"Un auteur qui n’apprend rien aux écrivains n’apprend rien à personne non plus." Walter Benjamin

Un blog à visée d'écriture

J'entreprends de créer un nouveau blog !

Un blog littéraire de plus? Pas tout à fait. Il ne s'agit pas ici de mon "avis " sur des livres, de mes impressions de lecture, même si elles ne peuvent pas être totalement absentes, mais de ce qui me semble intéressant au niveau de l'écriture, de la construction, du style, de tout ce qui importe à ceux qui écrivent ainsi qu'à ceux qui aiment la littérature pour ce qu'elle est, un langage, un univers, un art, un artisanat. Au fil des jours, je proposerai aussi quelques textes personnels...

Un menu thématique permettra de retrouver les questions abordées précédemment.


Les grillons remplissent l’espace, leur musique m'entête et referme l'accès au vide intérieur. Leur vibration me prend et ne me laisse rien.

Les autres sont là, autour de moi, chacun cherche dans ses pensées. Je les ai fait venir pour ça, pourtant je ne me lasse pas de m'en étonner.

La maison est touffue, embuée dans ses arbres. Que se joue-t-il dans cet étirement des mots qui tombent sur la ligne ? 

Et si je n’avais pas de mots, qu’est-ce que cela changerait, aux choses? Et toutes ces différences, ces visions qui s’expriment, de combien seraient-elles amputées ? Je me sens comme au bord de ce que je veux faire, cette activité, cette chose, ce que je cherche sans le chercher, qui vient, quelque chose de la vie qui me rapproche des autres et les éloigne aussi.

 

Poser les bonnes questions, se poser des questions.

Et ce nouveau projet? 

Est-ce que mon écriture se perd, perd son chemin à vouloir raconter, écrire une anticipation et non une aventure toute intérieure et qui rencontre l’autre ? 

Faut-il pour cela en savoir plus ? Apprendre encore ? Connaitre ? Ou est-il temps de décanter, de transformer en matière toutes ces choses accumulées ? C’est là, tout au bord de mes lèvres, mais c’est aussi encore au fond de l’estomac, accroché à une sorte de gêne. Oui, quelque chose doit sortir, c’est déjà commencé, est-ce que je me perds encore ?  

Et je n’ai plus le temps, les cigales se taisent, elle s’éloignent et le vide revient, parfois brisé de cris de chiens. Parler d’humanité, des moments, des regards ? De la vie, mais n’est-ce pas cela, raconter des histoires ?

Est-ce que le récit des faits, des situations, des mots échangés peut dire ce que je souhaite exprimer ? Là n’est pas la question, ce n’est pas ce que j’aime, j’aime faire parler les mots, les écouter me bercer et les laisser me mordre, écouter le jus qui s’en écoule et chante sur la page. Le boire et, soudain, m'éveiller, un sourire aux lèvres.

Est-ce que je me paye de mots, cela ronfle, cela gonfle... ou bien, lève les voiles ? Qu'est-ce que je cherche qui git au fond des mots ? Pourquoi ont-ils cette puissance? Ce pouvoir ? Parce qu’ils ont été fait pour dire quelque chose ou bien pour le cacher et que, les employer, c’est tenter de les faire parler, malgré eux, avec eux, oui, je les sens complices. Insoumis et narquois, tendres parfois. Pourquoi ai-je besoin de cette étrange chaîne ?   

Est-ce pour projeter quelque chose de moi et échouer, béat, comme se regarder sonner dans le miroir ? 

Des poussières d’égo ? Une façon de se poser à côté de la vie, émarger pour voir couler son flot comme un rocher au bord de sa rivière ?

Dire.

Prendre la vie à pleine page. 

Dernier nuage au bout du ciel. 

Et il va revenir le manuscrit, petit bateau blanc solitaire, bateau de boites aux lettres. Cri, multitudes de mots qui se taisent, triste, il restera fermé, vaguement froissé, fatigué de lectures pour rien. Je le vois déjà voguant de paquets en baquets, me revenant, penaud. Ce n’est pas moi et je ne suis pas lui, mais il m'est quelque chose. Une mue ? Une enveloppe dont je me suis lestée ou un morceau de coeur, c’est bien plus douloureux, vital et un peu bête.

Peut-être m’attend-il déjà, alourdi du refus, tassé dans mon casier, et tous ces mots, personne ne les lira, mais ils me resteront, ils me raconteront l’histoire de mes batailles. Je pourrai les relire, y rester suspendue, mes mots que j’ai plantés, rivets de signes pour sortir tous les noeuds intérieurs.

Alors, viendra le temps des deuils. L’impossibilité du partage. La peur aura gagné. Peur sur cet impossible chemin qu'il faudra pourtant éclaircir. J’enlèverai des mots, peut être est-ce cela, il y en a trop ? Je ne garderai que ceux qui ne se ferment pas sur eux-mêmes, ceux qui s'entrouvrent, lancent, appellent, relient, sonnent la trompe ! Alors, peut être...

Et puis, un peu griffée, déplumée, délavée de confiance dissoute, je sais que je continuerai.

X

Pas de copie.

Pas de copie. Merci