épanouissent et passent du rouge au rose foncé puis au rose pâle. 

J'ai réveillé les deux gamins.
Depuis le début du conflit, ils dormaient presque l'un sur l'autre et j'avais fini par les rejoindre ces derniers mois. Trois sacs d'os sous un drap grisâtre.Nous subsistions grâce à quelques poules et un lopin de patates. Nous subsistions surtout grâce aux voisins. Nous n'étions plus que deux cents dans le village. A quelques kilomètres de la capitale mais avec l'impression d'avoir été oubliés.
Youri a sauté du lit et s'est immobilisé le doigt sur la bouche."Ecoute Maman ! Le fleuve ne ronfle pas comme d'habitude!"En effet, le bruit en semblait tout à fait différent presque comme si l'eau avait retrouvé son impétuosité.
Au début, nous ne vîmes que de la poussière, de la poussière jusque dans le ciel, de la poussière si épaisse que je crus un moment avoir perdu les garçons. Seuls nos yeux clignotaient dans le nuage.
Maxim, Nikita, Roman, Hanna, Valerian et tous les autres... nous nous sommes regroupés, une main au-dessus des yeux et plissant ceux-ci pour tenter de discerner quelque chose.
Et nous finîmes par les voir.
Ils étaient tous là : polonais, hongrois, albanais, croates, roumains, bulgares, macédoniens, slovaques... Tous crottés, venus nous délivrer de l'oppression. Des dizaines de bras récupérèrent les plus jeunes enfants et les hissèrent sur les chars. J'ignore qui donna le signal mais nous entonnâmes alors une chanson que nous avions tous apprise de nos mères et qui raconte l'histoire d'un prince martyre qui finit par se relever. Ce jour-là, du Mont Korab aux Carpates, les mots "paix" et "résistance" se prononcèrent de la même manière dans chacune des langues. Le refrain achevé, nous recommençâmes encore et encore, interrompus parfois par les cris de joie de certains.
La scène de liesse dura jusqu'au soir. Il y eut des milliers d'accolades. Je savais que je n'aurais plus guère l'occasion de serrer un combattant dans mes bras et je passais de l'un à l'autre, les yeux rétrécis par la poussière et le soleil, plongeant mon menton dans un cou, assénant de petites tapes sur une épaule.
Je voulus graver en moi deux ou trois visages. Images de fin de guerre. Je m'attardais sur les traits de ces soldats, mémorisais leur taille et leur stature, retenais la couleur de leur pupille, l'arrondi de leurs lèvres, l'usure de leur uniforme. Leurs mains débordaient de vivres qu'ils nous jetaient en criant. Le temps filait. Les fleurs sauvages près de l'étable s'étaient refermées à l'approche du soir.
Certains détails m'échappaient déjà. Albanais et hongrois étaient partis les premiers et leurs silhouettes si distinctes quelques minutes avant se confondaient désormais.

Demain nous retournerions à notre misère et aux poules faméliques. Nous enterrerions nos maris et nos pères. Mais aujourd'hui, mes fils et moi, nous humions une odeur singulière. Non, ce n'était ni celle des arthagus, ni celle du printemps qui éclot. Quand Youri et Viktor glissèrent leur main dans la mienne ce soir là, je sus qu'ils se souviendraient toute leur vie de l'odeur de la victoire et de la liberté. 

Les lunettes de ma voisine
 

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Une autre façon d'écrire l'éphémère. Beaucoup d'humanité et de justesse dans ce texte, prémonitoire, nous l'espérons...

Une autre façon d'écrire l'éphémère. Beaucoup d'humanité et de justesse dans ce texte, prémonitoire, nous l'espérons...

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