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J'ai...

 J'ai 12 ans…

Je suis debout devant la fenêtre de la salle à manger. Je regarde la cour, le tout petit jardin, les maisons alentour. On appelle cela un lotissement. Il n'y a rien de particulier à voir, les maisons sont toutes pareilles avec des murs de briques et des toits d'ardoise. Ce sont juste des lignes droites, anonymes. J'aime bien contempler ce cadre immobile. Maman râle, elle dit que je ne répond pas quand elle m'appelle, que je dois être sourd. Mais non, je suis pas sourd, c'est juste que j'aime rester dans mon monde. Elle répète : « tu perds ton temps, tu ferais mieux de sortir jouer avec les autres enfants ». Je n'ai pas envie de fréquenter les autres enfants, ils sont méchants, ils jouent à des jeux brutaux, je n'aime pas ça. Parfois il y a des « Ziva boum boum » qui déboulent de la cité voisine. Je leur donne ce nom car ils ont des vieilles voitures dont ils font ronfler le moteur et ils mettent la sono de leur autoradio à fond. Ça casse les oreilles tout ce raffut. Je préfère jouer tout seul, rester avec maman, être tranquille. Et penser. Parfois je pense à mon père. Il est parti de la maison quand j'avais deux ans. Ca me rend triste. C'est drôle je l'ai pas connu pourtant ça me rend triste. C'est comme du vide à l'intérieur. S'il avait été là, est ce que ma vie aurait été différente ? Je m'interroge dans ma tête mais je n'en parle pas. A personne. Je n'aime pas me plaindre, je déteste être dans la lumière.

J'ai 32 ans…

Je suis accoudé au balcon, sur la terrasse située au premier étage de notre villa. C'est un beau balcon, les volutes du garde-corps de fer forgé sont fleuries de géraniums rouge sang. Les pots sont espacés, judicieusement alignés, je n'aime pas le désordre.A mes pieds s'étalent des pelouses vertes soigneusement tondues, des haies minutieusement taillées et des maisons harmonieuses. La mienne en fait partie. Le quartier est paisible et élégant, rien à voir avec celui de mon enfance. Ma vie a bien changé, je suis passé de l'autre coté de la frontière, du coté des nantis. Bien sûr je pense encore à maman, je vais la voir de temps en temps, je m'arrange pour m'arrêter boire un café chez elle dés que je peux. En cachette. Je n'en parle pas. Cela fait partie de mes secrets à moi. J'aime jouer avec les histoires qui se promènent dans ma tête. Elles me consolent. En apparence tout est harmonieux dans ma vie. En réalité tout n'est pas aussi rectiligne que le paysage sous mes yeux. Parfois j'ai l'impression de ne pas être rangé à ma place. Ma femme est belle, elle sait ce qu'elle veut et où elle va. Elle est du genre déterminée. J'essaie d'être aux petits soins avec elle mais j'ai du mal. Elle prétend que je m'apitoie sur moi même. Ça m'énerve. Il m'arrive d'êtrevraiment contrarié, d'avoir la rage parce que je trouve que je suis mal traité. Mais j'oublie vite pour me replonger dans mes rêves.

J'ai 36 ans...

Ma vie a encore changé, cette fois c'est du tout au tout. Face à moi les murs sont d'un blanc grisâtre, une sorte d'uniformité, sans aspérité. Si je veux apercevoir un petit carré de ciel bleu par la fenêtre je suis obligé de lever le tête. Elle est haute et étroite, inaccessible, je ne peux pas voir grand-chose. C'est moi que le gardien observe à intervalles réguliers par l'oeilleton. Comme si j'étais une bête curieuse. Ca me ramène à la toute petite pièce aveugle dans le sous sol de la gendarmerie, je me revois en sueur avec les enquêteurs qui ne prononçaient jamais mon nom comme s'ils avaient peur d'être contaminés. Leurs regards étaient si lourds que malgré la chaleur j'aurais voulu pouvoir me cacher sous une couverture. Maintenant je tourne en rond dans ma cellule. J'étouffe. Le plus fort c'est qu'en prison j'ai retrouvé quelques uns des « Ziva Boum-boum » de mon ancien quartier. Ils sont incarcérés comme moi. C'est ma plaie, ils me détestent et ne savent pas quoi faire pour me martyriser. Je sais bien, je suis coupable. Je ne comprends pas comment tout s'est enchainé de la sorte. Dans ma tête mes histoires tournent en bouillie. J'essaie d'accepter le fait que moi, Jonas Duval, meurtrier d'Amélia, je vais passer les 25 prochaines années derrière ces barreaux. Cela va être long ! Heureusement j'ai encore ma mère qui vient me voir.

27 novembre 2020 - Hélène Delprat

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