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La terrasse. Extérieur nuit

Il fait chaud comme toujours ici, la sueur est mon unique compagne, ruisselant désagréablement le long de mon dos, n'évoquant aucune caresse, aucune tendresse, non, une insupportable sensation de liquéfaction. Je m'imagine flaque qui, évaporée, ne garderait trace ni de ma présence ni de mon existence.

L'obscurité gagne petit à petit et j'espère pouvoir m'y lover pour apaiser mes tourments.

J'ouvre la baie vitrée et m'installe sur la terrasse ; les oiseaux ont déserté la place, pas de lune, pas de souffle non plus, une légère fraîcheur néanmoins, je la quête du bout de mon pied nu, le carrelage semble plus froid qu'à l'ordinaire, je l'effleure avec une certaine volupté, suis du bout des doigts les rainures invisibles. L'obscurité est quasi-totale maintenant. Leur géométrie force ma concentration et je reste un moment à en parcourir les contours comme un long voyage aux angles vifs et précis. Ma sueur à ce contact semble s'être dissipée d'un coup.

L'aboiement d'un chien prend une curieuse résonance, il parait proche et lointain tout à la fois puis un compère lui répond, puis un autre en écho, plus loin, agrandissant du même coup l'espace qui parait soudain s'étirer, se dilater. Plus loin encore les rumeurs de la ville, étouffées, presque désincarnées m'évoquent quelques images. La vie me parait soudain très éloignée, inaccessible.

Les branches, d'un noir d'encre se détachent nettement sur un ciel incendié des lueurs de l'horizon, je distingue entre les frondaisons des micocouliers les lumières d'un immeuble, alignées verticalement, les unes au-dessus des autres, immobiles, fixes, des lumières mécaniques, ordonnées, ne laissant deviner aucune présence et pourtant, il faut bien que quelqu'un les ait allumées.

Un souffle et les branches s'agitent lentement, je revois les ombres dansantes sur les murs de ma chambre d'enfant. Petite la nuit m'intimidait plus qu'elle ne m'effrayait. Parfois ces ondulations m'embarquaient dans des aventures audacieuses, nourries de lecture, m'emportant vers une autre planète, inconnue des copains ou plus sournoisement dans des abysses profonds où jamais aucun humain ne me retrouverait. De l'autre côté de la clôture l'ove d'un lampadaire déchire l'obscurité comme si une étoile s'était soudainement installée, là, au bout du jardin, singulière.

Soudain le calme me frappe, la quiétude, le presque silence. L'envie de les prendre en photo me saisit, saisir cet instant par l'instantané photographique, saisir sur la pellicule cette immobilité sombre, l'opacité transparente et légère qui m'enveloppe. Les capturer, les enfermer dans un cadre pour les retrouver quand l'urgence se fera sentir. Mais il n'y a plus de pellicule aujourd'hui, le temps s'est comprimé dans l'écran du téléphone, l'instant s'y révèle sans matière, prompt à s'effacer sous l'index jusqu'à ce qu'il corresponde à l'idée qu'on s'en fait, comme si la caresse du souvenir qu'offrait sa chair de papier glacé s'était dissoute. C'est peut-être cela la clé. Accepter d'éprouver l'instant sans vouloir le retenir, en jouir, sur le champ, sans réserve, précieusement. Faire corps ce soir avec la nuit, avec l'espace dans lequel il se fond, agite des sensations, offre de petits miracles infimes où l'apparence des choses, moins bavarde, éloigne le quotidien et les images. La nuit m'accorde une intimité complice, je l'accueille comme un baume.

La nuit de Luan
Concours de Nouvelles
 

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