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La nuit de Luan

Les gouttes de pluie tombent avec un zèle têtu sur la tôle ondulée du toit où Luan a trouvé refuge. Il se tasse en boule dans un coin sombre, enveloppant ses jambes dans ce qui reste des pans de sa chemise. Elle est un peu grande, c'était la chemise de son père. Tout le jour il a cherché son chemin dans les rues grouillantes et ce n'est qu'à l'arrivée de la nuit qu'il est tombé sur le grand marché du quartier de Cholon. Il l'a reconnu à sa façade triangulaire. Enfin il l'a trouvé ! Mais il est épuisé et ses pieds sont écorchés. Maintenant qu'il est assis il respire mieux, il pose sa tête sur ses genoux repliés et appuie ses poings contre ses yeux pour se protéger de la lueur jaune du lampadaire au bout de la ruelle. Sa tête est lourde, ça fait du bien de la relâcher. Derrière ses paupières le noir de la nuit est devenu encore plus noir, il glisse comme un ruban qui n'en finit pas. Puis, d'un coup, jaillit un faisceau de lignes brillantes, des petits points rapprochés qui scintillent comme les étoiles dans le ciel. Il aime bien faire ça parfois, appuyer fort sur ses yeux avec ses mains pour faire jaillir les gouttelettes de lumière qui sont enfermées dans le noir. Il a l'impression de voler dans l'espace avec elles, il se sent puissant, comme un dragon dans les nuages, c'est magique. Il sait bien que ce n'est pas vrai, mais il aime jouer avec cette sensation. Il se dit que peut être quand il ouvrira les yeux il trouvera un monde neuf, plus facile, moins hostile. Il se sent consolé, réparé. Il se souvient, sa mère lui disait que son prénom Luan voulait dire « lumière » et qu'il était fait pour la lumière. Cette pensée le rassure. Il relève la tête, la pose en arrière contre le mur, il étire ses jambes et trempe ses pieds dans une flaque d'eau. L'eau est tiède et douce. Il referme les yeux et retrouve le noir, mat et lisse. Le brouhaha de la journée s'est tari, il reste le silence et un chien qui aboie au loin. Alors il écoute le bourdonnement dans ses oreilles, ça fourmille, on dirait que c'est vivant, comme un petit animal qui gémit, comme des cris d'oiseau. Il revoit son père quand il rentrait de la rizière avec sa pioche sur l'épaule. Les soirs d'été en arrivant au village, il aimait bien observer le vol des hirondelles. C'était tout là bas, à la fin du fleuve, au milieu des alluvions du delta du Mékong…

Il ne faut pas penser à ça, il faut oublier. Juste se laisser bercer par le petit sifflement familier, se reposer, reprendre des forces.

Mais il a faim, il n'a rien mangé depuis le matin ! Peut être, avec un peu de chance, il pourrait trouver quelque fruit, quelque légume égaré entre les étals endormis ? Il se déplie et se met en marche vers le ventre du marché. Les venelles ne sont plus éclairées, il avance à tâtons, posant prudemment ses pieds blessés, un pas après l'autre, pour éviter les cageots hérissés de fil de fer qui s'entassent ça et là. Il en dérange certains qui s'écroulent et met en fuite deux chats qui miaulent rageusement. Il tend les mains devant lui, il touche, il respire. Ses narines détectent de puissants relents de poisson et de chair fumée sur sa gauche, il s'en éloigne et bifurque à droite. Voici maintenant des senteurs fruitées, avec une odeur de pourriture affirmée. Ah !.. il est au bon endroit. Il s'approche, ses yeux se sont habitués à l'obscurité. Il passe la main sur les étals recouverts de bâches, rien… tout est désespérément nu. Il pousse du pied un seau de plastique, il est vide. Il avance tout droit. Encore des cageots empilés. Il tâte avec précaution, il y a des trognons de chou, des gousses de haricots secs, ils sont durs, immangeables. Et soudain il pose la main sur un fruit à peau lisse, il le porte à son nez et reconnaît une mangue. Une aubaine ! Comme elle est très mure, Luan n'a aucun mal à la percer avec son doigt, il aspire avec avidité la pulpe sucrée. Quel bonheur ! Avec deux petites pommes desséchées il complète son festin. Il se sent mieux. Il continue d'explorer mais ne trouve rien de plus qu'il puisse manger. Il avance. Maintenant ce sont des odeurs végétales qui dominent avec un parfum affirmé d'oeillets d'Inde. Il comprend qu'il est dans la rue des marchands de fleurs, se laisse envahir par les senteurs qui l'enveloppent comme une couverture moelleuse. Soudain une idée surgit tel un éclair de lumière. Et s'il essayait de se faire embaucher par un des commerçants ? Il peut être utile, ses petites mains fines sont agiles à tresser les longs rubans fleuris de jasmins, de roses, d'oeillets de Chine qu'on enroule pour les vendre au mètre. Il sait les attacher au fil transparent sans abimer les fragiles pétales, avec une dextérité que sa mère lui a apprise. Elle disait qu'il avait le don de la légèreté. Oui, c'est ça, il va le faire, il va attendre le jour, dormir un peu là et rester posté pour parler au vendeur dés qu'il arrivera, le convaincre qu'il peut rendre des services. Peut être l'aider à décharger ses cageots, il est fort maintenant, il a presque 10 ans. Luan relève les manches de sa chemise comme s'il allait déjà se mettre à l'ouvrage. Il est prêt !

Dans le noir (1)
La terrasse. Extérieur nuit
 

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