"Un auteur qui n’apprend rien aux écrivains n’apprend rien à personne non plus." Walter Benjamin

Un blog à visée d'écriture

J'entreprends de créer un nouveau blog !

Un blog littéraire de plus? Pas tout à fait. Il ne s'agit pas ici de mon "avis " sur des livres, de mes impressions de lecture, même si elles ne peuvent pas être totalement absentes, mais de ce qui me semble intéressant au niveau de l'écriture, de la construction, du style, de tout ce qui importe à ceux qui écrivent ainsi qu'à ceux qui aiment la littérature pour ce qu'elle est, un langage, un univers, un art, un artisanat. Au fil des jours, je proposerai aussi quelques textes personnels...

Un menu thématique permettra de retrouver les questions abordées précédemment.


J’ai mis en exergue de ce blog l’affirmation qu’un bon auteur était celui qui apprend quelque chose aux autres écrivains. Sans conteste, William Faulkner fait partie de ceux-là. Il réussit, mieux que Joyce il me semble, à écrire des textes qui sont des succès de librairie (pas toujours à leur sortie, mais de façon pérenne ensuite) tout en étant d’un accès difficile. Pas facile, en effet, notamment, Le Bruit et la fureur, roman dans lequel le lecteur n’est pas certain de savoir qui parle, ni à quel temps ni même en quel lieu. Polyphonies complexes, monologues intérieurs aux formes expérimentales, ressassements, absence de présentation des personnages et du contexte, doublons de personnages avec le même prénom… 

Alors d’où vient cette forte impression que Faulkner exerce sur les lecteurs qui ne se laissent pas décourager par ces obstacles ? Cette écriture, ces constructions qui méritent hautement l’expression galvaudée de « sans concession » recèlent une force de vérité, vérité insaisissable de personnages complexes, une vérité humaine tangible par-delà la difficulté de lecture. Faulkner fait œuvre d’anthropologue des hommes du Sud, à travers la logique déroutante de ses personnages et les méandres du récit, l’auteur distille sa fascination pour la dimension tragique de l’existence au travers d’une humanité dérisoire et grandiose. 

Tant de passages s’offrent pour l’atelier ! Quoi de plus inventif et inspirant que sa façon de restituer la sensation, une façon d’aller voir derrière les mots, les expressions et de retrouver le monde tel qu’il nous parvient.

Les objets ont aussi droit à des moments magiques par la qualité des descriptions et des images. 

Leçon d’écriture également dans la restitution de la parole de l’autre, des autres dans leur diversité, au plus proche de leur surgissement. Passages difficiles à suivre, loin de ma sensibilité et de mon écriture, mais que j’apprécie au plus haut point pour leur caractère novateur et leur impressionnante liberté par rapport aux usages littéraires qui les précèdent.

Les visages, les voix, les sons, autant de défis d’écriture relevés par Faulkner avec brio. Il en est de même pour les gestes et les postures.

Et puis, soudain, d’une manière un peu irréaliste, mais tant pis, leur qualité compense leur incongruité dans le discours de personnages frustres, des moments d’une poésie puissante, métaphysique, de ceux donnent à la littérature sa pleine dimension artistique et humaine. Et c’est peut-être là l’essentiel, une écriture qui fait ressentir au plus profond de soi comment des hommes englués dans un quotidien rude et une vie sociale rigide, sont, pourtant, toujours plus que ce qui les écrase. 

Ce qui reste une fois le livre refermé ? Le sentiment d’une surpuissance qui couve et explose comme un volcan que l’on aurait réussi à maintenir provisoirement et qui est venu vous chercher.

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Pas de copie.

Pas de copie. Merci