"Un auteur qui n’apprend rien aux écrivains n’apprend rien à personne non plus." Walter Benjamin

Un blog à visée d'écriture

J'entreprends de créer un nouveau blog !

Un blog littéraire de plus? Pas tout à fait. Il ne s'agit pas ici de mon "avis " sur des livres, de mes impressions de lecture, même si elles ne peuvent pas être totalement absentes, mais de ce qui me semble intéressant au niveau de l'écriture, de la construction, du style, de tout ce qui importe à ceux qui écrivent ainsi qu'à ceux qui aiment la littérature pour ce qu'elle est, un langage, un univers, un art, un artisanat. Au fil des jours, je proposerai aussi quelques textes personnels...

Un menu thématique permettra de retrouver les questions abordées précédemment.


Blog littéraire de Sylvie Reymond Bagur

feed-image Entrées de flux

J’ai mis en exergue de ce blog l’affirmation qu’un bon auteur était celui qui apprend quelque chose aux autres écrivains. Sans conteste, William Faulkner fait partie de ceux-là. Il réussit, mieux que Joyce il me semble, à écrire des textes qui sont des succès de librairie (pas toujours à leur sortie, mais de façon pérenne ensuite) tout en étant d’un accès difficile. Pas facile, en effet, notamment, Le Bruit et la fureur, roman dans lequel le lecteur n’est pas certain de savoir qui parle, ni à quel temps ni même en quel lieu. Polyphonies complexes, monologues intérieurs aux formes expérimentales, ressassements, absence de présentation des personnages et du contexte, doublons de personnages avec le même prénom… 

Sylvie Reymond BagurC’est là qu'il m'attendait, là que j'allais le rencontrer.

Rencontre non préméditée,

simplement questionnée.

Qu’est-ce que je faisais donc, finalement, dans ce théâtre?

 

Déshérence,  

Désert d’inspiration,

Désastre d’un spectacle manqué,

Désordre des émotions,

Désamour,

Désillusion…

 

 

Il manquait un mot à l’appel.

Le temps était venu de lui faire sa place, d'oser le raconter.

Et qui donc était-il ? 

Une bombe? Une force en attente de son explosion?

Une puissance latente ?

 

Je vais aujourd'hui répondre à une question qui m'est souvent posée: quels sont les meilleurs dictionnaires en ligne lorsque l'on écrit? 

En ce qui concerne les dictionnaires de synonymes, je n'hésiterai pas, celui que propose l'université de Caen est d'une puissance sémantique incomparable en voici le lien:  https://crisco2.unicaen.fr/des/

Un livre court entre nouvelle et roman dont les dernières lignes  peuvent faire penser à une fable, une parabole. 

Intéressant comme souvent les livres qui réussissent à nous faire pénétrer dans un milieu, une pratique, une expérience spécifique, ici celle de l’alpinisme. 

Bien écrit, poétique, les critiques et les éditeurs évoquent un style "détaillé et elliptique". Même s'iI est  difficile de parler d'un style quand il s’agit, comme ici, d’un traduction, je vais tenter d'explicaiter ce qui se cache sous ces adjectifs. 

Incontestablement, un style "détaillé" : le livre offre de beaux exemples de descriptions détaillées et précises de la montagne, des panoramas et des spécificités du terrain, mais aussi des contraintes techniques, des choix, des stratégies de l’alpiniste. Le livre restitue l’atmosphère particulière de la haute montagne, glacier, gigantisme, ciel, nuit, l’immensité, la roche, le paysage inviolé... Nous participons à l'ascension, à la lente progression, nous en éprouvons la difficulté : le froid, la souffrance, l'épuisement avec, au passage, de belles images. Les mots d'un vocabulaire spécifique ( névé, moraine, sérac, piolet, cordes, refuge...) y prennent parfois une valeur existentielle.

Les grillons remplissent l’espace, leur musique m'entête et referme l'accès au vide intérieur. Leur vibration me prend et ne me laisse rien.

Les autres sont là, autour de moi, chacun cherche dans ses pensées. Je les ai fait venir pour ça, pourtant je ne me lasse pas de m'en étonner.

La maison est touffue, embuée dans ses arbres. Que se joue-t-il dans cet étirement des mots qui tombent sur la ligne ? 

Et si je n’avais pas de mots, qu’est-ce que cela changerait, aux choses? Et toutes ces différences, ces visions qui s’expriment, de combien seraient-elles amputées ? Je me sens comme au bord de ce que je veux faire, cette activité, cette chose, ce que je cherche sans le chercher, qui vient, quelque chose de la vie qui me rapproche des autres et les éloigne aussi.

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Pas trop de dialogues dans un roman ! 

Voici un de ces lieux communs de l’écriture littéraire qui ont la vie dure. A qui viendrait l’idée de déclarer: pas trop de personnages dans un tableau s'il y a aussi des objets ? Si la littérature est un art et non un commerce ou un rituel, elle doit pouvoir utiliser le dialogue aussi bien que la description ou le récit sans être bridée. Mais il s'agit ici du roman me direz-vous, c'est un genre avec des codes dont il faut tenir compte. Jacques Le Fataliste, roman "hybride" selon l'expression de Marie-Hélène Boblet, nous prouve que le genre « roman »  n'a jamais été une forme pure. Aujourd'hui plus encore, il n'est plus qu'un moyen de se repérer et non une série de règles et de recettes à respecter. 

Un bon dialogue offre des possibilités spécifiques qui ne pourront pas être atteintes sans lui : impression d’immédiateté, connaissance des différences entre les personnages par leur façon de s’exprimer, saisie directe de leur "voix" et, ce qui me semble essentiel, une façon subtile de cerner les relations entre les personnages sans passer par la machine à expliquer que devient si vite le narrateur. Le dialogue allège le rythme et laisse la place au lecteur : sous-entendus, allusions … sont pris au vol et non révélés par une instance indépendante. La forme des répliques, leur alternance prennent ici une valeur spécifique. 

Paresse de l’auteur? L’écriture serait-elle une épreuve de bonne conduite ? Une démonstration de force littéraire et de bonne volonté  ? Etrange positionnement !  Doit-on en conclure que le théâtre est le domaine des fainéants ? Un dialogue vivant et réaliste n’est pas facile à écrire. Une question d’équilibre ? La recherche systématique de l'équilibre court le risque d’exclure l’originalité, la fulgurance, la forme inédite… Explorer le roman dialogué, se situer à la limite du roman et du théâtre ? Pourquoi pas, si cela apporte de nouvelles pistes, correspond au thème et se déploie avec talent ?  Le dialogue n’est-il pas aussi une manière de faire confiance à la force du verbe ? 

Rester ouvert au travail d’un auteur sans à-priori me semble indispensable pour échapper à la sclérose. Curieusement, ce sont souvent ceux qui dénoncent la standardisation de la littérature contemporaine qui, d’un autre côté, jugent une oeuvre d’après de tels critères extérieurs à sa logique interne. 

 Quelques pistes de lecture:

Le Roman dialogué après 1950. Poétique de l'hybridité, Marie-Hélène Boblet (Honoré Champion )

Diderot - Jacques le fataliste

Parmi tant d'autres l'on pourrait citer de nombreux livres d'Amélie Nothomb, mais aussi de Marguerite Duras, de Nathalie Sarraute qui sont des romans dialogués.

Le Bruit et la fureur de William Faulkner est essentiellement un roman dialogué.

Un exemple extrême, Le diner en ville de Claude Mauriac n'est constitué que par les échanges polyphoniques de huit convives autour d'une table dans un diner mondain.

A la question de savoir ce qu'il pensait être le substrat de son oeuvre, voilà ce que le lauréat du Nobel a répondu:

-          "  La poésie grâce à laquelle, sur I'imposante liste de navires dressée par le vieil Homère dans l'Iliade  souffle un vent qui les pousse à naviguer avec une légèreté intemporelle et hallucinée. La poésie qui porte, sur le délicat échafaudage des tercets de Dante, tout le dense et délicat édifice du Moyen Âge. La poésie qui, en une totalité miraculeuse, nous rend notre Amérique sur les "  Hauteurs du Machu Picchu "  du grand Pablo Neruda, le plus grand de tous, là où nos plus beaux rêves sans issue distillent leur tristesse millénaire. La poésie, enfin, cette énergie secrète de la vie quotidienne qui fait cuire la soupe dans la cuisine, propage l'amour et répète les images dans les miroirs.

            À chaque ligne que j'écris je m'efforce toujours, avec plus ou moins de bonheur, d'invoquer les esprits furtifs de la poésie et de laisser sur chaque mot le témoignage de ma dévotion pour leurs vertus divinatoires et leur victoire permanente sur les pouvoirs sourds de la mort. Le prix que je viens de recevoir est pour moi, en toute humilité, la révélation consolatrice que ma tentative n'a pas été vaine. C'est pourquoi je vous invite tous à lever vome verre à la santé de ce qu'un grand p'oète de nos Amériques, Luis Cardoza y Aragön, a défini comme l'unique preuve concrète de llexistence de l'homme : la poésie. Merci beaucoup."

 

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Pas de copie. Merci